Roger CORMAN (1926)

… the “B” King

Roger Corman

L'Angleterre eut son >Terence Fisher, l'Amérique son Roger Corman.

Réalisateur de films à petits budgets, essentiellement producteur à partir du milieu des sixties, l'homme peut prétendre au titre de pionnier sur de nombreux sentiers cinématographiques encore peu fréquentés.

Mais son plus grand apport à l'art cinématographique est sans doute d'avoir mis en lumière de nombreux noms alors inconnus : Jack Nicholson, Martin Scorcese, Francis Ford Coppola, Dennis Hopper, pour ne citer que les plus célèbres.

Prolifique, il fait néanmoins preuve d'une longévité telle qu'en 2010, à l'âge où d'aucuns goûtent depuis longtemps aux joies de la retraite, il continue dans la carrière.

Alors, Roger Corman, un “stakhanoviste sarkozyste” ?

Christian Grenier

Roulez jeunesse !

Roger CormanRoger Corman

Né en 1926, à Detroit (Michigan), capitale américaine de l'automobile, Roger Corman eut un destin assez particulier.

Jeune et brillant étudiant, il envisage une carrière d'ingénieur en physique et thermodynamique. Mais, après avoir effectué son service militaire dans l'US Navy, on le retrouve comme… coursier à la 20th Century Fox !

Peu de temps après, à l'issue d'un stage à Oxford, il décide de s'installer à Paris. Il y vit deux années, subsistant de la la publication de ses propres nouvelles.

De retour aux USA, il devient machiniste pour la télévision, puis agent littéraire. Ce dernier travail lui permet de vendre l'un de ses scenarii, «Highway Dragnet» (1954).

L'argent est aussitôt utilisé pour participer à la production d' un petit film noir co-réalisé par l'acteur John IrelandJohn Ireland, «The Fast and the Furious» (1954), et dont il commet également le scénario. Les nouvelles recettes servent à produire, avec son frère Gene, «The Monster from Ocean Floor»… Ainsi, la “pompe Corman” est amorcée. Soixante ans plus tard, elle tourne encore…

Director…

Roger Corman… de Roger Corman (1957)

Le premier film du jeune homme est un western, «Five Guns West», interprété par John Lund et Dorothy MaloneDorothy Malone. Le deuxième, «The Apache Woman», toujours un western, est co-produit par Samuel Z.Arkoff et James H.Nicholson, père d'un jeune homme à l'avenir prometteur, Jack NicholsonJack Nicholson.

Jusqu'en 1960, Corman fréquente le cinéma par la série B, touchant à tous les genres. Outre le western, il donne dans la science-fiction («The Day the World Ended», «It Conquered the World», «War of the Satellites»), le film policier («Teenage Doll», «Machine Gun Kelly», premier grand rôle de Charles BronsonCharles Bronson), l'horreur («Attack of the Crab Monsters», «A Bucket of Blood»), le musical («Rock all the Night», «Carnival Rock»), et même le peplum(«Atlas», tourné en Grèce).

Ces films, souvent co-produits par la société d'Arkoff et Nicholson, American International Pictures, furent mis en boîte très rapidement et sans trop de moyens. On cite souvent l'exemple de «La petite boutique des horreurs» (1960) qui, tourné en 2 jours, remporta un succès international. Très souvent, et même dans ses westerns («The Apache Woman», 1955), Roger Corman valorise la femme et l'actrice, et nombreuses furent celles qui lui doivent beaucoup de leur (petite) notoriété : Beverly Garland («Not of This Earth» en 1956,…), Susan Cabot («Sorority Girl» en 1957,…), Barboura Morris («The Wasp Woman» en 1959,…) etc).

A l'aube des années 60, Corman réussit à convaincre Arkoff et Nicholson de l'opportunité de son scénario écrit d'après une nouvelle d'Edgar Poe, «House of Usher». Le succès répondit présent, et la suite ne se fit pas attendre. «The Pit and the Pendulum» (1961), «Premature Burial» (1962), «Tales of Terror» (1964) et «The Mask of the Red Death» (1964, en Grande-Bretagne), crèerent, puis allongèrent la liste. Les budgets gonflèrent et, avec l'argent, les castings plus alléchants. Aux obscurs acteurs des débuts (qui parfois s'éclaircirent, comme Charles BronsonCharles Bronson ou Robert VaughnRobert Vaughn) succèdent alors Vincent Price ou Ray Milland. Ainsi, en 1963, «The Raven» réunit Vincent Price, Boris Karloff et Peter Lorre !

Revelator !

Roger Corman«The Raven» (1963)

Lorsque l'on fait le bilan de la carrière de réalisateur de Corman, on s'aperçoit soudain qu'il fit connaître des noms aussi prestigieux que ceux de Jack Nicholson, Francis Ford CoppolaFrancis Ford Coppola (auquel il permit de réaliser son premier film «Dementia 13»), Peter BogdanovichMartin Scorcese, Martin ScorceseMartin Scorcese, Robert de Niro, Charles Bronson, Robert Towne, Menahem Golan, Dennis Hopper, Bruce Dern, Diane Ladd, etc.

En 1966, explorant le genre films sociaux («The Intruder» et le rascisme, plus tard «The Trip» et la drogue), il réalise, trois ans avant «Easy Rider», «The Wild Angels», dans lequel une bande de motards fait déjà des bêtises. Après la sortie du film, le chef des motards locaux ayant participé au tournage annonce qu'il va porter plainte contre lui pour atteinte à l'image de son groupe, et menace de le tuer (les deux intentions étant pour le moins contradictoires, convenez-en !). Il ne réalisa ni l'un ni l'autre de ses souhaits !

Au tournant des années 70, Corman réalise des films de plus grande envergure, comme «Bloody Mama» avec Shelley Winters, et «The Red Baron», qui évoque l'histoire de l'as allemand de la Première Guerre Mondiale, le Baron Von Richtofen. Bertrand Tavernier envisage alors pour ce tâcheron intelligent un palmarès de 300 à 400 films. Il atteindra bien ce chiffre mais, à la surprise générale, en abandonnant la réalisation.

Productor…

Roger Corman… de Paul Bartel (1975)

En effet, déjà producteur pour American International Pictures sur un bon nombre de ses films, et après une courte expérience d'indépendance (Film Group), Roger Corman, las de ses combats avec les bailleurs de fonds, crée la société New World Pictures et délaisse les plateaux pour les bureaux.

C'est en tant que producteur qu'il participe à la révélation de nouveaux talents comme Joe Dante, Wes Craven, Paul Bartel ou Jonathan Demme. En 1983, il vend New World pour créer la société Millenium, vite rebaptisée Concorde-New Horizons, afin de produire des films à plus grands budgets.

Corman fait travailler des réalisateurs comme Jim Wynorski, Cirio Santiago et, plus récemment, le Suisse Thierry Notz. Il se montre tout aussi éclectique et prolifique en tant que producteur qu'il le fut comme réalisateur, offrant dans son catalogue le meilleur («The Silence of the Lambs») comme le pire et naviguant parfois dans les genres maginaux du cinéma : polisson («The Student Nurses», «Private Duty Nurses», «Night Call Nurses», «The Young Nurses» auquel participa la future chanteuse Jeane Manson, «Candy Stripe Nurses», «Fly Me», «The Student Teachers»…), univers carcéral féminin («The Big Doll House», «Women in Cages», «The Big Bird Cage», «The Hot Box», «Caged Heat !»…), jeux de vilains motards («Angels Die Hard», «Angels Hard as They Come», «Bury Me an Angel»), etc.

Toujours à l'affût des modes, il adapte les succès («The Abyss» par exemple) en en produisant les séquelles («Lords of the Deep» dans l'exemple). Avec l'argent récolté, il s'offre le luxe et le plaisir de distribuer aux USA des œuvres de François Truffaut («L'histoire d'Adele H») , Federico Fellini («Fellini Roma»), Ingmar Bergman («Cris et chuchotements»), ou encore Akira Kurosawa («Derzou Ouzala»). On lui pardonnera beaucoup, donc…

Alors qu'on ne l'attendait plus, il réalise, en 1990, un dernier film, «Frankenstein Unbound». Tout au moins à ce jour, car nous ne désespérons pas de le revoir à nouveau derrière la caméra.

Quelques repères biographiques…

Roger CormanRoger Corman

Né à Detroit, Michigan, le 5 avril 1926, Roger Corman est le frère du producteur Gene Corman avec lequel il partagea de nombreuses aventures cinématographiques.

Il termina ses études à la Beverly Hills High School et à la Stanford university avec un diplôme d'ingénieur.

Après avoir effectué son service militaire dans la marine, il travailla, nous l'avons écrit, comme coursier pour la 20th Century Fox.

En 1970, il épousa Julie, qui lui donna 4 enfants. Parmi ceux-ci, Catherine fit 2 ou 3 apparitions au cinéma et à la télévision, dont une dans le «Frankenstein Unbound» paternel (1990).

A l'issue de sa carrière de metteur en scène, il publia son autobiographie, «How I Made A Hundred Movies in Hollywood and Never Lost a Dime» (1990).

Plusieurs fois récompensé, il peut s'enorgueillir d'être le récipiendaire d'un Oscar d'honneur "pour la richesse de sa production et la révélation de nombre de ses confrères réalisateurs" (2009).

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je n'ai jamais fait le film que je voulais. Quoi qu'il ait pu arriver, cela n'a jamais fini comme je l'espérais."

Roger Corman
Christian Grenier (juin 2010)
Ed.7.2.1 : 22-10-2015