George CUKOR (1899 / 1983)

… l'homme qui aimait les femmes…

… l'homme qui aimait les femmes… George Cukor

… jusqu'à un certain point !

Georges Cukor, réalisateur au service de la femme…. et des actrices en particulier, c'est ce que l'on peut lire dans tout article le concernant.

Ce fils de magistrat, d'origine hongroise, se fit effectivement une telle réputation au cours de sa traversée hollywoodienne. Pourtant, il fit gagner l'Oscar à 3 hommes pour 2 femmes, tandis qu'il restera le metteur en scène du film qui, par son insuccès, précipita la retraite de Greta Garbo.

Alors, qu'en est-il exactement ? Une fois de plus, les choses ne sont pas si simples…

Christian Grenier

La légende…

George Cukor«Little Women» (1933)

Telle est en effet la réputation de George Dewey Cukor, né à Manhattan, le 6 juillet 1899. Est-elle bien fondée ?

L'énoncé des titres de ses films est éloquent : «Tarnished Lady» , «Girls About Town», «Little Women», «Sylvia Scarlett», «Zaza», «Susan and God», «a Woman's Face»

Jusqu'aux derniers, «My Fair Lady», «Justine», «Travels with My Aunt» et «Riches et célèbres»" (adjectifs déclinés au féminin). Très tôt, George Cukor s'intéressa aux femmes. Et pas n'importe lesquelles. Des femmes de caractère, indépendantes. Sylvia Scarlett, qui coupe ses cheveux et se fait passer pour un homme, Marguerite Gautier, l'héroïne de Dumas, une mangeuse d'hommes, Joséphine March, l'aînée des filles du célèbre docteur, qui quitte le giron familial pour devenir écrivain, Tati Augusta, la voyageuse infatigable… Et le sommet caricatural de cette tendance, Amanda Bonner dans «Madame porte la culotte»" avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy. Tout est dans le titre!

Les grandes stars de l'époque ne l'ignoraient pas, qui voulaient toutes passer entre les mains du maître: Greta Garbo, Katharine Hepburn, Joan Crawford, Jean Harlow, Judy Garland, Judy Holliday, Anna MagnaniAnna Magnani, Sophia Loren… Des caractères bien trempés !

Cette réputation résulte également du tour de force dont il fit preuve en 1939 avec son film «The Women/Les femmes». Plus d'une centaine d'actrices au générique et… pas un seul homme ! L'affaire n'était pas originale, mais la dimension la rendait étonnante

La “Réalité”…

George Cukor«The Women» (1939)

Il y eut bien quelques schémas classiques, quelques petits travers dénoncés dans «The Women», ou encore les personnages interprétés par Judy Hollyday, plutôt forcés, caricaturaux.

Mais, pour le reste, demeurent de très beaux portraits. «Sylvia Scarlett» et «The Women», déjà cités, mais également Tracy Lord dans «Philadelphia Story/Indiscrétions». Et surtout le duo, disons même le trio féminin du dernier film «Rich and Famous», dans lequel une jeune actrice faisait ses débuts à l'écran, Meg RyanMeg Ryan.

La réputation est donc bien méritée. La seule femme soumise dont je me souvienne chez Cukor fut la Paula Alquist de «Gaslight/Hantise», interprétée par Ingrid Bergman.

Mais comment expliquer cette prédilection permanente du metteur en scène pour le sexe opposé. C'est bien naturel, me direz-vous, pour un homme. Et bien non… Car George Cukor fut un homosexuel notoire ! Un psychanalyste pourrait sans doute remonter le fil de cette affaire. Allez savoir !

Pour autant, il ne faut pas résumer le talent de Cukor par ce stéréotype réducteur. L'homme sut également diriger les acteurs. Ainsi, sur les cinq oscars qui honorèrent les interprètes de ses films se retrouvent trois hommes, James Stewart, Ronald Colman et Rex Harrison, pour deux femmes, Ingrid Bergman et Judy Hollyday. Nous lui devons en outre plusieurs chefs-d'œuvre du cinéma américain («Camille», «Gaslight», «The Philadelphia Story»…).

Biographie…

George Cukorun Oscar pour «My Fair Lady» (1964)

Quelques éléments biographiques pour terminer:

Destiné à une carrière juridique comme papa, George Cukor préfère se tourner vers les planches. Régisseur à Broadway dès 1918, il brûle les étapes et se retrouve rapidement à la tête d'une troupe. L'avènement du parlant pousse les producteurs hollywoodiens à se tourner vers les acteurs et les dialoguistes de théâtre. C'est ainsi que Cukor fait, dès 1930, ses débuts derrière une caméra. Pour ses deux premiers films, il partage la tâche avec un technicien, Cyril Gardner d'abord, Louis Gasnier ensuite. Très rapidement, il “tourne de ses propres ailes”.

Dans le système Hollywoodien, Cukor sut très bien tirer son épingle du jeu et faire preuve d'une grande personnalité. Ce ne fut pas sans difficultés: il fut plusieurs fois écarté de projets qu'il avait pourtant entamés. Citons notamment «Gone With the Wind/Autant en emporte le vent», pourtant supervisé par son ami David O. SelznickDavid O.Selznick : Gable lui reprochait de s'intéresser davantage à Scarlett O'Hara qu'à Rhett Butler. Il n'était pourtant pas homosexuel, Gable !

En 1962, il tourne «Something's Got to Give» avec Marilyn Monroe, lorsque l'actrice se suicide avant la fin du tournage. Une version réduite du film sera présentée plusieurs années plus tard.

En 1964, «My Fair Lady» lui vaut les oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur.

En 1975 et 1979, il réalise les téléfilms «Love Among the Ruins» et «The Corn is Green», avec Katharine Hepburn.

En 1981, Jack Lang lui remet l'insigne de Commandeur des Arts et Lettres.

George Cukor décède le 24 janvier 1983, d'une crise cardiaque. Frances GoldwynFrances Goldwyn, épouse du “méchant” producteur Samuel GoldwynSamuel Goldwyn, obtint plus tard d'être enterrée aux côtés de cet homme qu'elle aima, vainement, pendant de longues années. C'est pas beau, çà ?

Documents…

Sources : documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Vous retombez toujours sur vos pieds quand vous savez où se trouve le sol"

George Cukor
Christian Grenier (mars 2003)
Ed.7.2.1 : 18-10-2015