Ailleurs l'herbe est plus verte…

Pierre CRESSOY (1924 / 1980)

… un Gaulois chez les César
Prenom_NomPierre Cressoy

Pierre Jules Lazare Cresson naît le 25 mars 1924, à Vendôme (Loir et Cher). On lui connait un frère, Jean, mais on ne sait pas grand chose de sa petite enfance, si ce n'est que la famille, longtemps ballotée au gré des affectations paternelles, finit par s'installer à Paris. Le jeune Pierre est inscrit au réputé lycée Henri IV, d'où il sort avec son baccalauréat. Son père, attaché militaire, envisage pour lui une carrière sérieuse. Pour répondre à ses attentes, le jeune homme entreprend des études de médecine. Mais le théâtre est sa vraie passion et il n'attend pas la fin de sa première année universitaire pour fréquenter les cours de Maurice Escande puis d'André Brunot au Conservatoire de la capitale.

La guerre est là. Malgré les difficultés, Pierre croit en sa bonne étoile, d'autant plus qu'il a l'occasion de rencontrer, dans les gradins de Roland-Garros où l'on croise décidément beaucoup de monde, le déjà célèbre Jean-Louis Barrault qui l'encourage à persévérer dans ses ambitions. Car notre héros possède un physique de jeune premier, sportif, séduisant, et sympathique. En un mot , il a du charisme. Il suit donc les conseils avisés de son prestigieux aîné, change la dernière lettre de son nom pour éviter les jeux de mots trop faciles et débute dans la pièce de Jean Racine, «Andromaque», montée par Jean Marais en 1944. D'autres rôles sur les planches suivent dans des pièces comme «L'Aiglon» d'Edmond Rostand, dont il tient le rôle titre, en 1945, en alternance avec l'actrice Jeanne Boitel (!), au théâtre du Châtelet. Il apprivoise ensuite la célèbre scène du Théâtre des Mathurins dirigée par Jean Marchat et Marcel Herrand, sur laquelle il se produit à plusieurs reprises («Je vivrai un grand amour» et «Cent sept minutes» de Steve Passeur, etc)…

La guerre terminée, Léon Mathot le dirige à deux reprises devant les caméras, dans «La dernière chevauchée» (1946) et «Le dolmen tragique», lui donnant ainsi sa chance à l'écran.

Sa carrière semble s'envoler lorsqu'il incarne à deux reprises un aviateur : dans «Au grand balcon» (Henri Decoin, 1949), une évocation de la naissance de l'Aéropostale, on l'aperçoit quelques instants avant qu'il ne périsse aux commandes de son appareil ; dans «Le grand cirque» (Georges Péclet, 1949), une adaptation du célèbre roman de Pierre Clostermann), c'est à la fois en tête d'affiche et en chef d'escadrille avisé qu'il se révèle aux spectateurs des salles obscures.

Vicomte de charme sur le chemin de «Caroline chérie» (Richard Pottier, 1950), il semble promis à un bel avenir lorsque les sirènes américaines viennent chanter à son oreille. Cecil B de Mille le verrait bien oeuvrer «Sous le plus grand chapiteau du monde» dans le rôle du trapéziste Sebastian., mais l'autochtone Cornel Wilde lui est finalement préféré. Il décroche tout de même un petit rôle dans «La guerre des mondes» de Byron Haskin, mais bien malin qui pourrait l'identifier.

Dans ces années 50, les jeunes premiers français sont beaucoup trop nombreux pour que chacun puisse prétendre trouver véritablement une place ssous ls sunlights hexagonaux. A l'instar de Pierre Brice, Jacques Sernas et bien d'autres, Pierre Cressoy choisit de s'installer en Italie pour profiter du développement des studios de Cinecitta. L'Italie, c'est le pays de la musique et Pierre nous apparaît bientôt sous les traits de deux grands compositeurs transalpins : Pietro Mascagni, le célèbre compositeur de l'opéra «Cavalleria Rusticana» dans «Mélodies immortelles» (1952) et surtout «Giuseppe Verdi» (1953), aux côtés d'Anna Maria Ferrero, une jolie fresque biographique qui lui vaudra d'être sacré meilleur acteur étrangerr au festival de Saint-Vincent.

Un héros en jupettes…

Prenom_Nom«Guai ai vinti» (1954)

De l'autre côté des Alpes, la mode est alors aux peplums et aux films de cape et d'épées. L'élégance naturelle et la stature athlétique de Pierre Cressoy lui permettent de se glisser sans difficulté dans la peau de ces héros costumés.

Côté jupettes, il participe ainsi à la reconstruction de la mythologie grecque, tout d'abord avec «Phryné, courtisane d'Orient» de Mario Bonnard (1953), en Hespéride amoureux de l'héroïne. En 1959, il s'immisce en général dans le duel opposant «David et Goliath» dont on ne vous dévoilera pas la fin. En 1964, devenu prince, il n'empêchera pas «Le triomphe d'Hercule» venu porter secours à la jolie Marilu Tolò. Toute lionne de Trèbes qu'elle fut, «Hélène, reine de Troie» (1964) figurera également à son tableau de chasse.

Côté ferrailles, il est le héros de films d'aventure épiques telles «Le masque de fer» (Richard Pottier, 1954) dans le double rôle du masque et de son royal jumeau comme l'a imaginé Alexandre Dumas. En tant que chef du peuple serbe, il a l'audace de s'opposer, aux hordes de «Mongols» (André de Toth, 1961) diaboliquement conduites par le très méchant Jack Palance. Il embarque également aux côtés de «Marco Polo» (Hugo Fregonese, 1961) pour son périple sur les mers de Chine. Capitaine au long cours, il accompagne Steve Reeves vers son destin qui est d'affronter «Les pirates de Malaisie» (Umberto Lenzi, 1964) sous le turban du célèbre Sandokan. Enfin, «La grande chevauchée de Robin des Bois» (Giorgio Ferroni, 1970), une vision sympathique des hauts faits du héros de la forêt de Sherwood, fait de lui l'adversaire félon du célèbre redresseur de torts campé par Giuliano Gemma, déjà croisé dans deux westerns à la sauce spaghetti («Le dollar troué» et «Adios Gringos», 1965).

Malheureusement pour notre sympathique héros, les modes changent et tout s'arrête pour lui au début des années 70, après quelques films restés confidentiels. Pourtant, au début de carrière, certains de ses rôles, même s'ils n'étaient pas de premier plan, auraient pu faire envisager des emplois plus dramatiques et profonds que ceux qui lui ont été proposés, même s'il les a assumés de façon sincère et convaincante.

En 1953, sur le tournage du «Sac de Rome», un drame moyen-âgeux au possible, il tomba amoureux de sa partenaire Hélène Rémy qui l'aura incité à son voyage romain et sera sa compagne durant de nombreuses années. Il se remariera plus tard avec Françoise Mafranc, qui n'était pas dans la profession.

Toutes affaires du cinéma cessantes, Pierre Cressoy se retira dans le sud de la France, à Gorbio, où il s'éteignit des suites d'un cancer le 31 octobre 1980, à l'âge de 56 ans. Il repose pour toujours au cimetière d'Aix d'Angillon dans le Cher.

Sources…

Ciné-Revue, "Les immortels du cinéma", par Danie De Belie, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (novembre 2016)
Ed.8.1.2 : 18-11-2016