Quatre bronzés dans le vent……

Christian CLAVIER (1952)

… Louis de Funès Le Petit
Christian ClavierChristian Clavier
… Gérard, Michel Thierry et les autres

Acteur français, né le 6 mai 1952, à Paris (France), Christian Clavier, fils d'un chirurgien et d'une mère au foyer, passe la majeure partie de son enfance à Neuilly-sur-Seine, en compagnie de son frère cadet Stéphane (futur réalisateur) et de leur soeur. Bien choyé au sein d'une famille bourgeoise, il se débrouille bien à l'école – même s'il n'en goûte guère la fréquentation – et use bientôt les bancs du lycée, ce qui n'était pas automatique en ces temps-là. L'établissement en question, à savoir le Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, devait jouir d'une atmosphère joyeuse, également fréquenté qu'il était par Michel Blanc Christian Clavier, et Thierry Lhermitte, un casting de choix !

Ces joyeux lurons, conscients de leur joviale influence sur leur entourage scolaire, fondent en 1973, avec d'autres specimen du même acabit – comme Valérie Mairesse (plus tard remplacée par Josiane Balasko) , Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot et Claire Magnin – le café-théâtre du Splendid dans une arrière-sallle de bistrot. Rapidement, ils y donnent quelques spectacles délirants dont les titres à eux seuls consitutent tout un programme : «La concierge est tombée dans l'escalier», «Non, Georges, pas ici !», «Le pot de terre contre le pot de vin»… abandonnant bien vite la rive gauche pour une salle plus huppée autour du quartier des Halles parisiennes.

Parallèlement, les principaux membres du Splendid partent en quête de leurs destins cinématographiques individuels, décrochant, en solo ou en groupe réduit, quelques compositions dans des oeuvres cinématographiques plus ou moins importantes. Ainsi, le farfelu qui nous intéresse aujourd'hui, jouant les gâte-sauce à souhait, peut être reconnu avec plus ou moins d'attention dans «Les suspects» de Michel Wyn (1974, «Que la fête commence» de Bertrand Tavernier (1974), «F comme Fairbanks» (1975) ou encore «Dîtes-lui que je l'aime» (1977)… créant de film en film l'archétype de l'obséquieux arriviste.

En 1977, les tontons farceurs, déjà admis dans le paysage comique du cinéma français, décident de franchir le pas de l'auto-entreprise en adaptant un de leurs plus gros succès sur scène : «Amours, coquillages et crustacés» devient ainsi, pour le cinéma, «Les bronzés» (1978, une production d'Yves Rousset-Rouart, oncle de Christian Clavier), dans lequel tous ceux qui ont suivi un stage plus ou moins intensif dans une succursalle du Club Méditerranée – ce qui fut leur cas quelques années auparavant – ne manquent pas de se reconnaître. Les autres aussi d'ailleurs, puisque le film fait un carton au box office et donnera naissance à deux séquelles, «Les bronzés font du ski» (1979) et, plus récemment, «Les bronzés 3, amis pour la vie» (2005). Pour bien comprendre le chamboulement que cette oeuvre, et celles qui suivirent, apportèrent au cinéma comique français, il faut se souvenir que les années soixante-dix laissaient le champ libre à quelques productions signées Robert Thomas, Michel Gérard ou autres Richard Balducci, lesquels ne survivront pas à la nouvelle vague agitée par nos gentils baigneurs ! Le comique troupier, renvoyé dans ses foyers, laissait la place au beauf à l'humour débridé, davantage à même de faire rire les nouvelles générations de spectateurs aux zygomatiques plus délicats.

Les membres fondateurs de la troupe du Splendid se retrouveront régulièrement au cours des décennies suivantes reprenant parfois leurs spectacles de scène («Le Père Noël est une ordure» en 1982, «Papy fait de la résistance» en 1983), ou s'intégrant à quelques univers parallèles, comme celui du café de La Gare («Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine» en 1978, narration uniquement), une troupe plus ancienne auprès de laquelle ils puisèrent sans doute certains ingrédients de leur potion magique. Toutefois, dès 1980, ils s'accordent à jouer leurs cartes personnelles, tout en restant liés par une amitié indéfectible…

Christian sans les autres…

Christian ClavierChristian Clavier

Christian Clavier fut le premier de nos joyeux compères à se retrouver en tête d'affiche solitaire. «Je vais craquer» (1980), avec Gérard Lauzier aux manettes, conserve la ligne satirique des oeuvres collectives autour d'un personnage principal dans la lignée des créations précédentes. Le succès est là, qui encourage tonton Yves à récidiver avec «Les babas cool» (1981), lui enjoignant sa compagne et épouse d'une longue tretaine d'années, Marie-Anne Chazel. S'il partage quelquefois un plateau avec Josiane Balasko («Clara et les chics types» en 1980), Thierry Lhermitte («Elle voit des nains partout», 1981) ou Michel Blanc («Les secrets professionnels du professeur Apfelgluck», 1990), il ne reconstituera pas le moindre duo avec l'un d'entre eux, cherchant davantage un succès personnel dans un style de jeu plus nerveux.

Créateur de deux personnages cultes dans la vie commune des membres du Splendid, Christian Clavier est aussi un auteur et dialoguiste talentueux. Katia, le travesti solitaire du «Père Noël est une ordure», et Jean Jacques, le médecin dragueur des «Bronzés» lui doivent beaucoup. Le réalisateur Jean-Marie Poiré, convaincu de la chose, va faire de lui son co-scénariste régulier et son acteur fétiche. «Twist Again à Moscou» (1986) et, surtout, «Mes meilleurs copains» (1988), sont d'excellentes comédies, encore chargées d'une dérision réflexive, qui supportent d'êtres revues. Toutefois, «L'opération Corned Beef» (1990) – première apparition d'une paire appelée à devenir célèbre – et «Les anges gardiens» (1995) – où il ne pèse pas lourd face à un Depardieu inévitablement écrasant – annoncent un tournant vers la comédie pure et l'abandon de l'aspect humain que Jugnot et Blanc continueront à défendre.

En 1993, l'acteur tombe dans la caricature dans sa collaboration avec Gérard Oury, sans doute justifiée par «La soir de l'or» qui habite son personnage. Volubilité excessive, crispation défigurante, grimaces à répétition, mauvaise foi permanente, cupidité maladive : Christian Clavier entre peu à peu dans le costume laissé vide par Louis de Funès, une comparaison qui ne devrait pas contrarier l'intéressé tant la copie ne peut être le seul fruit du seul hasard.

En 1992, il partage avec Jean-Marie Poiré et Alain Terzian, la responsabilité d'un des plus gros succès français de la décennie, «Les visiteurs», constituant avec Jean Reno un duo improbable sous les perruques épaisses de Jacquouille la Fripouille et Georffroy le Hardi. Nos deux héros parcouront les couloirs du temps à quatre reprises, remontant du Moyen Âge jusqu'au XXIème siècle avant de s'arrêter en pleine Révolution Française. Serait-ce pour mieux rebondir ?

Malgré son succès, Christian Clavier est alors la plus controversée de nos quatre vedettes, cible de la presse et d'une partie du public. Lorsqu'il envahit l'Europe et les petits écrans sous le bicorne de «Napoléon» (2002), les relations avec la troupe formatrice ne semble plus être au beau fixe et son absence est remarquée sur le plateau d'une émission de télévision où tous les autres semblent prendre du plaisir à se retrouver, glissant çà et là une remarque ambigüe. Enfin, son amitié avec Nicolas Sarkozy en ajoutent à l'irritation collective. Plus tard, ses installations outre-Manche puis outre-Quiévrain, laissant penser que pour lui l'argent français ne doit circuler qu'à sens unique, viendront aggraver la fracture.

Loin de ses vaines chicanes, l'acteur arbore avec assurance une moustache délibérément hexagonale en campant le plus célèbre Gaulois de l'époque moderne, juché sur le même bouclier que son copain Depardieu, dans «Astérix et Obélix contre César» (1998) et «Astérix et Obélix, mission Cléopâtre» (2003). En 2011, il se lance dans la réalisation avec «On ne choisit pas sa famille» (2011) pour une farce des plus maigres qu'il soit. Il sera plus heureux, tout au moins en nombre d'assiettes, en laissant les fourneaux à Philippe de Chauveron («Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?», 2014), ou François Martin-Laval («Les profs», 2013).

Alors, si l'on s'en tient à son parcours professionnel – et nonobstant quelques errances mégalomaniaques – la carrière cinématographique de Christian Clavier peut se résumer en un mot : splendide !

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juillet 2019)
Éd. 9.1.4 : 14-7-2019