Quatre bronzés dans le vent……

Thierry LHERMITTE (1952)

… Le gendre parfait
Thierry LhermitteThierry Lhermitte

Acteur, scénariste et producteur français, Thierry Michel Lhermitte, est né le 24 novembre 1952, à Boulogne-Billancourt (Seine/Hauts-de-Seine, France).

Issu d'un milieu bourgeois – arrière grand-père peintre, graveur et naturaliste de renom, grand-père neurologue et psychiatre, maman journaliste et papa administrateur de sociétés – le petit Thierry déroule une enface sans problème à Neuilly, en compagnie de ses deux soeurs cadettes. Intelligent, il fait preuve, dès son plus jeune âge, de bonnes facultés intellectuelles, se débrouille bien à l'école et fréquente bientôt les bancs du lycée dans l'espérance de devenir professeur de mathématiques. L'établissement en question, à savoir le Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, devait jouir d'une atmosphère joyeuse, également fréquenté qu'il était par Christian Clavier, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, un casting de choix !

Ces joyeux lurons, conscients de leur joviale influence sur leur entourage scolaire, fondent en 1973, avec d'autres specimen du même acabit – comme Valérie Mairesse (plus tard remplacée par Josiane Balasko) , Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot et Claire Magnin – le café-théâtre du Splendid dans une arrière-salle de bistrot. Rapidement, ils y donnent quelques spectacles délirants dont les titres à eux seuls consituent tout un programme : «La concierge est tombée dans l'escalier», «Non, Georges, pas ici !», «Le pot de terre contre le pot de vin»… abandonnant bien vite la rive gauche pour une salle plus huppée autour du quartier des Halles parisiennes.

Parallèlement, les principaux membres du Splendid partent en quête de leurs destins cinématographiques individuels, décrochant, en solo ou en groupe réduit, quelques compositions dans des oeuvres cinématographiques plus ou moins importantes. Ainsi, le beau garçon qui nous intéresse aujourd'hui, avantagé par un physique des plus agréables et une chevelure en forme de casque, peut être reconnu avec plus ou moins d'attention dans «L'aventure c'est l'aventure» de Claude Lelouch (1972), «Les valseuses» de Bertrand Blier (1973) ou encore «Que la fête commence» de Bertrand Tavernier (1975), son allure " bien propre sur lui" lui ouvrant les castings des comédies dramatiques («Des enfants gâtés», 1977) aux farces les plus farfelues («C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule !», 1974), en passant par des drames romantiques («Le dernier amant romantique», 1978) ou sentimentaux («L'amour en herbe», 1978).

En 1977, les tontons farceurs, déjà admis dans le paysage comique du cinéma français, décident de franchir le pas de l'auto-entreprise en adaptant un de leurs plus gros succès sur scène : «Amours, coquillages et crustacés» devient ainsi, pour le cinéma, «Les bronzés» (1978, une production d'Yves Rousset-Rouart, oncle de Christian Clavier), dans lequel tous ceux qui ont suivi un stage plus ou moins intensif dans une succursalle du Club Méditerranée – ce qui fut leur cas quelques années auparavant – ne manquent pas de se reconnaître. Les autres aussi d'ailleurs, puisque le film fait un carton au box office et donnera naissance à deux séquelles, «Les bronzés font du ski» (1979) et, plus récemment, «Les bronzés 3, amis pour la vie» (2005). Pour bien comprendre le chamboulement que cette oeuvre, et celles qui suivirent, apportèrent au cinéma comique français, il faut se souvenir que les années soixante-dix laissaient le champ libre à quelques productions signées Robert Thomas, Michel Gérard ou autres Richard Balducci, lesquels ne survivront pas à la nouvelle vague agitée par nos gentils baigneurs ! Le comique troupier, renvoyé dans ses foyers, laissait la place au beauf à l'humour débridé, davantage à même de faire rire les nouvelles générations de spectateurs aux zygomatiques plus délicats.

Les membres fondateurs de la troupe du Splendid se retrouveront régulièrement au cours des décennies suivantes reprenant parfois leurs spectacles de scène («Le Père Noël est une ordure» en 1982, «Papy fait de la résistance» en 1983), ou s'intégrant à quelques univers parallèles, comme celui du café de La Gare («Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine» en 1978), une troupe plus ancienne auprès de laquelle ils puisèrent sans doute certains ingrédients de leur potion magique. Toutefois, dès 1980, ils s'accordent à jouer leurs cartes personnelles, tout en restant liés par une amitié indéfectible.

Thierry sans les autres…

Thierry LhermitteThierry Lhermitte

Cette liberté nouvelle permet à Thierry Lhermitte, le beau gosse, de composer des personnages plus intimes. Dès 1980, «Clara et les chics types» font de lui le charmant soupirant d'une Isabelle – à croquer – Adjani et le premier lauréat du Prix Jean Gabin destiné à récompenser un jeune acteur prometteur. Le duo se retrouvera «L'année prochaine… si tout va bien» (1981) sous le regard doux-amer de Jean-Loup Hubert.

Ne reniant pas ses débuts, comme tous ses complices, il régulièrement fera des piges aux côtés de ses anciens amis du Spendid en des comédies farfelues où des réalisateurs comme Charles Némès («Les héros n'ont pas frois aux oreilles», 1978) ou Jean-Marie Poiré («Les hommes préfèrent les grosses», 1981) renouvellent un genre galvaudé par leurs collègues de la décennie précédente, Lautner mis à part. Plus cynique, Bertrand Blier permettra à Coluche d'emprunter «La femme de (s)on pote» (1983) à corps (à peine) défendant.

Mais déjà les artisans du cinéma français n'hésitent pas à inviter le prince charmant dans des histoires plus violentes. Serge Leroy en fait le bras droit de l'ennemi public numéro du moment dans «L'indic» (1983) après lui avoir demandé, service public oblige, de tenter de mettre un frein à une «Légitime violence» revendiquée par Claude Brasseur. Vous avez dit “flic” ? Tous pourris, répond la France profonde ! “Ripoux”, plus exactement, pour sacrifier à une forme d'expression à la mode : «Les ripoux» de 1984, «Ripoux contre Ripoux» de 1989 ou «Ripoux 3» de 2003, s'ils n'arrangeront en rien la réputation des forces de l'ordre, feront gonfler les comptes en banque des acteurs et de leurs commanditaires avisés. Les Américains flairent aussi la bonne affaire, faisant de notre «French Lover» (1984) le héros d'une comédie parisienne – co-production oblige – qui n'entrera pas dans l'histoire et ne lui ouvrira pas davantage – mais l'eût-il souhaité ? – la voie maritime du nouveau continent.

En 1986, Thierry Lhermitie s'associe avec Louis Becker pour fonder une société de production, ICE 3. La nouvelle compagnie s'acoquine avec Les Films Flam de Josiane Balasko pour une «Nuit d'ivresse» (1986) des plus dommageables. Après un «Fucking Fernand» prometteur (1987), elle se compromettra en révélant «Les secrets professionnels du professeur Apfelgluck» (1990) qui auraient mieux faits de rester cachés. Si «Un Indien dans la ville» (1994) renouera avec le succès, «Le prince du Pacifique» (2000) fera tragiquement naufrage.

La mer constitue pourtant le second univers de Thierry Lhermitte. Passionné de voile, celui-ci effectuera, entre 1987 et 1988, un tour du monde en compagnie de sa petite famille. Car l'acteur a pris pour épouse, à l'heure des «Valseuses» (1973) maigres, la charmante Hélène Aubert. Le couple aura 3 enfants : Astrée (1974, aujourd'hui artiste-peintre), Victor (1981, aujourd'hui restaurateur) et Louise (1993, aujourd'hui musicienne). Éclectique, partant à la chasse aux idées reçues, il signe un ouvrage de vulgarisation, «Détrompez-vous» (2011). Plus tard, sans doute influencé par Philippe Noiret, Monsieur découvrira l'équitation éthologique, une forme de dressage en communion avec l'animal, s'autorisant à préfacer un ouvrage sur le sujet, «À cheval dans la nature» (2018).

L'âge venu, l'homme s'ouvre aux misères du monde. Impliqué – sans être directement touché – dans le drame de l'enfance trisomique, il est fait, à ce titre, Chevalier de la Légion d'Honneur par Jacques Chirac (2001), avant de devenir Ambassadeur de La Fondation pour la Recherche Médicale. Plus terre à terre, passionné d'informatique depuis l'époque héroïque des Atari et des Amstrad, il entre comme administrateur au sein de Trident Media Guard, entreprise spécialisée dans le conseil en systèmes et logiciels informatiques.

Le comédien n'en poursuit pas moins sa carrière artistique, aussi bien au cinéma («Effroyables jardins» qu'il co-produit en 2002, tout comme «Les papas du dimanche» en 2011, jusqu'au tout récent «Just a Gigolo» d'Olivier Baroux en 2019), au petit écran («Le voyageur imprudent» en 1982, «Au théâtre ce soir : Pieds nus dans le parc» en 1982, la série «Doc Martin» de 2011 à 2015,…) et même sur les planches («Le syndrome de l'Écossais» au Théâtre des Nouveautés en 2016).

Jusqu'à ce jour, la carrière cinématographique de Thierry Lhermitte peut se résumer en un mot : splendide !

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juin 2019)
Éd. 9.1.4 : 27-6-2019