John FORD (1894 / 1973)

… un bâtisseur de légendes

John Ford

"Nul n'a laissé, parmi le vaste public d'inconnus qui peuplèrent les salles obscures des cinq continents, une renommée aussi fortement ressentie et aussi pleinement justifiée au regard du populaire.

Son nom s'est imposé à chacun, peut-être en raison de l'éclectisme singulier de son oeuvre, sûrement à cause de la générosité qu'elle enseigne et de la sincérité avec laquelle elle la dispense.

Un film de John Ford demeure pour des millions de spectateurs un témoignage en la vie, en la valeur de la vie."

Claude Beylie

La terre irlandaise…

John FordJohn Ford

Il disait être né Sean Aloysius O'Fearna, le 1er février 1895, à Cap Elizabeth, dans l'état du Maine. Et c'est bien l'année qui figure sur sa plaque mortuaire… Eh bien non, car même sur ce point l'homme entretint sa légende ! L'on sait aujourd'hui, documents officiels à l'appui, que John Martin Feeney apparut en ce bas monde le 1er février 1894.

Il est le 10ème enfant d'une famille nombreuse d'origine irlandaise. Des dix garçons et une fille, cinq d'entre eux n'atteindront pas l'âge adulte, mais Edward assistera plus tard son glorieux frère sur le tournage d'un grand nombre de ses films, de «The Iron Horse» (1924), jusqu'à «Mister Roberts» (1955). Plus connu, Francis FordFrancis Ford deviendra réalisateur et acteur à Hollywood.

Leur père, John A. Feeney, tenait une épicerie à Portland, dont l'arrière salle couvrait le commerce illicite d'un débit de boisson clandestin, la consommation d'alcool étant alors interdite dans l'état. Sa mère, Barbara Curran, avait suffisamment à faire à la maison !

Aux activités scolaires, le jeune John préfère le football (américain, bien sûr), discipline qui lui vaut bientôt le surnom de “Bull Jack” (Jack le taureau). Il n'en obtient pas moins son diplôme de fin d'études secondaires (1914).

Une bonne initiative…

Francis Ford, son aîné de 13 ans, est donc acteur de cinéma depuis 1909. En 1914, réalisateur à Hollywood, il invite John à passer les vacances d'été à ses côtés : qu'il en soit ici remercié ! Peu après, John/Jack (tous les Américains prénommés John se font surnommer Jack, ou peu s'en faut) débute à la Universal comme homme à tout faire, y compris l'acteur.

En 1917, le voici réalisateur. L'origine de cette promotion est l'objet de différentes hypothèses : Peter Bogdanovich prétendra qu'il faisait semblant de tourner à l'aide d'une caméra vide pour impressionner, à défaut de pellicule, les exécutifs de la compagnie ; Harry Carey déclarera que le nom de John lui fut soufflé par Francis. Quant à l'intéressé, il soutiendra ne la devoir qu'à lui-même !

Les films muets…

John Ford«Le cheval de fer» (1924)

Le premier film réalisé par John Ford, «The Tornado» (1917), nous présente déjà une mère irlandaise, tout au moins pour ce qu'on en sait, car les deux bobines semblent perdues (sort réservé à un grand nombre de ses films muets, même si l'on vient d'en retrouver un en 2011). Le format, aboutissant à des courts métrages d'une vingtaine de minutes, donne bientôt naissance à une série de petits westerns dont le héros, Cheyenne Harry (en France Black Billy), est incarné par Harry CareyHarry Carey (le réalisateur emploiera plus tard, et souvent, son fils, Harry Carey JrHarry Carey Jr). Citons ainsi «Straight Shooting» (1917), «Riders of Vengeance/La vengeance de Black Billy» (1919) «The Rider of the Law/Black Billy au Canada» (1919), etc. «Les hommes marqués» (1919) traite déjà le thème qui sera repris en 1948 dans «Three Godfathers/Le fils du désert» : trois canailles se sacrifient pour sauver la vie d'un enfant trouvé dans le désert.

Le “director”, faisant ses classes, découvre l'intérêt de la crédibilité de l'histoire et des personnages et l'importance du décor et des cadrages pour magnifier le domaine dans lequel on le confine, la représentation du vieil ouest. D'autres grandes figures du genre et de l'époque passent devant l'objectif de sa caméra : Buck Jones («Just Pals/Pour le sauver», 1920) qui deviendra le héros d'un fanzine (1953/1986) édité chez nous sous le titre de «Buck John», Tom MixTom Mix («Three Jumps Ahead» et sa cascade légendaire, 1923), Hoot Gibson («The Fighting Brothers», 1919) que l'on retrouvera encore en 1959 dans «Les cavaliers».

A la fin de l'année 1920, John Ford passe à la Fox Film Corporation. Soucieux de relever le gant jeté par la Paramount et son «Covered Wagon/La caravane vers l'ouest» (1923) retraçant a conquête de l'ouest, William FoxWilliam Fox entreprend de relater l'expansionnisme ferroviaire qui en découle. «Le cheval de fer» (1924), tourné en quatre semaines dans des conditions climatiques difficiles pour 280 000 dollars, en rapporte des millions. Avec son cinquantième film, John Ford accède à la notoriété, à la reconnaissance et au respect qui en découlent.

En 1925, «Trois sublimes canailles» évoque la distribution des terres confisquées aux Sioux et redistribuées aux pionniers aux termes d'épiques courses de chariots. En 1928, «Mother Macree», qui révèle Victor McLaglenVictor McLaglen, renoue avec le dévouement d'une mère irlandaise…Peu à peu, les ingrédients “fordiens” se mettent en place : l'épopée, l'espace, les origines (la mère ou le pays natal), l'appartenance à une nation, l'esprit de sacrifice, et surtout l'humanisme. Car, chez Ford, jusqu'au bout, c'est l'homme qui sublime le décor, fût-il celui de la Monument Valley, et non l'inverse. Sur un plan technique, la prédominance de l'image sur le son marquera l'essentiel de son oeuvre.

Avec Carey, d'autres acteurs, déjà célèbres ou destinés à le devenir, ont également croisé sa piste : John Gilbert et Jean ArthurJean Arthur («Cameo Kirby», 1923), George O'Brien et Janet Gaynor («The Shamrock Handicap», 1925), etc. Mais, nous le savons, le joyau reste à venir…

Marion Michael Morrison…

En 1928, John Ford remarque un accessoiriste à la carrure impressionnante. Marion Michael MorrisonMarion Michael Morrison a déjà fait quelques figurations. Dès 1929, avec «Salute», le réalisateur en fait un acteur à part entière. Peu à peu, il rassemble autour de lui une famille de collaborateurs auxquels il se montrera fidèle : outre l'ancien accessoiriste John Wayne, relevons Victor McLaglen, Ward BondWard Bond, Jack PennickJack Pennick, ses frères Francis et Edward, le scénariste Dudley Nichols, pour ne citer que les plus récurrents…

Rouges et Blancs…

John FordMonument Valley, un décor cher à John Ford

A l'aube du parlant et de son 64ème film, Ford n'en a tourné qu'une quinzaine qui ne soient pas des westerns et son nom est déjà indissociable de l'histoire du genre. Si, tout au long des années trente, il s'éloigne quelque peu des prairies de l'ouest, il y revient en force en 1939, imposant définitivement l'acteur de série B qu'est devenu John Wayne. «Stagecoah/La chevauchée fantastique», tourné en partie à Monument Valley, narre le périple d'une diligence dans laquelle a pris place un aéropage d'individus plus ou moins respectables, les héros positifs se révélant être un aventurier en quête de vengeance et une entraîneuse chassée de la ville.

John Ford et John Wayne collaboreront sur plusieurs westerns, dont la trilogie consacrée à la cavalerie américaine : «Le massacre de Fort Apache» (1948), «She Wore a Yellow Ribbon/Charge héroïque» (1959) et «Rio Grande» (1951). Hymnes à l'armée, même lorsqu'il s'agit de montrer ses faiblesses ou ses égarements, ils participent de l'éloge d'un peuple en train de construire une nation, fût-ce en spolliant les Indiens autochtones dont les moeurs sauvages justifient leur concentration, quand ce n'est pas leur extermination.

Les certitudes du maître sur cet épineux sujet perdent de leur assise dès «The Searchers/La prisonnière du désert» (1956) : John Wayne, assoiffé de vengeance envers les peaux-rouges pour leurs actes barbares, finit par comprendre que sa haine l'entraîne dans une impasse. En 1961, «Les deux cavaliers» parviennent à négocier, non sans mal, la libération d'enfants blancs avec les Comanches. Enfin, en 1964, «Les Cheyennes» rendent leur honneur à un peuple qui souffrit davantage que l'envahisseur des risques et des conséquences du colonialisme : "Nous nous sommes mal comportés avec eux", reconnaîtra tardivement le metteur en scène.

Blancs contre Blancs…

C'est lorsqu'il place la nation américaine face à son propre reflet, oubliant les têtes emplumées, que John Ford se montre plus consensuel. «My Darling Clementine/La poursuite infernale» (Dieu que ces titres français sont plats !) retrace l'épisode sanglant qui opposa le shérif Wyatt Earp et ses frères à la famille Clanton dans l'épisode célèbre et bien réel de la "fusillade de l'O. K. Corral". Même si la vérité historique de l'événement ne semble pas avoir été respectée, la reconstitution de la vie et des moeurs de l'époque nous paraît bien plus fidèle que ce qu'on avait l'habitude de voir à l'écran.

En 1950, «Wagon Master/Le convoi des braves» retrace l'exode d'un groupe de Mormons, tandis que «Sergeant Rutledge/Le sergent noir» (1960) évoque le problème du racisme anti-noir au sein même de l'armée. La Guerre de Sécession constitue le sujet de «Les cavaliers», ce thème de la guerre civile étant repris dans une époque de «La conquête de l'ouest» (1962), dernier western réunissant les deux John.

Auparavant, «L'homme qui tua Liberty Valance» (1962) aura parfaitement illustré la devise du conteur qu'est John Ford, lequel se paie le luxe de nous révéler l'un de ses secrets sous la fome d'un conseil : "Lorsque la légende est plus belle que la réalité, publiez la légende" !

Exégèse d'une oeuvre…

John Ford«Mogambo» (1953)

La partie sonore de l'oeuvre de John Ford n'est quantitativement pas dominée par le western. L'homme s'est aventuré, avec succès, sur d'autres voies qui contribuèrent tout autant à ouvrir devant lui les portes du Panthéon des grands réalisateurs.

  • Les films historiques et biographiques : «Mary Stuart, reine d'ecosse» (1936), dont le destin tragique méritait l'incarnation qu'en fit Katharine Hepburn; «The Prisoner of Shark Island/Je n'ai pas tué Lincoln» (1936), histoire du médecin qui soigna l'assassin du président sans rien savoir de l'acte qu'il venait de commettre; «Young Mr. Lincoln/Vers sa destinée» en hommage à cet homme illustre (et à travers lui aux racines de la nation américaine) personnifié par Henry Fonda, autre grand acteur “fordien”;
  • L'Irlande, pays des lointaines origines : «The Informer/Le mouchard» (1935) nous replonge au coeur des événements qui conduisirent à la scission de la terre ancestrale; «Le jeune Cassidy» (1965) retrace les débuts de la carrière de l'écrivain nationaliste Sean O'Casey; auparavant, «The Plough and the Stars/Révolte à Dublin» (1936), tiré d'une pièce du même auteur, constitue l'une des oeuvres les moins connues - et, dit-on les moins réussies - du metteur en scène.
  • La comédie : domaine d'excellence pour le réalisateur, dont il nous plait de rappeler deux des plus beaux fleurons : «Wee Willie Winkie/La mascotte du régiment» (1937) qui oppose la bougonnerie bienveillante du soldat McLaglen à l'innocence naïve de la poupée Shirley TempleShirley Temple en des numéros comiques du meilleur effet; «L'homme tranquille» (1952), farce gaëlique mettant aux prises un McLaglen hargneux et un boxeur rangé des gants et des rings, pour l'honneur familial que constitue la dot de la très irlandaise Maureen O'Hara. Mais tirons aussi de l'injuste oubli «The Rising of the Moon», film en trois volets réalisé en Irlande et narrant trois historiettes aussi cocasses que rurales.
  • L'Amérique et ses institutions : l'armée tout d'abord, avec la chronique nostalgique «The Long Gray Line» (1955) déroulant l'ascension d'un immigrant irlandais au sein de la fameuse académie de West Point; on a longtemps pensé que Ford avait - vainement - présenté le concours d'entrée de l'académie navale d'Anapolis, fait aujourd'hui controversé, mais la marine constitua un des ses sujets de prédilection («Submarine Patrol/Patrouille en mer» en 1938, «They Were Expendable/Les sacrifiés» en 1945, «Mr.Roberts/Permission jusqu'à l'aube» en 1955. La justice et les magistrats sont à l'honneur dans «Judge Priest» (1934) et «Le soleil brille pour tout le monde» (1953) qui lui ressemble comme un fils. Assez curieusement, «La dernière fanfare» (1958) nous présente un candidat républicain (Spencer Tracy) rendu populaire par ses initiatives sociales mais pourtant défait dans une élection locale par un adversaire démocrate soutenu par les milieux d'affaires (mais bon, ne cédons pas aux clichés trop faciles). Non, décidément, malgré ses origines irlandaises souvent mises en avant, John Ford est avant tout un citoyen américain.
  • Le prolétariat, une ancre qui résiste à toutes les tentatives de division de l'oeuvre du cinéaste : les ouvriers («Les raisins de la colère», 1940), les paysans («La route au tabac», 1941), les mineurs («How Green was my valley», 1941), les ecclésiastiques («The Fugitive/Dieu est mort» en 1947) et jusqu'au plus petit «Inspecteur de service» (1957), les gens de basse condition constituent le terreau sur lequel s'est élevée la grandeur (mais aussi s'est creusée la profondeur) de l'oeuvre de John Ford, souci qui se traduit dans les castings par l'importance accordée aux seconds, voire aux troisièmes rôles.
  • Tel était John Ford…

    John FordJohn Ford

    En mars 1920, à l'occasion d'un bal donné par le réalisateur Rex Ingram, John Ford rencontre Mary McBride Smith, une infirmière. Les jeunes gens se marient le 3 juillet de la même année. Neuf mois plus tard naît le petit Patrick. Barbara suivra le 16 février 1922. Devenue jeune femme, elle participera au montage de quelques films de son père.

    En 1934, le réalisateur acquiert un yacht, le "Faith", qu'il rebaptise "Araner" en l'honneur des îles Aran dont était originaire la famille de son épouse. Le bateau, que l'on peut voir dans «Donovan's Reef/La taverne de l'Irlandais» (1964), constituera tout au long de sa vie son hâvre de paix.

    En 1936, sur le tournage de «Marie Stuart», Ford s'éprend de sa comédienne, Katharine HepburnKatharine Hepburn, avec laquelle il entame une liaison. Mis au pied du mur, il refuse de quitter son épouse (le sens du devoir et l'esprit de "sacrifice"). La belle dame de se tourner vers Spencer Tracy, laissant le malheureux se consoler dans l'alcool.

    En 1940, à l'occasion de «The Long Voyage Home/Les hommes de la mer», il fonde avec le producteur Merian C.Cooper (celui de «King Kong») la société Argosy Productions qui fonctionnera jusqu'en 1953.

    En 1942, et jusqu'à la fin de la seconde Guerre Mondiale, engagé volontaire, il monte et dirige le Field Photographe Unit (unité de prises de vues sur le théâtre des opérations). Il réalise lui même le documentaire historique «La bataille de Midway» (oscar 1943 du meilleur documentaire) au coeur même des combats, au prix de quelques blessures. Cité pour son courage, il est rendu à la vie civile en 1945 avec le grade de capitaine de frégate avant d'être promu, en 1951, vice-amiral de la marine de réserve. Il fonde alors, sur une étendue dont il s'est rendu acquéreur, Le Field Photo Farm, sorte de parc entretenant la mémoire des hommes qui l'ont accompagné dans cette application du devoir.

    A l'heure du maccarthysme, dans une séance du syndicat des réalisateurs, il s'élève avec véhémence contre le discours de Cecil Bount De Mille réclamant la dénonciation de Joseph Mankiewicz.

    En 1956, opéré de la cataracte, il ne supporte pas le bandeau qui recouvre son oeil gauche et le retire prématurément, causant ainsi la perte quasi totale de sa fonctionnalité, ce qui le fera abusivement classer parmi les borgnes célèbres d'Hollywood

    D'un caractère entier, notre homme connut quelques différents non dénués de conséquences avec certains de ses collaborateurs. En 1931, il se voit exclu de la fin du tournage de «Arrowsmith» à la suite de différents avec le producteur Samuel GoldwynSamuel Goldwyn et l'acteur Ronald ColmanRonald Colman. En 1955, il se bat avec Henry Fonda avant de laisser le plateau, en l'occurence le pont, de «Permission jusqu'à l'aube», à Mervyn LeRoy. En ces occasions, le maître confie à Bacchus le soin d'apaiser sa colère. En 1965, son intempérance l'emmène, au bout de quelques semaines, à abandonner la direction du «Jeune Cassidy» à Jack Cardiff.

    Sa carrière n'en fut pas moins jalonnée de nombreuses récompenses, dont 4 oscars du meilleur réalisateur pour («Le mouchard» en 1936, «Les raisins de la colère» en 1941, «Qu'elle était verte ma vallée» en 1942, «L'homme tranquille» en 1953).

    Ses trois derniers films («Les Cheyennes» , «Le jeune Cassidy» et «Seven Women/Frontière Chinoise»), ne rencontrant pas le succès escompté, la MGM dénonce le contrat qui les lie quelques semaines avant le début du tournage de son prochain film «The Miracle of Merriford». Hollywood n'a désormais plus besoin de John Ford.

    En 1971, on lui décèle un cancer inopérable à l'estomac. En mars 1973, l'American Film Institute l'honore, en présence du président Richard Nixon, pour l'ensemble de son oeuvre. Il s'éteint à son domicile le 31 août 1973 : "Woody Strode, Pat Ford et la soeur de John Ford recouvrirent son corps d'un drapeau américain, burent un verre de cognac en son hommage et brisèrent les verres" («John Ford, le pionnier du 7e art»).

    Documents…

    Sources : «John Ford, le pionnier du 7e art» de Scott Eyman, Paul Duncan, «Anthologie du cinéma», Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

    Citation :

    "Je suis un homme du cinéma muet. Ce sont les images et non les mots qui doivent raconter l'histoire. Le son n'a pas été la révolution que la plupart des gens s'imaginent"

    John Ford
    Captain John Ford
    Christian Grenier (octobre 2012)
    Promotion au statut de director

    "Je la dois à un très grand petit homme nommé Carl Laemmle. Quand il vint de New York pour la première fois visiter le studio Universal, on donna une grande réception en son honneur sur le seul plateau couvert du studio, en y installant un bar dans un coin. Parmi les barmen il y avait un troisième accessoiriste : moi. La réception dura la plus grande partie de la nuit et je dormis sous le bar pour être au travail à l'heure le matin. Quand je me présentai au travail, ni le metteur en scène, ni aucun des acteurs n'étaient là. Ils avaient passé une nuit blanche.

    Bientôt Isidor Bernstein, le directeur du studio et un merveilleux petit bonhomme, arriva au galop sur son cheval. Quand il vit qu'il n'y avait ni metteur en scène ni acteurs, il dit : 'Le grand patron arrive. II faut faire quelque chose'. Je n'étais que l'accessoiriste, mais je dis : 'Quoi ?' - 'N'importe quoi !', ordonna Bernstein. Alors je dis aux cow-boys d'aller au bout de la rue et de revenir vers la caméra en galopant comme des enragés. Laemmle arriva avec son entourage et je fis faire leur boulot aux cow-boys. Cela semblait plaire à Laemmle, et M. Bernstein me souffla : 'Vous ne pouvez pas leur faire faire autre chose ? '. Je réfléchis une minute et j'allais dire aux cowboys de repartir au bout de la rue et de revenir au galop vers la caméra ; quand je tirerais un coup de feu, plusieurs devraient tomber de leurs chevaux. Il y avait quelques très jolies filles avec M. Laemmle, les cowboys étaient jeunes, et ils faisaient de l'épate pour les filles. Quand je tirai en l'air, pas un ou deux, mais tous tombèrent dans la poussière de tous les côtés. 'Vous ne pouvez pas faire autre chose ?' demanda Bernstein. Alors on mit le feu à la rue.

    Un peu plus tard, ils avaient besoin d'un metteur en scène pour un film de deux bobines, et Laemmle dit : 'Essayez Ford. II gueule bien' !"

    Anthologie du cinéma

    Extrait du compte rendu d'une réunion du Syndicat de Réalisateurs Américains…

    "My name's John Ford. I make westerns.

    I don't think there's anyone in this room who knows more about what the American public wants than Cecil B. DeMille - and he certainly knows how to give it to them."

    Looking at De Mille…

    "But I don't like you, C.B. I don't like what you stand for and I don't like what you've been saying here tonight."

    Traduction

    "Mon nom est John Ford. Je fais des westerns.

    Je ne pense pas qu'il y ait dans cette salle quelqu'un qui s'y connaisse davantage que Cecil Bount De Mille pour savoir ce qu'attend le public, et il sait très bien comment le lui donner."

    Se tournant vers l'intéressé…

    Mais je ne vous aime pas, C.B. Je n'aime pas la cause pour laquelle vous vous élevez et je n'aime pas ce que vous avez dit ce soir"

    Wikipedia

    Ed.7.2.1 : 14-10-2015