Quatre bronzés dans le vent……

Gérard JUGNOT (1951)

… béret sur le crâne et baguette à la main
Gérard JugnotGérard Jugnot

Acteur français, né le 4 mai 1951, à Paris (France), Gérard Jugnot est issu d'une petite bourgeoisie active : papa entrepreneur du bâtiment et maman aux casseroles . Il est, de prime enfance, un enfant joyeux et exhubérant. Frère cadet de Martine, il se débrouille bien à l'école et fréquente bientôt les bancs du lycée, ce qui n'était pas automatique en ces temps-là. L'établissement en question, à savoir le Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, devait jouir d'une atmosphère joyeuse, également fréquenté qu'il était par Michel Blanc Christian Clavier, et Thierry Lhermitte, un casting de choix !

Ces joyeux lurons, conscients de leur joviale influence sur leur entourage scolaire, fondent en 1973, avec d'autres specimen du même acabit – comme Valérie Mairesse (plus tard remplacée par Josiane Balasko) , Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot et Claire Magnin – le café-théâtre du Splendid dans une arrière-sallle de bistrot. Rapidement, ils y donnent quelques spectacles délirants dont les titres à eux seuls consitutent tout un programme : «La concierge est tombée dans l'escalier», «Non, Georges, pas ici !», «Le pot de terre contre le pot de vin»… abandonnant bien vite la rive gauche pour une salle plus huppée autour du quartier des Halles parisiennes.

Parallèlement, les principaux membres du Splendid partent en quête de leurs destins cinématographiques individuels, décrochant, en solo ou en groupe réduit, quelques compositions dans des oeuvres cinématographiques plus ou moins importantes. Ainsi, le farfelu qui nous intéresse aujourd'hui, peu avantagé par sa bille de clown et sa calvitie précoce, peut être reconnu avec plus ou moins d'attention dans «Les valseuses» de Bertrand Blier (1973), «Les suspects» de Michel Wyn (1974) ou encore «Le juge et l'assassin» de Bertrand Tavernier (1976),… sa bonhommie propre à être recouverte de l'inévitable béret du Français moyen, roublard et lâche, attirant jusqu'à l'attention de Roman Polanski qui en fait un collègue de bureau de son «Locataire» (1976), un homme timide à la recherche de sa personnalité !

En 1977, les tontons farceurs, déjà admis dans le paysage comique du cinéma français, décident de franchir le pas de l'auto-entreprise en adaptant un de leurs plus gros succès sur scène : «Amours, coquillages et crustacés» devient ainsi, pour le cinéma, «Les bronzés» (1978, une production d'Yves Rousset-Rouart, oncle de Christian Clavier), dans lequel tous ceux qui ont suivi un stage plus ou moins intensif dans une succursalle du Club Méditerranée – ce qui fut leur cas quelques années auparavant – ne manquent pas de se reconnaître. Les autres aussi d'ailleurs, puisque le film fait un carton au box office et donnera naissance à deux séquelles, «Les bronzés font du ski» (1979) et, plus récemment, «Les bronzés 3, amis pour la vie» (2005). Pour bien comprendre le chamboulement que cette oeuvre, et celles qui suivirent, apportèrent au cinéma comique français, il faut se souvenir que les années soixante-dix laissaient le champ libre à quelques productions signées Robert Thomas, Michel Gérard ou autres Richard Balducci, lesquels ne survivront pas à la nouvelle vague agitée par nos gentils baigneurs ! Le comique troupier, renvoyé dans ses foyers, laissait la place au beauf à l'humour débridé, davantage à même de faire rire les nouvelles générations de spectateurs aux zygomatiques plus délicats.

Les membres fondateurs de la troupe du Splendid se retrouveront régulièrement au cours des décennies suivantes reprenant parfois leurs spectacles de scène («Le Père Noël est une ordure» en 1982, «Papy fait de la résistance» en 1983), ou s'intégrant à quelques univers parallèles, comme celui du café de La Gare («Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine» en 1978), une troupe plus ancienne auprès de laquelle ils puisèrent sans doute certains ingrédients de leur potion magique. Toutefois, dès 1980, ils s'accordent à jouer leurs cartes personnelles, tout en restant liés par une amitié indéfectible…

Gérard sans les autres…

Gérard JugnotGérard Jugnot

En un premier temps, Gérard Jugnot forme avec Daniel Auteuil un duo qui fait mouche dans «Pour 100 briques, t'as plus rien» d'Édouard Molinaro (1982) , prolongeant l'humour déjanté du bon temps du Splendid. Il retrouve avec le même bonheur son compère Thierry Lhermitte dans «La fiancée qui venait du froid» (1983) et «Les rois du gag» (1984). Il ose enfin couper le cordon ombilical pour s'intercaler dans une histoire d'amour qui semblait pourtant propre entre le calculateur Sami Frey et la pétillante Jane Birkin dont il se déclare unilatéralement «Le garde du corps» (1983).

En 1984, la même année que son complice Michel Blanc, Gérard Jugnot passe derrière la caméra pour filmer ses propres aventures, dessinant sous le képi de «Pinot simple flic» le personnage transparnt d'un monsieur tout le monde, naïf et attendrissant, qui se met dans des situations impossibles pour construire (ou sauver) une affaire de coeur. Telle sera encore la trame de «Scout toujours» (1985), «Une époque formidable» (1991), «Casque bleu» (1993), «Fallait pas !» (1996),… plongeant chaque fois davantage son scénario dans l'eau de plus en plus troublée du contexte économico-social ambiant. Aujourd'hui, Gérard Jugnot est – et restera sans doute – celui des quatre mousquetaires qui aura réalisé le plus grand nombre de films, «C'est beau la vie quand on y pense» (2017) constituant à l'heure où sont écrites ces lignes sa denière mise en scène pour le grand écran.

Au tournant du XXIème siècle, Gérard Jugnot se risque à la résurrection de quelques grandes heures du cinéma français : «Les choristes» (2004) où il reprend le personnage de Clément Mathieu sobrement animé par Noël-Noël en 1945 ; «Boudu», d'après le chef-d'oeuvre de Jean Renoir (1932), où il incarne un bourgeois bousculé dans son confort tranquille par cette brute anarchiste de Gérard Depardieu ; «L'auberge rouge», reprise du film homonyme de Claude Autant-Lara (1951) où il ne craint pas la comparaison avec l'inoubliable Fernandel ; «La nouvelle guerre des boutons» qui ne nous fera toutefois pas oublier l'ancienne, plus subtilement menée par le général Yves Robert (1961).

Père du comédien Arthur Jugnot, né en 1980 de sa laison avec la costumière Cécile Magnan rencontrée sur le tournage des «Bronzés» (1978), puis compagnon de l'actrice et écrivain Saïda Jawad (2003 à 2014), l'acteur est depuis le 27 juillet 2016 l'époux de Patricia Campi, juriste à la mairie de Marseille, rencontrée sur le tournage de «Entre amis» (2015).

Jusqu'à ce jour, en lui pardonnant quelques faiblesses, la carrière cinématographique de Gérard Jugnot, officier de l'Ordre du Mérite (2009), peut se résumer en un mot : splendide !

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juillet 2019)
Éd. 9.1.4 : 5-7-2019