Ailleurs l'herbe est plus verte…

Philippe LEROY (1930)

… un Romain de souche normande
Prenom_NomPhilippe Leroy

Philippe Leroy-Beaulieu naît le 15 octobre 1930, à Paris. De souche normande, sa famille compte des historiens, des économistes et des députés. Son père, Paul, fut inspecteur général des finances et président du bureau économique et financier de l'Otan. C'est donc au sein d'une bourgeoisie aisée que grandit le jeune Philippe, partageant ses jeux avec son frère Pierre, son aîné de deux ans qui finira député de l'Hérault et maire de la charmante cité d'Agde.

Jeune adulte, sportif, aventurier et même baroudeur, il s'engage dans un régiment de parachutistes et participe aux campagnes d'Indochine et d'Algérie, ce qui lui vaudra plus tard de recevoir la Légion d'Honneur à titre militaire. Rendu à la vie civile, moins attiré par la politique que ne l'est déjà son frère, il s'oriente vers l'art dramatique, tant il est vrai que dans certains milieux, il est plus facile de décider de son avenir. Il se révèle comme acteur, sous le nom raccourci de Philippe Leroy, dans «Le trou» de Jacques Becker (1959), où il campe Manu, l'un des prisonniers qui veulent s'évader en creusant un tunnel. Le film remportant un réel succès, Georges Franju n'hésite pas à le mettre en lumière dès l'année suivante, cette fois sous son nom complet, dans «Pleins feux sur l'assassin», en compagnie de Pierre Brasseur. Peu après, sous la houlette de Charles Gérard, alors réalisateur, il accède au rôle principal d'un limier tombant amoureux de l'inquiétante Micheline Presle dans «La loi des hommes» (1962).

Comme pour plusieurs autres comédiens de notre Hexagone, il prend rapidement conscience qu'il va être difficile pour lui de se faire une place sur nos écrans, la Nouvelle Vague ayant jeté sur nos plages des acteurs davantage “cérébraux” comme Gérard Blain, Jacques Charrier ou Laurent Terzieff, sans compter les têtes d'affiches que sont devenus Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Par ailleurs, ancien combattant ayant vu plusieurs de ses frères d'armes périr au feu, il n'adhère pas à la politique coloniale du général De Gaulle, nouveau chef du gouvernement, puis de la jeune Vème République. Il prend dont la route de l'exil et rejoint les studios romains de Cinecitta. Sur le plan professionnel, l'avenir lui donnera raison puisqu'il se produira dans plus de 120 films, traçant ainsi une carrière internationale remarquable.

Notre héros est sportif, racé, élégant. Contrairement à plusieurs de ses confrères de la même génération, plus il prendra de l'âge, plus ses traits s'affirmeront, lui donnant ainsi une autorité naturelle laissant supposer une forte personnalité. Il entretiendra régulièrement sa forme physique en pratiquant plusieurs sports, parmi lesquels évidemment le parachutisme auquel il s'adonnera jusqu'à un âge bien avancé…

Philippe Leroy au cinéma…

Prenom_NomPhilippe Leroy

A pied-d'oeuvre chez nos amis transalpins dès 1961, Philippe Leroy figure au générique de «Chasse à la drogue» de Riccardo Freda (1961) avec Yvonne Furneaux. «Les guérilleros» (1961) lui offre deux partenaires de choix, Vittorio Gassman et Ernest Borgnine, sur fond de guerre civile garibaldienne. Aux côtés de Claudia Cardinale, il ne pourra que constater que «Quand la chair succombe…» il est vain de vouloir résister… et il aura bien raison !

Les grandes productions américaines n'hésitent pas à piocher dans le vivier cinématographique de la cité romaine. C'est ainsi qu'on le repère furtivement avec Jacques Sernas, un autre français expatrié, dans la fresque historique de Nicholas Ray, «Les 55 jours de Pékin» (1963). Les deux noms ont déjà figuré l'année précédente au générique de la parodie de Sergio Corbucci «Le jour le plus court» à la distribution tout aussi impressionnante que celle de l'original.

Comment tourner dans la “ville lumière”, au début de cette décennie des “sixties”, sans être happé par la mode peplum ? Il y succombera une seule fois, apparaissant ainsi dans «Seul contre Rome» (1962) où il figure sur la même affiche que Gabriele Tinti, un comédien qu'il retrouvera à plusieurs reprises dans des oeuvres d'une autre facture comme «7 hommes en or» (1965), film d'aventure aux effets spéciaux qui font rire aujourd'hui, son succédané «La CIA mène la danse» (1966), «La cible dans l'oeil» (1967) ou encore «L'amour à cheval» (1968) - ne vous ai-je pas dit qu'il était sportif ? - où il se transforme sans difficulté en professeur de tennis.

Le fait de résider en Italie ne le privera pas de belles rencontres cinématographiques francophones, comme celles de Lino Ventura dans «Les bandits» (Carlos Saura, 1963), Macha Méril dans «Une femme mariée» (Jean-Luc Godard, 1964), Anouk Aimée dans «Le scandale» (1965), Danièle Gaubert dans «Quand, comment et avec qui ?» (1969), Roger Hanin dans «La machination» (1970) et, plus tard, Yves Montand dans «Netchaïev est de retour» (Jacques Deray, 1990) ou Alain Delon dans «Le retour de Casanova» (Edouard Niermans, 1991).

En 1973, Yves Boisset lui confie dans «R.A.S.» le rôle difficile du commandant d'un bataillon disciplinaire pendant la guerre d'Algérie : rein d'étonnant à ce qu' il se montre à son aise en conduisant au combat quelques réfractaires que campent toute une génération de jeunes acteurs comme Jacques Weber, Jean-François Balmer ou Jacques Spiesser. Il apparaît également dans les décors de «Portier de nuit» (1973), film ô combien sulfureux qui narre la liaison torride et malsaine entre un nazi sadomasochiste (Dirk Bogarde) et sa douloureuse victime (Charlotte Rampling), bien plus souvent cadrés que notre héros par la caméra voyeuriste de Liliana Cavani.

Philippe Leroy aura su aborder tous les styles, n'ayant pas hésité pas à jongler entre les personnages historiques («La grande bagarre», 1975), drôles et légers («La mandragore» d'après Machiavel, 1965) ou plus modernes («Courage, fuyons !» d'Yves Robert, en 1979). Il aura pu aborder des thèmes de réflexion comme avec «Au delà du bien et du mal» (Liliana Cavani, 1977) évocant le philosophe Nietzsche. Il se sera même transformé en cardinal pour aider le célèbre «Don Bosco» dans sa croisade pour aider les enfants défavorisés et aura fini par venir en aide à l'abbé Pierre lors du terrible «Hiver '54» (1989) de froide mémoire.

La télévision, qu'elle soit italienne ou française, fera appel à lui pour illustrer des figures aussi somptueuses que celle de «Léonard de Vinci» (1971). Il figure également en bonne place au générique de la série «Sandokan». (1976). En France, il participe aux aventures sympathiques de «Sam et Sally» (1980), retrouve Alain Delon dans «Frank Riva» (2003) et joue le père de Corinne Touzet dans «Une femme d'honneur» (1997/1999), laquelle pensera inévitablement à lui quand elle produira la charmante fiction «Valentine».

Très populaire au-delà des Alpes où il est toujours en activité à l'heure où nous écrivons ces lignes, Philippe Leroy est moins vénéré dans sa France natale, même s'il a tourné avec Luc Besson («Nikita», 1989) ou Pierre Granier Deferre («L'Autrichienne», 1989). De ses trois unions, il est le père de cinq enfants : deux avec sa première épouse Françoise Laurent (la comédienne Philippine Leroy-Beaulieu en 1963, le réalisateur Terence Leroy-Beaulieu en 1968), un avec Emma Bini, deux avec sa compagne actuelle, Sofia Tortora (Filippo et Michelle).

Il a choisi de résider à Rome, où il vit maintenant depuis plusieurs décennies. Doté d'une bonne plume, il taquine la muse entre deux tournages avec un talent que nous lui reconnaissons bien volontiers.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (novembre 2016)
"Inventer l'inconcevable"

Inventer l'inconcevable,

Parcourir les espaces sans résonance

Où les rêves se dévoilent enfin.

Flotter, en acier gris, dans les neutrons bleus,

Troublés parfois par le sibilant passage d'une balle traceuse,

Et sa chaleur fait fondre pour un instant

La suspension muette d'un univers sans limite.

Hurler, dans le silence de ce cosmos glacé,

La grande solitude de l'homme.

Philippe Leroy

Ed.8.1.2 : 2-12-2016