Quatre actrices américaines extravagantes… (2)

Margaret DUMONT (1882 / 1965)

… la Marx Sister
Margaret DumontMargaret Dumont

Est-ce d'avoir été élevée par son parrain, l'écrivain Joel Chandler Harris, célèbre auteur de contes pour enfants ? Toujours est-il que Margaret Dumont sembla garder éternellement une naïveté sans bornes qui lui permettait de rester de marbre face aux saillies les plus saugrenues de Groucho Marx, son partenaire privilégié. Lorsqu'il reçut un oscar d'honneur, Groucho salua comme de juste la mémoire de ses frères disparus mais se garda bien d'oublier Margaret, son faire-valoir idéal. Leur association fonctionnait si bien que de nombreux spectateurs crurent un temps qu'ils étaient mari et femme !

Née Daisy Juliette Baker le 20 octobre 1882 à Brooklyn, elle passa une bonne partie de son enfance auprès de son “Oncle Remus” à Atlanta avant d'entamer, très jeune, une carrière de chanteuse et comédienne, à l'opéra puis au music-hall. Elle choisit le pseudonyme de Dumont mais hésite encore sur le prénom : Daisy, Marguerite ou Margaret ? À Philadelphie – où elle débute dans «La belle et la bête» – puis à Atlantic City et même au Casino de Paris, on loue sa "… beauté sculpturale". En 1910, elle renonce à sa carrière pour épouser un milliardaire, John Moller Jr, qui la laisse veuve en 1918. Malgré l'avis contraire de sa belle-famille, elle décide de renouer avec son métier : la riche Daisy Moller devient définitivement Margaret Dumont et ne tarde pas à se faire un nom sur les planches.

En 1925, le dramaturge George S. Kaufman ne voit qu'elle pour jouer Mrs Potter, veuve richissime courtisée pour sa fortune par un allumé de première nommé Groucho Marx dans «The Cocoanuts». Le triomphe de la pièce annonce celui d'«Animal Crackers», trois ans plus tard : ne reculant devant aucun sacrifice, Margaret y affronte aussi Harpo dans un match de catch burlesque, sans perdre pour autant son self-control.

Margaret Dumont fait son cinéma…

Margaret DumontMargaret Dumont

Sur la lancée, Margaret fait ses vrais débuts au cinéma en compagnie des Marx Brothers. Certes, elle avait paru en 1917 dans une adaptation de Dickens, «A Tale of Two Cities» mais ce n'était qu'un faux départ. «Noix de coco» (1929) sera suivi de «L'explorateur en folie» (1930), «Soupe au canard» (1933), «Une nuit à l'opéra» (1935), «Un jour aux courses» (1937) et «Un jour au cirque» (1939). Aussi peut-on considérer, à l'instar de nombreux critiques, qu'elle fut, bien davantage que l'éphémère Gummo, la cinquième des Marx Brothers ! Qu'elle s'y nomme Mrs Rittenhouse, Mrs Gloria Teasdale, Mrs Claypool ou Mrs Upjohn, son rôle sera pratiquement toujours le même, celui d'une femme riche et coincée en butte aux déclarations d'amour de Groucho, agrémentées de sarcasmes qu'elle subit avec vaillance. Ainsi, à Margaret qui lui déclare, la larme à l'œil : "J'étais près de mon époux jusqu'à la fin !", Groucho répond du tac au tac : "Pas étonnant qu'il soit mort !". Au final de «Soupe au canard», lorsqu'elle se lance avec emphase dans un hymne patriotique, elle se fait bombarder de fruits par les quatre frères Marx ! De même, c'est elle qui ouvre la cabine bondée d'«Une nuit à l'opéra» au risque d'être submergée par un raz-de-marée humain. Interrogé sur sa partenaire de prédilection, Groucho déclara qu'il avait toujours eu un grand plaisir à jouer avec elle : "C'était une femme remarquable, identique à la scène et à la ville. Elle prenait tout au pied de la lettre, me demandant sans cesse : 'Julius, pourquoi rient-ils ?'" D'après sa jeune partenaire Maureen O'Sullivan, Margaret Dumont était convaincue, en tournant «Un jour aux courses», de jouer "… enfin un rôle sérieux" ! Son mérite, même involontaire, fut récompensé cette année-là par un prix du meilleur second rôle féminin, la critique Cecilia Ager allant même jusqu'à réclamer qu'on érige une statue en son honneur ou qu'on lui remette la médaille du congrès pour sa bravoure !

«Les Marx Brothers au grand magasin» (1941) semblait la septième et dernière station de son chemin de croix mais d'autres comiques allaient prendre le relais. Dans «Passez muscade» (1941), son apparition en matrone flanquée d'un doberman suffit à faire fuir W.C. Fields qui se précipite dans le vide plutôt que de l'embrasser… Il la retrouve pourtant le temps d'un sketch de «Six destins» (1942) où, sous le nom de Mrs.Langahankie, elle préside une délirante conférence antialcoolique. Dans «Maîtres de ballets» (1943), l'un des derniers Laurel et Hardy, elle ne joue pas vraiment avec le fameux duo (même s'ils se cachent sous son lit !) mais reprend son rôle traditionnel de mère collet monté irritée contre un mari qui ronfle la nuit et boit en douce. On la retrouve face à Red Skelton dans «Le bal des sirènes» (1944), Danny Kaye dans «Un fou s'en va-t-en guerre» (1944), Abbott et Costello dans «Deux nigauds vendeurs» (1946) et Jack Benny dans «The Horn Blows at Midnight» (1945) où elle campe une Castafiore nommée Madame Traviata… Comme par inadvertance, Margaret parut aussi fugitivement dans «Reckless» (1935) avec Jean Harlow, «Chronique mondaine» (1935) avec Clark Gable et «Femmes» (1939) de Cukor – mais le personnage de Mrs Wagstaff semble avoir disparu au montage.

Pour l'essentiel, les producteurs la cantonneront dans son rôle de repoussoir comique. Les années 50 seront pauvres en rôles intéressants même si l'on pouvait attendre beaucoup d'une certaine Georgianna Fitzdingle menant une croisade rétrograde contre la musique moderne dans «Shake, Rattle and Rock» (1956) : la scène finale nous la montre toutefois dansant le rock avec Mike Connors, le futur Mannix du petit écran. Toujours “accro” aux patronymes loufoques, on la découvre en Persephone Updike dans «Zoltz !» (1962) avant un dernier film, «Madame croque-maris» (1964), où elle joue auprès de Shirley MacLaine un rôle de mère abusive atteinte par la folie des grandeurs.

Quelques jours avant sa disparition, le 6 mars 1965 à Hollywood, celle qui se définissait elle-même comme la "… meilleure grande naïve d'Hollywood" retrouvait Groucho pour «Hollywood Parade», un show télévisé où ils reprirent une scène culte d'«Animal Crackers» : trente-cinq ans étaient passés mais Margaret ne semblait toujours pas comprendre pourquoi "ils" riaient… À moins que, meilleure comédienne que l'on pense, elle n'ait dupé son monde toute sa vie !

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Jean-Paul Briant (février 2018)
Éd.8.1.3 : 12-2-2018