Frank CAPRA (1897 / 1991)

… un héros du rêve américain

Frank Capra

Exemple absolu du self-made-man issu de l'American Dream au début du XXe siècle, Frank Capra, petit émigré italien, s'est installé par hasard dans l'univers du cinéma, après avoir longtemps envisagé de devenir ingénieur.

Par quel chemin devint-il, en quelques années, l'un des metteurs-en-scène les plus personnels du cinéma hollywoodien ?

Son oeuvre nous présente généralement des héros surgisseant de leurs modestes origines pour venir troubler, d'un regard candide et rénovateur, l'American Way of Life, tout en chantant les vertus d'un individualisme universellement salvateur.

Et si ses films ne sont pas dénués d'une certaine naïveté, c'est toujours avec plaisir que l'on revoit ces histoires à la morale bien pensante, colporteuses de vérités qu'il est bon de ne pas définitivement oublier au fond d'un puits.

Christian Grenier

Les premières années…

Frank CapraFrank Capra

Cicco Capra est né en Sicile, près de Palerme, en 1897. Fils d'une famille pauvre de quatorze enfants, rien ne le destine à ce qu'il va devenir : l'un des plus grands réalisateurs du cinéma américain, dont l'importance est aujourd'hui universellement admise.

En 1903, la famille s'embarque pour les États-Unis, où le grand frère de Cicco l'a précédée, et s'installe à Los Angeles.

Rapidement l'enfant comprend que des études réussies lui permettront de s'éloigner d'un milieu de misère et de se construire un avenir dans ce pays où tout est à prendre. Il obtient ainsi un diplôme d'ingénieur… qui ne lui servira pas longtemps.

En 1918, il s'engage dans l'armée américaine, pour laquelle il dispense des des cours de balistique. Démobilisé, il parcourt les États-Unis, vivant de petits boulots, à la recherche de sa voie. Et le hasard, qui fait toujours bien les choses lorsqu'il les fait, lui permet de pénétrer dans l'univers du cinéma…

Débuts à Hollywood…

Plus précisément l'acteur shakespearien Walter Montague, auprès duquel il se fait passer pour un technicien de Hollywood, l'engage pour réaliser un premier film de court métrage, «Fultah Fisher's Bourding House». A cette époque (1922), il rencontre Helen Howell, qui deviendra sa première épouse (1923).

En 1924, on le retrouve gagman aux studios Hal Roach. Intégré à une équipe d'assistants, il prépare des gags pour les réalisateurs de bandes comiques de la troupe de Mack Sennett, en ayant en tête l'idée de devenir rapidement réalisateur. Et lorsque Harry LangdonHarry Langdon quitte la Keystone pour la First National, celui-ci emporte l'ambitieux Capra dans ses bagages.

Entre 1926 et 1927, Capra réalise deux moyens métrages avec Langdon, «The Strong Man/L'athlète incomplet)» et «Long Pants/Sa dernière culotte» avant qu'une brouille ne les sépare.

Après avoir réalisé «For the Love of Mike», avec Claudette ColbertClaudette Colbert – un insuccès – , Capra, sans emploi, retourne chez Mack Sennett comme gagman.

Chez Harry Cohn, pour la Columbia…

Frank CapraFrank Capra et James Stewart

C'est Harry Cohn qui le repêche. Directeur (dictateur?) de la Columbia, ce personnage bizarre impose une économie de bouts de chandelles à ses réalisateurs. Capra, qui n'a pas renoncé à poursuivre ses études à l'Institut de Technologie de Californie, se soumet aux diktats du patron. Mais, l'appétit venant en mangeant et le salaire croissant avec les bénéfices de ses réalisations, il ne quittera pas Hollywood.

Après quelques comédies («So This Is Love», «The Matinee Idol»...), Capra aborde, avec «The Power of the Press» (1928) les sujets qui deviendront récurrents dans son oeuvre : le pourvoir de la presse et la corruption politique. Dans «The Younger Generation/Loin du ghetto)» – son premier film parlant –- il aborde, lui le petit immigré italien, le problème des origines et de la réussite sociale. Peu à peu, Capra trouve son style et forge son univers, malgré quelques oeuvres de commande à travers des films militaristes («Submarine», «Flight», «Dirigible»).

Trois fois l'Oscar…

En 1931, Capra dirige Barbara Stanwyck dans «The Miracle Woman», et Jean Harlow dans «Platinum Blonde» (un surnom qui lui restera). En 1933, «Lady for a Day» lui vaut sa première nomination aux oscars, ainsi que sa plus forte déception (on connaît l'histoire: lorsque Will RogersWill Rogers lit les résultats et félicite "Frank", Capra se lève, avant de s'apercevoir que c'est Frank Lloyd qu'on appelle sur la scène !).

Ce n'est que partie remise, et le film suivant, «It Happened one Night/New York-Miami» (1934), rafle les honneurs et cinq oscars : meilleur film, meilleurs interprètes masculin et féminin (Clark Gable et Claudette Colbert), meilleur scénario (Robert Riskin, compagnon de route de Capra), meilleure réalisation. Et dire que Clark Gable a été envoyé chez Harry Cohn pour subir une punition, tandis que Claudette Colbert, pendant le tournage, comptait les jours qui la séparait de ses vacances !

Entre 1936 et 1939, après la crise de confiance qui frappe toujours celui qui a peur de ne pouvoir mieux faire, Capra va tourner pour Harry Cohn trois des six fleurons de sa carrière: «Mr.Deeds Go to Town/L'extravagant M.Deeds» avec Gary Cooper et Jean Arthu), «You Can't Take it With You/Vous ne l'emporterez pas avec vous» – il s'agit de l'argent – avec James StewartJames Stewart et Jean ArthurJean Arthur, «Mr.Smith goes to Washington/Mr.Smith au Sénat» avec le même couple d'acteurs. Prenant pour héros des hommes du commun, de la rue, face aux pouvoirs, déjà évoqués, de la presse et de la politique, Capra touche le public populaire. Les deux premières oeuvres obtiennent plusieurs Oscars, dont ceux des meilleurs films et des meilleures réalisation, mais la troisième lui vaut quelques ennuis avec… la presse et le milieu politique. Capra, alors président de la Directors Guild, mène parallèlement un combat syndical qui lui vaudra un même succès.

Producteur indépendant…

Frank CapraFrank Capra et Gary Cooper

Libéré de son contrat avec Harry Cohn, Capra entame, en tant que producteur indépendant, son nouveau film, soutenu par la Warner et David O.Selznick Productions, «Meet John Doe/L'homme de la rue» (1941), avec Gary CooperGary Cooper et Barbara Stanwyck. Dernier grand film “social” de Capra, il n'a pas le succès des oeuvres précédentes dont il reprend certains thèmes, mais remporte un joli succès critique, sinon financier.

La même année, Capra réalise un film particulier dans son orientation de grand réalisateur, «Arsenic and Old Lace/Arsenic et vieilles dentelles», avec Cary Grant, dans lequel il renoue avec la comédie, une fantaisie désopilante à l'humour noir dévastateur qui ne sortira qu'en 1944, après la fin des représentations de la pièce originale, et qu'il faut peut-être aujourd'hui remettre à l'honneur.

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, le Colonel Frank Capra participe à l'effort de guerre en réalisant plusieurs documentaires militaires («Prelude to War», «Battle of Russia», «Tunisian Victory», la série «Why We Fight», etc...) dont le premier lui vaudra... l'oscar du meilleur documentaire!

Rendu à la vie civile en 1946, Frank Capra va réaliser ce qu'il considèrera toujours comme son meilleur film (et je suis, humblement, de ceux qui partagent son avis), «It's a Wonderful Life/La vie est belle», avec James Stewart et Donna ReedDonna Reed. Sur un ton plus désenchanté que les précédents – la guerre est passée par là – le film prône l'idée que chacun à un rôle à tenir en ce bas monde. Cicco Capra, le petit immigré italien que tout semblait destiner à un avenir misérable, a tenu le sien avec beaucoup de vaillance et un talent formidable.

Harry Cohn est mort, Hollywood aussi…

Frank CapraFrank Capra au tard de sa vie

En 1949, après le tournage de «State of the Union», avec le couple Tracy/Hepburn – encore une histoire de presse et de politique – , Capra revend sa société de production et se lie à la Paramount. Se faisant, il abandonne cette liberté qui fut la sienne depuis 1934 pour ne réaliser que des films de commande qui le laissent insatisfait. De 1952 à 1956, il tourne ainsi des oeuvres éducatives, à caractère scientifique, pour la télévision.

Harry Cohn décède en 1958. L'année suivante, Frank Capra renoue avec le cinéma en tournant «A Hole in the Head/Un trou dans la tête», avec Frank Sinatra, Eleanor Parker et Carolyn Jones.

En 1961, il réalise «Pocketful of Miracles/Milliardaire pour un jour», remake de son oeuvre de 1933, «Lady for a day». Pour la première fois, le public l'abandonne. Il ne le supportera pas, prenant alors une retraite anticipée.

Le 3-9-1991, Frank Capra décède, pendant son sommeil, à La Quinta, Californie, d'une crise cardiaque. Il eut quatre enfants de sa seconde épouse, dont l'aîné est devenu producteur sous le nom de Frank Capra Junior.

Documents…

Sources :

Citation :

"Je voulais chanter le chant des ouvriers opprimés, des exploités, des affligés, des pauvres. Je voulais être aux côtés des éternels rêveurs et partager les outrages de tous ceux qui étaient méprisés pour des raisons de race et d'argent. Surtout, je voulais combattre pour leurs causes sur les écrans du monde entier."

Frank Capra, «The Name Above the Title»
La vie est belle…
Christian Grenier (février 2005)
Ed.7.2.1 : 28-10-2015