Quatre James Bond Girls (I)…

Shirley EATON (1937)

… une fille en or
Shirley EatonShirley Eaton

Née le 12 janvier 1937, dans le district londonien d'Edgware (Angleterre), Shirley Jean Eaton est très tôt poussée par sa mère vers des activités artistiques comme la danse, le chant et l'art dramatique. Elle apparaît pour la première fois en public dans un spectacle intitulé «Set to Partners», alors qu'elle n'est encore qu'une adolescente. La petite histoire veut qu'elle dut manquer les 2 premières représentations afin d'avoir l'âge requis par la loi de Sa Gracieuse Majesté, 12 ans.

Elève du cours d'art dramatique du Aida Foster Theatre School (Londres) entre 1949 et 1952, elle fait ses débuts professionnels dans l'opéra pour (et joué par des) enfants de Benjamin Britten, «Let's Make an Opera/Le petit ramoneur». Entre-temps, elle sera apparue sur les petits écrans britanniques, chantant ou/et dansant selon la demande.

En 1953, prise sous contrat par Alexander Korda elle débute au cinéma de manière discrète («A Day To Remember»). Si elle n'est pas davantage créditée au générique de son 2ème opus, «Prisonniers du harem» dont elle n'est pas l'élément le plus dénué de charme, celui-ci la fait remarquer par la productrice Betty Box qui lui met le pied à l'étrier, en faisant l'une des partenaires de Dirk Bogarde que toutes les jeunes femmes de l'époque voulaient avoir comme médecin traitant («Toubib or Not Toubib», 1954). Elle rechutera avec beaucoup de plaisir – et quelques échelons de gagnés au générique –  trois ans plus tard, sous un costume d'infirmière enjôleuse qui aura raison de la volonté de notre «Toubib en liberté» (1957). Entre temps, quelques comédies très britanniques auront assuré son avenir de starlette en herbe («The Love Match» en 1955, «Trois hommes dans un bateau» en 1956, etc).

En 1956, Korda décédé, la Rank Organisation rachète son contrat avant de l'abandonner, quelques mois plus tard, à l'incertitude des lendemains qui déchantent. Elle se faufile alors dans trois opus de la série «Carry On…» (littéralement "En avant…") à l'humour typiquement britannique (lire "qui ne fait rire que les Tuniques Rouges") : «Carry On Sergeant» (1958), «Carry On Nurse» (1959), «Carry On Constable» (1960). Le producteur américain Robert Fellows finit par lui mettre le grappin dessus, le temps de l'opposer à Mickey Spillane, le créateur du personnage de Mike Hammer dont il assure lui-même la composition, tant bien que mal, dans «Solo pour une blonde» (1963). L'espoir commence à naître d'une carrière avantageuse, d'autant plus qu'elle rencontre Alfred Hitchcock, également à la recherche d'une blonde pour affronter une bande d'oiseaux en colère. Hélas, pour l'impétrante, ce fut Tippi Hedren qui entra dans la cage…

Jill Masterson

Shirley EatonJill Masterson dans «Goldfinger» (1964)

Mais pour tout le monde, y compris l'éternité, Shirley Eaton fut et demeure la célèbre Golden Girl que James Bond aima une nuit, à travers son beau costume de paillettes, avant de la retrouver au petit matin, morte d'une insuffisance de respiration par la peau : une heure de maquillage pour une unique séance de travail, 10 minutes de pellicule et plusieurs journées de décrassage afin de faire disparaître définitivement toute trace de peinture sur son corps de velours ! Rôle culte s'il en fut que celui de la Jill Masterson de «Goldfinger» (1964), à l'origine de quelques rumeurs longtemps persistantes qui voudront que l'actrice ne résista pas au traitement, et succomba aux mêmes symptomes que son personnage (les plus informés avançant l'idée que la belle Shirley avait été doublée par une figurante malheureuse).

On pouvait s'attendre, à l'instar d'Ursula Andress, que Shirley Eaton joua de ce rôle comme un tremplin vers les sommets du panthéon cinématographique, mais il n'en fut rien. Accaparée par Hollywood, elle joua les utilités militaires («The Naked Brigade», 1965), maritimes («Le tour du monde sous les mers», 1965) ou familiales («Eight on the Lam», 1967), avant de sombrer, la chevelure curieusement brune, dans les mers chaudes de l'Océan Indien, en dame Sumuru, reine des Amazones aux moeurs relevant de celles de la mante religieuse («The Millions Eyes of Sumuru», 1966). Curieusement, dans le second volet de cette saga fantastico-sensuelle qui fut aussi son dernier film, «La ciudad sin hombres» (1968), elle se déhanche indifféremment sous une crinière claire ou sombre, au gré des prises qu'une scripte étourdie n'aura pas dû surveiller d'assez près !

Revenant de Rio ou l'inénarrable Jess Franco venait de donner le dernier tour de manivelle de cet avatar, Shirley Eaton décide, dans l'avion qui la ramène “at home”, qu'elle en a terminé avec son destin de star. Épouse depuis 1957 de Colin Lenton-Rowe, dont elle a eu deux fils, Jason et Grant, elle choisit de se consacrer à ses devoirs d'épouse et de mère. Installée avec sa famille dans le sud montagneux de la France provençale, elle s'adonne avec bonheur à la sculpture et à la photographie artistique jusqu'en 1994, année du décès de son compagnon.

Rentrée à Londres, Shirley Eaton publie son autobiographie, «Shirley Eaton Bond's Golden Girl : Her Reflections» (1999) que suivra un recueil de poèmes, «Shirley Eaton's Golden Touch : An Intimate Diary of Poems» (2006). En 2015, pour le plus grand plaisir des photographes du Daily Mail, elle se fait à nouveau recouvrir de fameuse couche de peinture jaune, juste le temps d'une pose. Elle ne manifeste aucun regret de sa courte carrière au goût d'inachevé : "Il est plus important à mes yeux d'avoir été une femme et une mère que d'être devenue une actrice prestigieuse". Ma maman lui aurait donné raison, qui répétait sans cesse : "Tout ce qui brille n'est pas or".

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (novembre 2017)
Éd.8.1.3 : 4-12-2017