Terence FISHER (1904 / 1980)

… maître du fantastique gothique…

… maître du fantastique gothique… Terence Fisher

Terence Fisher !

Ce nom évoque, pour la plupart des cinéphiles, un monde de terreur et de souffrances. C'est qu'il reste tellement indissociable de l'âge d'or de la Hammer Films que l'on a oublié la trentaine de bandes - d'ailleurs rarement diffusées sur nos chaînes de télévision - qu'il réalisa auparavant. Méritaient-elles d'ailleurs que l'on en parlât ?

Alors, comment expliquer que cet obscur réalisateur va devenir un mythe du cinéma fantastique, surtout lorsque l'on sait que son entrée dans ce domaine fut davantage la conséquence d'une contrainte économique plus que l'affirmation d'une volonté farouche de l'intéressé ?

Mais le prix de la pellicule est, parfois, aussi décisive au cinéma que la longueur du nez de Cléopâtre le fut à la politique romaine !

Christian Grenier

Vocation…

Terence FisherTerence Fisher

Terence Fisher est né à Londres, le 24 février 1904.

En 1908, au décès de son père, il est placé dans une institution religieuse.

Ce n'est qu'en 1920, à 16 ans donc, qu'il s'en échappe pour s'engager dans la marine marchande. Pendant cinq années, notre homme navigue sur toutes les mers du monde, accédant au grade de second-maître.

Mais il ne voit pas son avenir dans cette branche. Sitôt pied à terre, le voici vendeur de tapis dans un grand magasin, puis, en 1933, clapman aux Shepperds Bush Studios. Le pas est franchi, pour le plus grand bonheur des “cinéfantasticophiles”…

Dès 1935, toujours dans la même compagnie, on le retrouve assistant-monteur, puis monteur attitré. Dans les années quarante, Fisher rejoint la Rank/Highbury's Studios, qui lui permet de faire ses premiers pas en tant que réalisateur sur le moyen métrage «Colonel Bogey» (1947).

Premières armes…

Terence FisherLobby card US (1952)

En 1957, la Hammer, forte du succès de son film «The Quatermass Experimen/Le monstre» (Val Guest, 1955), rachète aux studios Universal les droits de production de deux séries fantastiques, l'une tournant autour de Frankenstein, l'autre de Dracula. Elle confie à Terence Fisher, que rien n'attirait vers le fantastique, la réalisation de «Curse of Frankenstein/Frankenstein s'est échappé». Le succès est immense, et se renouvelle avec le premier film de la seconde série, «Horror of Dracula/Le cauchemar de Dracula». La messe (noire) était dite…

Bien sûr, la première caractérisque de ces nouvelles séries, par rapport aux précédentes, est l'apparition de la couleur. Mais elles amènent surtout deux nouveaux acteurs jusqu'alors peu connus et qui perpétueront les mythes de film en film: Peter Cushing (le baron Frankenstein) et Christopher Lee (le comte Dracula).

Les deux volets de la dualité fantastique, selon l'écrivain du cinéma Gérard Lenne (Le danger vient de l'homme, thème de Frankenstein/le danger vient d'ailleurs, thème de Dracula), se rejoignent ainsi, sous la houlette des mêmes producteurs et du même réalisateur. Pour celui-ci, l'histoire se poursuivra jusqu'à son dernier film, «Frankenstein and the Monster From Hell» (1973).

Dans un style que l'on a qualifié de “gothique”, Terence Fisher réalisera ainsi, entre 1957 et 1973, 5 "Frankenstein" et 3 "Dracula". Mais il explorera d'autres mythes célèbres du cinéma fantastique, comme la momie («The Mummy/La malédiction des pharaons», 1959), Le docteur Jekyll, («The Two Faces of Dr. Jekyll», 1960), le loup-garou («The Curse of the Werewolf/La nuit du loup-garou », 1961), «The Phantom of the Opera/Le fantôme de l'opéra» (1962), et même les morts-vivants, («The Earth Dies Screaming», 1964), plus tard si chers à George Romero…

Dracula contre Frankenstein…

Terence FisherFrankenstein Vs Dracula

A cette époque, malgré quelques personnalités talentueuses (Alexander KordaAlexander Korda, Carol ReedCarol Reed, Hitchcock étant déjà parti aux USA), le cinéma britannique est totalement soumis à la domination de son cousin d'outre-atlantique. Toutefois, deux importantes compagnies parviennent à se faire une petite place: la Ealing, qui tourne plutôt des comédies, et la Gainsborough, spécialisée dans les mélodrames. C'est pour cette société que Terence Fisher travaille dès 1948, lui fournissant quatre longs métrages.

Trois ans plus tard, il se sent capable de voler de ses propres ailes, en tant que réalisateur indépendant. C'est sous ce statut qu'il tourne quelques films pour une compagnie de second ordre, créée en 1935 par William Hinds et son fils Anthony, en association avec Enrique Carreras et son fils James Carreras, la Hammer Films. Citons «Stolen face» (1952), «The Four-Sided Triangle» , «Spaceways» (1953), etc. Des films policiers, d'espionnage, de science-fiction, toute une liste d'oeuvres qu'il est aujourd'hui difficile de revoir.

Enfer et damnation…

Terence FisherTerence Fisher

En 1973, accablé par la malchance, Terence Fisher met un terme à sa carrière.

Qu'on en juge :

Ce “mordu” du “cinéma gothique” a quitté ce bas monde le 18-6-1980, sans avoir pu mener à bien ses derniers projets. Malgré ses blasphèmes, espérons que Dieu ait eu pitié de son âme. A vrai dire, j'ai l'impression qu'il ne s'en souciait guère: "Oui, je suis athée. En revanche, je crois au surnaturel. Sans celà, je ne ferais pas ces films…"

Documents…

Sources : revue Fantastyka N° 15 (article de Bernard Charnacé), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

«Brides of Dracula» (1960)

Citation :

"Je n'ai jamais fait de films d'horreur, seulement des contes de fées pour adultes"

Terence Fisher
Christian Grenier (octobre 2014)
Ed.7.2.1 : 20-10-2015