Mario BAVA (1914 / 1980)

… l'oeil du Malin

Mario Bava

Touche-à-tout du cinéma transalpin, Mario Bava s'est essayé, au long d'une carrière marginalisée par des thèmes que l'on attribue au cinéma “bis”, aux genres les plus divers, voire les plus contradictoires.

Passant, de l'épouvante au western spaghetti comme on change de chemise, il n'hésita pas à mêler des univers nullement faits pour se rencontrer, comme le péplum et le fantastique.

Homme modeste et discret (il refusa longtemps de donner la moindre interview), il ne fut reconnu que tardivement par l'intelligentsia du septième art.

Christian Grenier

Comme papa…

Mario BavaMario Bava

Né le 31-7-1914, à San Remo, Italie, Mario Bava est issu d'une famille de la bourgeoisie catholique italienne.

Son père, Eugenio Bava, peintre et sculpteur, fut, avant la première guerre mondiale, chef opérateur sur quelques grands films italiens, dont les fameux «Quo Vadis» (1913) d'Enrico Guazzoni, et «Cabiria» (1914) de Giovanni Pastrone.

Reconnu comme le premier grand maître des effets spéciaux du cinéma italien, Eugenio fondera, à son heure, la San Remo Films, une des premières compagnies de production italiennes. Bricoleur de génie, Il met au point différents systèmes d'optique (un réflex avant l'heure, une tireuse optique, etc) qu'il ne prend pas la peine de faire breveter. Il finira directeur des effets spéciaux à l'Instituto Luce pour lequel il réalisera des documentaires expérimentaux.

Ainsi, lorsque Mario, encore adolescent, se passionne pour la peinture, il peut sans peine fréquenter les milieux artistiques et se familiariser avec l'art de la prise de vues cinématographique et les secrets des illusions d'optique…

Les prémices d'une carrière…

A 25 ans, Mario Bava choisit d'embrasser une carrière artistique, également par le biais du cinéma. Dès 1940, c'est derrière la caméra, mais au sens propre de l'expression, qu'on retrouve son nom, opérateur ou directeur de la photographie, au générique de ses premiers travaux cinématgographiques.

Jusqu'à la fin de la décennie suivante, il travaillera avec quelques uns des plus grands réalisateurs du cinéma italien de l'époque. Il photographie ainsi (assistant cameraman) un long métrage de Roberto Rossellini («La nave bianca»), et collabore à des œuvres de Francesco de Robertis («Uomini sul fondo»), Steno et Monicelli («Vita di cani/Dans les coulisses»), Mario Soldati («Quel bandito bono io»), Mario Camerini («Gli eroi della domenica»), Pietro Francisci («Natale al campo 199»), etc.

Sa renommée lui vaut d'être retenu, lors de leurs intermèdes italiens respectifs, par Georg Wilhelm Pabst («Cose da pazzi», 1953) et Robert Z.Leonard, «La donna piu bella del mondo» (1955) avec Gina LollobrigidaGina Lollobrigida. En 1954, il dirige de manière anonyme certaines séquences du film de Mario Camerini, «Ulisse».

Parallèlement, et toujours dans la lignée du travail de papa, Mario Bava participe à la confection des effets spéciaux de plusieurs films, parmi lesquels «Mio figlio Nerone» (1956) de Steno, «Les vampires» (1957) de Riccardo Freda, «Le fatiche d'Ercole» (1958) et «Hercule et la reine de Lydie» (1959) de Pietro Francisci, et la fameuse «Bataille de Marathon» (1959), le péplum de Jacques Tourneur, toujours courue de nos jours !

Cette double activité, Mario Bava la poursuivra sur ses propres films, souvent non crédité au générique, lorsque l'heure en sera venue…

La réalisation…

Mario Bavaune co-réalisation non créditée

De 1946 à 1949, Mario Bava a réalisé cinq court métrages plus ou moins documentaires.

En 1953, il serait le réalisateur d'un sketch du film crédité à Gianni Franciolini, «Les amants de Villa Borghese», interprété par Gérard PhilipeGérard Philipe et Micheline PresleMicheline Presl, dont il assure officiellement la direction de la photographie. Il termine également la réalisation des bandes déjà citées, «Les vampires» (Freda s'en va avant la fin du tournage) et «La bataille de Marathon». Le film de Freda marque la première insertion de Bava dans le monde du cinéma fantastique. Celui-ci termine un autre film de Freda, qui se fâchait souvent avec ses producteurs, «Caltiki, i mostro immortal».

Sans surprise, en 1960, la société de production Galatea propose à notre homme de diriger son premier film, «Le masque du démon». Homme à tout faire, le réalisateur participe à l'élaboration du scénario, assure lui même ses prises de vues et crée ses propres effets spéciaux. Signalons toutefois que le fameux masque-titre est l'œuvre de papa Eugenio !

Le deuxième film de Bava est un péplum, «Ercole al centro de la terra/Hercule contre les vampires» (1961), un genre qu'il connaît donc bien, mais dans lequel il fait entrer le fantastique, comme en témoigne le titre français.

Après la réalisation, partagée avec Henry Levin, de «Le meraviglie di Alladino» (1961), «La ragazza che sapeva troppo» (1962) marque l'intrusion de Bava dans ce genre qu'on a baptisé le “giallo”. Mélange de policier et d'horreur, épicé d'un érotisme léger, il est généralement habité par de méchants assassins qui traquent leurs victimes à l'arme blanche ; si-celle ci à la bonne idée de se faire agresser dans sa salle de bains, c'est encore mieux !

En 1963, «Le corps et le fouet», film tourné en 3 semaines avec Christopher LeeChristopher Lee et Daliah LaviDaliah Lavi, est interdit en Italie, et le restera pendant près de vingt ans, pour l'audace érotique et sadique de certaines scènes. La même année, «Les trois visages de la peur», raconte trois petites histoires “giallo-fantastiques”, tandis que «Six femmes pour l'assassin» (1964) restera comme une oeuvre mythique dans l'histoire du genre.

Vous avez dit éclectique ?

Mario BavaMario Bava

En 1964, Mario Bava réalise son premier western, «La strada per Fort Alamo/Arizona Bill», interprété par celui qui se fera davantage connaître par ses films pornographiques, Michel Lemoine. Bava reviendra sur le western en 1965 avec «Roy Colt and Winchester Jack». Il réalise également, en 1966, «Ringo del Nebraska», attribué à Antonio Roman pour des raisons syndicales.

Comme il le fit avec le péplum, Mario Bava mélange les genres science-fiction et fantastique dans «Terrore nello spazio/La planète des vampires» (1964). Entre temps, il a réalisé ce que les spécialistes considèrent comme son meilleur film, «Operazione Paura» (1965). Tourné en 13 jours dans la banlieue romaine, cette oeuvre gothique entremêle histoire policière, mystère, onirisme, sorcellerie, apparitions…

En 1967, «Danger Diabolik» met en scène le héros d'une bande dessinée, souvent reprise en photo-roman, dont les vedettes sont John Phillip Law et Marisa Mell. En 1969, «Quante Volte Quella Notte/Une nuit mouvementée» est censuré pour ses scènes érotiques, avant que Bava ne retourne au “giallo” avec «Cinque bambole per la luna d'agosto /L'île de l'épouvante», et «Ecologia del dellito/La baie sanglante».

En remerciements pour ses “bons et loyaux service”, le producteur Alfredo Leone donne carte libre à Mario Bava, qui réalise, en 1973, «Lisa e il Diavolo», avec Elke SommerElke Sommer et Telly SavalasTelly Savalas. Interdit en Italie et inédit dans la plupart des pays d'Europe, le film se vend mal, et Bava se voit tenu d'en reprendre certaines séquences. En désaccord avec son producteur quant au contenu des scènes additionnelles, qui heurtent sa sensibilité religieuse, il refuse que son nom apparaisse au générique de cette seconde version, intitulée «La maison de l'exorcisme». Mais le succès est là !

En 1977, Mario Bava réalise son dernier film, «Shock», avant de participer à la conception des effets spéciaux de celui de Dario Argento, «Inferno». En 1978, il réalise un téléfilm jugé excellent par ceux qui l'ont vu, «La venere di ille».

Dans la nuit du 24 avril 1980, Mario Bava décède d'une crise cardiaque alors qu'il préparait un nouveau film, «Star Express». Son, décès passe inaperçu de l'intelligentsia cinématographique. Le flambeau familial venait tout juste d'être repris par son fils, Lamberto Bava, assistant sur plusieurs longs métrages de son papa, et qui venait de réaliser son premier opus, «Macabro».

Tel père, tel fils ?

Documents…

Sources : «Mario Bava, le conteur des ténèbres», article de Stéphane Derdérian paru dans la revue Fantastyka N°6, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

Je ne voulais pas être réalisateur car, pour moi, un réalisateur devait être un véritable génie

Mario Bava (source Imdb)
Brrrrrrrrrrrrr…
Christian Grenier (septembre 2013)
Ed.7.2.1 : 23-10-2015