Quatre bronzés dans le vent……

Michel BLANC (1952)

… à la recherche d'une ouverture
Michel BlancMichel Blanc

Acteur français, né le 16 avril 1952, à Courbevoie (Seine/Hauts-de-Seine, Michel Blanc est issu d'un milieu modeste – maman dactylo et papa fonctionnaire des douanes – , Il est, de prime enfance, un enfant timide et calme. Fils unique, il se débrouille bien à l'école et fréquente bientôt les bancs du lycée, ce qui n'était pas automatique en ces temps-là. L'établissement en question, à savoir le Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, devait jouir d'une atmosphère joyeuse, également fréquenté qu'il était par Christian Clavier, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, un casting de choix !

Ces joyeux lurons, conscients de leur joviale influence sur leur entourage scolaire, fondent en 1973, avec d'autres specimen du même acabit – comme Valérie Mairesse (plus tard remplacée par Josiane Balasko) , Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot et Claire Magnin – le café-théâtre du Splendid dans une arrière-salle de bistrot. Rapidement, ils y donnent quelques spectacles délirants dont les titres à eux seuls constituent tout un programme : «La concierge est tombée dans l'escalier», «Non, Georges, pas ici !», «Le pot de terre contre le pot de vin»… abandonnant bien vite la rive gauche pour une salle plus huppée autour du quartier des Halles parisiennes.

Parallèlement, les principaux membres du Splendid partent en quête de leurs destins cinématographiques individuels, décrochant, en solo ou en groupe réduit, quelques compositions dans des oeuvres cinématographiques plus ou moins importantes. Ainsi, le farfelu qui nous intéresse aujourd'hui, peu avantagé par un corps malingre et une chevelure réduite au maximun autorisé dans les milieux séculiers, peut être reconnu avec plus ou moins d'attention dans «Que la fête commence» de Bertrand Tavernier (1974), «Attention les yeux» de Gérard Pirès ou encore «La meilleure façon de marcher» de Claude Miller (1975), son allure de benêt propre à être invité à tous les “dîners de cons” de l'Hexagone attire jusqu'à l'attention de Roman Polanski qui en fait une cible facile pour le voisin agressif de son «Locataire» (1976), un Bernard Fresson indéniablement conçu dans un autre moule !

En 1977, les tontons farceurs, déjà admis dans le paysage comique du cinéma français, décident de franchir le pas de l'auto-entreprise en adaptant un de leurs plus gros succès sur scène : «Amours, coquillages et crustacés» devient ainsi, pour le cinéma, «Les bronzés» (1978, une production d'Yves Rousset-Rouart, oncle de Christian Clavier), dans lequel tous ceux qui ont suivi un stage plus ou moins intensif dans une succursalle du Club Méditerranée – ce qui fut leur cas quelques années auparavant – ne manquent pas de se reconnaître. Les autres aussi d'ailleurs, puisque le film fait un carton au box office et donnera naissance à deux séquelles, «Les bronzés font du ski» (1979) et, plus récemment, «Les bronzés 3, amis pour la vie» (2005). Pour bien comprendre le chamboulement que cette oeuvre, et celles qui suivirent, apportèrent au cinéma comique français, il faut se souvenir que les années soixante-dix laissaient le champ libre à quelques productions signées Robert Thomas, Michel Gérard ou autres Richard Balducci, lesquels ne survivront pas à la nouvelle vague agitée par nos gentils baigneurs ! Le comique troupier, renvoyé dans ses foyers, laissait la place au beauf à l'humour débridé, davantage à même de faire rire les nouvelles générations de spectateurs aux zygomatiques plus délicats.

Les membres fondateurs de la troupe du Splendid se retrouveront régulièrement au cours des décennies suivantes reprenant parfois leurs spectacles de scène («Le Père Noël est une ordure» en 1982 (voix uniquement), «Papy fait de la résistance» en 1983), ou s'intégrant à quelques univers parallèles, comme celui du café de La Gare («Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine» en 1978), une troupe plus ancienne auprès de laquelle ils puisèrent sans doute certains ingrédients de leur potion magique. Toutefois, dès 1980, ils s'accordent à jouer leurs cartes personnelles, tout en restant liés par une amitié indéfectible.

Michel sans les autres…

Michel BlancMichel Blanc

Cette liberté nouvelle permet à Michel Blanc, éternel looser franchouillard, de constituer quelques duos malicieux auprès de jeunes premiers modernes au regard plus profond et à la chevelure autrement fournie (Bernard Giraudeau dans «Viens chez moi, j'habite chez une copine», 1980), ou de chercher quelques ouvertures auprès d'horizons plus ou moins bouchés : Anémone dans «Ma femme s'appelle reviens» (1981), Jane Birkin dans «Circulez, y'a rien à voir !» (1982). L'esprit du Splendid est assuré par l'intéressé, lié de près aux scénarios et aux dialogues de ces films qui confirment sur le derrière de la caméra de nouveaux noms, comme ceux de Patrice Leconte ou Jean-Marie Poiré.

Un tel engagement finit par aboutir au but recherché et, en 1984, Michel Blanc écrit et réalise son premier opus, «Marche à l'ombre» – titre repris d'une chanson de Renaud publiée en 1980 et qui illustre le générique de fin – où il incarne le boulet d'une chaîne à l'autre extrémité de laquelle se rattache Gérard Lanvin, aussi paumé mais moins “con” que lui. En 1986, moustache effacée, le voici plongé dans l'univers surréaliste de Bertrand Blier où, «Tenue de soirée» exigée, il se laisse entrâiner, à corps timidement défendant, dans une ouverture qu'il n'avait jusque là pas envisagée, mais qui lui vaudra tout de même le Prix d'interprétation masculine du Festival de Cannes : on n'a rien sans rien !

Cette reconnaissance par un jury historiquement élitiste ouvre de nouvelles perspectives à notre artiste qui vise désormais des rôles plus dramatiques. L'inquiétant «Monsieur Hire» de 1988 ne le cède en rien au Michel Simon de «Panique» (1946) dont il reprend le personnage imaginé par Georges Simenon. Et pourquoi pas l'international ? «Prospero's Book» de Peter Greenaway (1991) ou «Prêt-à-porter» de Robert Altman ne font pas tâche au dos d'une carte de visite, même sur du Blanc !

Dès lors, Michel Blanc fait partie des acteurs qui peuvent choisir. Sans renier la réalisation («Grosse fatigue» en 1994, prix du meilleur scénario au Festival de Cannes, «Mauvaise passe» en 1999 où il n'apparaît pas), il nous réserve de belles surprises, comme le tendre et touchant «Je vous trouve très beau» d'Isabelle Mergault (2005), et suscite l'intérêt de ces maîtres de cinéma que sont devenus Alain Corneau («Le deuxième souffle», 2007) ou André Téchiné («La fille du R.E.R.», 2008). Les électeurs des Césars ne s'y trompent pas qui lui attribuent la statuette du meilleur acteur de composition pour sa performance dans «L'exercice de l'état» (2011). Même François Hollande y est allé de sa reconnaissance, le hissant au grade de Chevalier de la Légion d'honneur lors de la promotion du 14 juillet 2012.

Jusqu'à ce jour, la carrière cinématographique de Michel Blanc peut se résumer en un mot : splendide !

Christian Grenier

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juin 2019)
Éd. 9.1.4 : 25-6-2019