Quatre James Bond Girls (I)…

Karin DOR (1936 ? 1938 ? / 2017)

… née sous le signe du Poisson !
Karin DorKarin Dor

Kätherose Derr nait le 22 février 1936 [1938?], à Wiesbaden (Allemagne). On lui connaît deux frères.

Adolescente, la petite Kätherose aspire à devenir décoratrice d'intérieur, tout en se passionnant pour la danse qu'elle exerce sous les conduites successives de Hertha Dehler et Hertha Gänsmer. En 1953, elle est encore collégienne à Wiesbaden où le réalisateur autrichien Arthur Maria Rabenalt a planté ses caméras et ses projecteurs pour le tournage d'une «Dernière valse» entraînée par le couple Curd JürgensCurd Jürgens/Eva BartokEva Bartok. Parmi les figurantes qu'on lui a fournies, il remarque cette jeune fille de 17 ans qu'il emploie dans une scène dialoguée. Satisfait, il la conseille à son ami Harald Reinl, qui tourne également un film dans la cité thermale et recherche des adolescentes pour entourer la nouvelle coqueluche enfantine, Christine KaufmannChristine Kaufmann.

Enthousiaste, Harald Reinl utilise la jeune fille à deux reprises dans «Rosen-Resli/La porteuse de fleurs» et «Der schweigende Engel/L'ange silencieux» (1954). Avant même la fin du second, il n'hésite pas, malgré la trentaine d'années qui les séparent, à la demander en mariage (la fiancée n'aurait alors que 16 ans et aurait menti sur son année de naissance, laissant aujourd'hui encore une incertitude à ce sujet). Dès lors, la carrière de Karin Dor, va étroitement se mêler à celle de son réalisateur pygmalion («Solange du Lebst» en 1956, «Almenraush und Edelweiss» en 1957, etc).

En 1960, avec «Scotland Yard contre le masque», toujours dirigée par son époux, Karin Dor fait son entrée dans l'univers d'Edgar Wallace, un auteur britannique de romans policiers empreints de mystères et d'organisations maléfiques dont nombre de récits furent mis en image par le cinéma germanique au tournant des années soixante. Elle récidive avec «Der grüne Bogenschütze» de Jürgen Roland (1960) et «Le faussaire de Londres» de Harald Reinl (1961). D'autres auteurs, mais de la même veine, relèvent «L'invisible docteur Mabuse», reprenant le personnage du romancier luxembourgeois Norbert Jacques rendu célèbre par Fritz Lang, et «Espions sur la Tamise», autre remake d'une oeuvre du maître allemand (tous deux réalisés par Reinl en 1962), «L'araignée noire défie Scotland Yard» (Harald Reinl, 1963) et «Le secret de la veuve noire» (Franz Josef Gottlieb, 1963).

Mais Harald Reinl s'est déjà lancé dans des projets plus ambitieux avec la célèbre série des westerns germano-yougoslaves «Winnetou», tirés des romans de Karl May, dans laquelle il embarquera son épouse, parfois emplumée, à trois reprises : «Le trésor du lac d'argent» (1962),«Le trésor des montagnes bleues» et «Le trésor de la vallée de la mort» (1968). En 1966, marchant à nouveau dans les traces de Fritz Lang, il n'hésite pas à mettre en couleurs la célèbre légende des Nibelungen, en deux volets comme l'original : «La vengence de Siegfried» et «Le massacre des Burgondes», confiant à sa dulcinée le rôle de la reine Brunehilde au destin si tragique.

Helga Brandt

Karin DorHelga Brandt dans «On ne vit que deux fois»

Après le divorce du couple (1968), Karin Dor connaît alors sa première heure de gloire en devenant la James Bond's Girl (à ce jour la seule allemande de la famille), dans «On ne vit que deux fois» (1966) auprès du meilleur spécimen du héros de Ian Fleming en la personne de Sean ConnerySean Connery. Chargée d'éliminer son invincible adversaire, elle ne put mener à bien cette tâche impossible, ce qui lui vaudra de finir dévorée par les piranhas, tant il est vrai qu'on ne plaisante pas dans les rangs du S.P.E.C.T.R.E. !

Qu'à celà ne tienne, la belle rousse décroche enfin son Graal cinématographique en devenant une des interprètes d'Alfred Hitchcock pour son film d'espionnage américano-européeen, «Topaz/L'étau» (1969). Hélas, ce devait être également son chant du cygne cinématographique et c'est vers le théâtre que se tournera notre vedette, un art qui la comblera davantage.

De son union avec Harald Reinl, Karin Dor mit au monde leur fils Andreas (1955) qui embrassera comme sa maman, la carrière d'acteur sous le nom Andreas RenellAndreas Reinl. Divorcée, après une union brièvement consommée avec Günther Schmucker (1972/1974), elle épousera en 1988 l'acteur-cascadeur-réalisateur américain George Robotham, se partageant dès lors entre Los Angeles et Munich.

Sur scène où elle se produira fréquemment («Trau keinem über 60» en 1996, «Man lebt nur dreimal» en 2007,…), elle donnera plus de 500 représentations de la pièce «Der Neurosenkavalier»(2006/2008). La télévision lui permettra également quelques compositions remarquées («Das Traumschiff» en 2010, la série «Rosamunde Pilcher» en 2011, …).

Revenue en Allemagne après le décès de son époux (2007), elle est encore active en 2016 lorsque, accrochée dans la rue par une passante poussant un landau, elle fait une chute qui la laissera une longue heure dans le coma. Soignée, elle reprend son travail sur les planches lorsqu'il s'avère que les conséquences de son accident sont plus graves que mesurées. Après une amélioration passagère, sa santé se détériore à nouveau en mars 2017 et elle doit entrer dans une maison médicalisée où elle finit par succomber, le 6 novembre de la même année.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (décembre 2017)
Éd.8.1.3 : 2-12-2017