Friedrich Wilhelm MURNAU (1888 / 1931)

… l'éclaireur des ténèbres

Friedrich Wilhelm Murnau

Comme de nombreux maîtres allemands du cinéma muet (Wiene, Lang, Wegener), Murnau fut très tôt attiré par ce que l'on nomme aujourd'hui le cinéma fantastique. Mais, au delà du genre, c'est la lutte permanente du Mal contre le Bien dans les consciences humaines qui l'intéresse.

Son oeuvre oscille entre deux courants : une prolongation de l'expressionnisme de l'âge d'or du cinéma allemand ("Nosferatu", "Faust",…) et le "Kammerspiel", qui se veut davantage un témoignage social («Le dernier des hommes», «Sunrise»…).

En parallèle avec l'Intégrale Murnau proposée par la Cinémathèque Française, voici un dossier retraçant la carrière de ce grand réalisateur. Les lignes qui suivent ne sont pas le fruit d'une analyse personnelle, pour laquelle je n'aurais pas eu les connaissances et les qualités requises. Elles s'appuient essentiellement, notamment pour les films perdus, sur le travail de Lotte Eisner, collaboratrice de Henri Langlois, ainsi que sur l'étude de Jean Domarchi publiée dans le tome premier de l'Anthologie du Cinéma.

Christian Grenier

Biographie…

Friedrich Wilhelm MurnauMurnau entouré de son équipe

Friedrich Wilhelm Pumple est né le 28-12-1888, à Bielefeld, une importante cité de la Rhénanie du Nord. Son père, commerçant en textiles prospère, connut par la suite des difficultés financières consécutives à de mauvais investissements. La maison natale du cinéaste deviendra ultérieurement un cinéma.

Constamment plongé dans la lecture, le jeune garçon, avec l'aide de ses frères, de sa sœur et de quelques amis, conçoit un petit théâtre de marionnettes qui, bientôt, se transforme en un théâtre de jardin dans lequel les enfants donnent de véritables représentations.

Très bon élève, bachelier (1907), le désormais jeune homme poursuit des études universitaires à Berlin (1908/1911), alternées par des voyages en Europe (France, Suisse, etc.). Parallèlement, à l'insu de ses parents, il s'engage dans la troupe du Deutsches Theater de Max ReinhardtMax Reinhardt, participant, sous un nom d'emprunt (Murnau, en relation avec la cité homonyme), à quelques représentations.

La Première Guerre Mondiale éclate, qui le fait mobiliser à Postdam, dans la Garde. Il participera ensuite à la bataille de Verdun en tant qu'observateur aérien. Un atterrissage forcé et difficile en territoire Suisse entraîna sa capture et son internement.

Libéré en 1919, Friedrich rentre à Berlin où il se dirige définitivement vers la mise en scène de théâtre et l'art cinématographique. Fondateur de la société "Murnau Veidt Filmgesellschaftr" (1919), il réalise ses premiers films, réunissant peu à peu autour de lui une équipe talentueuse et fidèle : les acteurs Conrad VeidtConrad Veidt, Alfred AbelAlfed Abel, Werner KraussWerner Krauss, les scénaristes Carl MayerCarl Mayer, Thea von HarbouThea von Harbou, les photographes Fritz Arno Wagner, Karl FreundKarl Freund, Carl Hoffmann, le décorateur Robert HerlthRobert Herlth, etc.

En 1926, le producteur américain William FoxWilliam Fox engage Friedrich Wilhelm Murnau et le fait venir à Hollywood, où il tournera trois films, dont l'un, «Sunrise/L'aurore» (1927), est considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma mondial.

Le 11 mars 1931, Murnau est victime d'un fatal accident de la circulation, près de Santa Barbara (Californie). Son automobile, conduite par un jeune chauffeur insuffisamment expérimenté, quitte la route pour éviter un camion. Les occupants du véhicule sont éjectés. Le réalisateur décède à l'hôpital, quelques heures plus tard.

Un artiste de la trempe de Murnau n'accorde que peu d'importance à sa vie privée, privilégiant ce que d'autres considèrent comme leur travail. On sait peu de choses sur la vie sentimentale de notre homme. Outre quelques romances éphémères, Lotte Eisner, son principal biographe, évoque ses tendances homosexuelles, réfutées énergiquement par son frère, Robert Pumple. Mais tout ceci n'a que peu d'importance pour nous, avertis que nous sommes, au moment d'engager un chauffeur, de préférer un spécialiste du volant à un jeune éphèbe philippin.

Plus importante demeure l'œuvre. Près de la moitié des films de Friedrich Wilhelm Murnau est considérée comme perdue. Leurs existences ne sont avérées qu'au travers de témoignages écrits et grâce à la découverte de documents éparses. Les autres constituent un ensemble qui font considérer leur auteur comme l'un des plus grands - et pour certains le plus grand - réalisateurs du septième art.

Les films perdus…

Ainsi donc, des 21 films de Murnau (22 si on compte la version sonorisée de «Nosferatu», 9 sont considérés comme perdus. Soyons optimistes : dans son chapitre de l'Anthologie du Cinéma, consacré au réalisateur et publié en 1966, le critique Jean Domarchi en recensait 12 !

Mais une collaboratrice de Henri Langlois à la Cinémathèque Française, Lotte Eisner, a pu consulter certains découpages de ces oeuvres et publier nombres d'articles et de photographies qui permettent d'en faire un recensement fiable.

Friedrich Wilhelm Murnau«L'expulsion» (1923)
  • «Der Knabe in Blau» (1919), son premier film, semble avoir été un sombre drame fantastique, sur fond de vieux château et de malédiction familiale. L'histoire et le destin de cette oeuvre demeurent inconnus. Avec Ernst Hoffman et Blandine EbingerBlandine Ebinger.
  • «Der Bucklige und die Taenzerin/Le bossu et la danseuse» (1920), longtemps confondu avec le «Smurun» d'Ernst Lubistch, fut tourné en 1919 et présenté en juillet 1920. Cette histoire fantastique, interprétée par John Gottow et Sacha Gura, n'aurait pas déplu au grand Lon ChaneyLon Chaney. Les critiques de l'époque vantent surtout le travail du scénariste Carl Mayer, tout en signalant la beauté des images de Murnau.
  • «Der Januskopf» (1920) est une adaptation camouflée de l'œuvre de Robert Louis Stevenson, «Dr.Jekyll et Mr.Hyde», comme le confirment les notes originales sur lesquelles les noms des protagonistes du roman ont été conservés. Ce ne fut pas le cas dans le découpage final. Lotte Eisner pense que ces modifications avaient pour but d'éviter de payer les droits d'auteur. L'interprète principal, Conrad Veidt, est loué par la critique, tandis que l'inquiétant Bela LugosiBela Lugosi fait ici l'une de ses premières apparitions. Assez curieusement, les spécialistes d'alors soulignent les références à Edgar Allan Poe ou Oscar Wilde, mais nul ne semble avoir relevé la source véritable de ce film malheureusement invisible.
  • «Abend… Nacht… Morgen» (1920) apparaît, à la lecture du synopsis, comme un “detektivfilme” (un film policier), genre déjà couru en ces temps là. Interprétée par Conrad Veidt, cette oeuvre semble avoir été mineure dans l'œuvre du maître. Un journaliste a pu écrire dans son article qu'il était préférable que le nom du metteur en scène n'en soit pas nommé !
  • Le programme retrouvé de «Marizza, Genannt die Schmugglermadonna» (1921), relève le souci du travail technique du réalisateur et de son photographe, Karl Freund. Par ce film, dont l'histoire est très proche de celle de «Carmen», Murnau entame une série que les spécialistes qualifieront de “films paysans”. Opposition de la nature et de la civilisation, annonciatrice du besoin que ressent le maître de rapprocher davantage ses caméras d'une nature simple et sauvage.
  • «Schloss Vogelöd/La découverte d'un secret» n'est pas, à proprement parler, un film perdu. Mais comme «Gang in der Nacht», les sous-titres manquent. La complexité de l'action rend ainsi le film difficile à suivre, empêchant toute présentation publique. Huis-clos étouffant, il décrit les rapports entrelacés des occupants d'une demeure mystérieuse, à travers rêves et flash-back qui n'en simplifient pas la lisibilité. Lotte Eisner a pu reconstruire la trame de cette "histoire assez embrouillée"., jusqu'au coup de… théâtre (!) final. Les prises de vues de Fritz Arno Wagner accentuent l'atmosphère oppressante du scénario de Carl Mayer.
  • «Shensucht» (1921) semble avoir été également connu sous le titre de «Bajazzo». Ce film, au scénario mouvant selon les mémoires, paraît avoir été un drame sentimental mettant en scène un danseur et une jeune duchesse. Conrad Veidt y donne la réplique à Gussy HollGussy Holl, son épouse d'alors.
  • «Die Austreibung/L'expulsion» (1923), autre “film paysan”, fournit à son auteur et à son photographe, Karl Freund, l'occasion de planter leurs caméras en pleine nature pour illustrer cette nouvelle adaptation de Thea Von Harbou. Le triangle amoureux s'appuie, à l'un de ses angles, sur l'interprétation du futur réalisateur Wilhelm Dieterle.
    En 1923, Murnau n'est pas encore reconnu comme un grand réalisateur, comme l'écrit le "Film Kurier" du 11 septembre 1922 : "Il serait exagéré de vouloir compter Murnau… parmi nos grands metteurs en scène de l'écran…[et]… le grand public est à peine au courant de son nom".
  • Pour «Four Devils/Les quatre diables» (1928), drame situé dans l'univers des trapézistes, Murnau devra déchanter. William Fox se montre plus regardant, lui écrivant notamment : "Je suis sûr que vous ferez ce film pour une somme raisonnable". A l'épilogue dramatique du scénario de Carl Mayer, l'on dut rajouter une note réjouissante. Ce qui n'empêcha pas William Fox, dans une version ultérieurement sonorisée, de transformer la tragédie finale en une fin heureuse : "Non, blessée seulement" !!! Longtemps visible, il ne subsiste de ce film, semble-t-il, qu'une centaine d'images de bonne qualité.
  • Les films sauvés…

    Friedrich Wilhelm Murnau«Nosferatu» (1921)

    Du 26 octobre au 31 décembre 2006, la Cinémathèque Française a organisé, dans ses salles parisiennes, la projection des 12 films visibles de Friedrich Wilhelm Murnau.

  • «Satanas» (1919), second film de Murnau fut longtemps considéré comme entièrement perdu. Mais un fragment du film a finalement été retrouvé. Oeuvre en trois épisodes, dans la veine de «Intolerance» de David Wark Griffith, elle attirera l'attention des critiques contemporains par la présence au générique de Robert WieneRobert Wiene, alors plus connu que Murnau. Le premier chapitre a pour sujet l'Égypte pharaonique, le second est une adaptation de l'œuvre de Victor Hugo, «Lucrèce Borgia», tandis que le troisième décrit de manière prophétique ce que devait être le sort du bolchevisme naissant. Avec Fritz Körtner et Conrad Veidt.
  • «Der Gang in der Nacht» (1920), une bande découverte par Henri Langlois dans les archives d'état de Berlin-Est, est tirée d'une oeuvre de Harriet Bloch, célèbre scénariste danoise. Ce mélodrame sentimental interprété par Olaf FonssOlaf Fonss, Erna MorenaErna Morena et l'inévitable Conrad Veidt, peut être considéré comme le premier succès critique de son auteur dont on loue le “jeu de caméra”. Il a sans doute joué un rôle dans l'engagement de Murnau, quelques mois plus tard, par la société Bioscop d'Erich Pommer.
  • «Nosferatu, eine Symphonie des Grauens/Nosferatu le vampire» (1921) est une adaptation non reconnue, à nouveau pour des questions financières, du roman de Bram Stoker, «Dracula». Ce film célèbre connut une version “pirate” en 1930. Sur un négatif original de Murnau, un producteur allemand ajouta des chutes de film et tourna la séquence supplémentaire de la Messe des Morts. Rappelons qu'à cette époque Murnau résidait aux États-Unis. Quant à la fin “heureuse” de la version allemande en possession de la Cinémathèque Française, elle est vraisemblablement due à un montage adroit d'un distributeur bien pensant.
    L'acteur incarnant le rôle principal, Max Schreck, fut également à l'origine d'une légende : certains le dirent véritablement vampire ! “Schreck” signifiant “frayeur” en allemand, d'autres - dont Ado Kyrou - crurent longtemps que Nosferatu fut incarné par Murnau lui-même…
    La veuve de Bram Stoker intenta un procès aux producteurs du film qui furent condamnés à détruire négatifs et copies. Mais le Dieu des cinéphiles veillait…
  • «Der Brennende Acker/La terre qui flambe» (1922), le deuxième “film paysan” de Murnau, reprend les thèmes des oeuvres précédentes : château, trésor, secret de famille, malédiction. Il est le fruit de la première collaboration de Murnau avec Thea Von Harbou, scénariste et future épouse de Fritz Lang. Cette oeuvre longtemps considérée comme perdue fit l'objet en son temps de louanges unanimes.
  • «Phantom/Fantôme» (1922), également tardivement retrouvé, marque la deuxième collaboration de Murnau et Harbou. Cette adaptation officielle et fidèle d'une oeuvre littéraire de Gerhart Hauptmann, formule contraire aux habitudes du réalisateur, fut lourdement critiquée. Le travail de la scénariste Thea Von Harbou est notamment mis en cause.
  • «Die Finanzen des Grossherzogs/Les finances du Grand-Duc» (1923), tiré par Thea Von Harbou d'un roman "conventionnel et antisémite" de Frank Heller, est une comédie légère. Seul film du genre mis en scène par Murnau, il passe pour une de ses oeuvres mineures. Mais il fut cependant réhabilité par Jean Domarchi qui en souligne la qualité des décors de Rochus Gliese et y retrouve un thème cher à son auteur, " l'irruption dans le monde naturel des forces maléfiques de la civilisation moderne".
  • «Der Letzte Mann/Le dernier des hommes» (1924) constitue une œuvre à part dans la filmographie de son créateur, bien plus réaliste et symbolique que les précédentes. Jean Domarchi voit dans l'histoire de Carl Mayer - un portier relégué à des tâches avilissantes finit par envisager la mort - l'évocation de la situation de l'Allemagne depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale. A la demande des producteurs, le réalisateur tourne une fin optimiste. Mais le regard de Murnau ne l'est pas. Avec un Emil Jannings éblouissant, cette bande fait partie de la sélection des 12 meilleurs films de l'histoire du cinéma établie à l'occasion de l'Exposition Universelle de Bruxelles, en 1958, par une centaine d'historiens du cinéma.
  • «Her Tartuff/Tartuffe» (1926), d'après la pièce de Molière, apparaît comme atypique dans cette liste. Quoi donc pouvait rapprocher Murnau de Molière ? A l'heure du cinéma muet, il n'y a guère de place pour la comédie, sur les toiles blanches, qu'à travers l'excès du burlesque, et Murnau n' pas convaincu avec «Les finances du grand duc». Mais, avec l'aide de Carl Mayer, il dépeint Tartuffe tel qu'il devait être dans la “réalité”, une véritable incarnation du mal. Car, à y voir de plus près, et n'en déplaise aux Légataires Français du grand amuseur royal, la pièce, débarrassée de tous les effets comiques que l'on a pu imaginer, peut être représentée comme une véritable tragédie sans toucher une seule phrase du texte. Certains metteurs en scène ne s'en sont pas privé…
  • A l'opposé, le thème de «Faust» ne pouvait que séduire notre homme. Lutte entre le bien et le mal, au terme de laquelle l'homme, par nature davantage que par contrainte, accepte de succomber. Le sujet a été adapté par le dramaturge Hans Kyser de l'œuvre de Goethe et de la pièce de Christopher Marlowe, première évocation littéraire (1589) de cette vieille légende. Non créditée au générique, Thea Von Harbou travailla également sur le film (cf.Lotte Eisner), à la postérité duquel les cadrages de Carl Hoffmann et les décors de Robert Herlth contribuèrent largement. Avec Emil Jannings et Gösta Ekman, un acteur suédois ex-partenaire de Greta Garbo et futur d'Ingrid Bergman, ce qui ne fut pas donné à tout le monde…
  • Friedrich Wilhelm Murnau«L'aurore» (1927)
  • «Sunrise/l'Aurore» (1927) est le premier film hollywoodien de Murnau. Présenté comme un "génie allemand" par William Fox, celui-là s'attache, en collaboration avec Carl Mayer demeuré en Allemagne, à transformer une courte histoire de Hermann Sudermann pour l'intégrer à son univers de lumières et de mouvements. Éloigné de son scénariste, Murnau utilise à sa manière les indications de Mayer. Fort de l'appui de Fox qui lui a donné "carte blanche pour les dépenses nécessaires à un film grandiose", il n'accepte aucune compromission. Bien que le budget ne fut pas amorti, le résultat est à la hauteur de l'attente générale et cette oeuvre “paysanne” est considérée à ce jour comme le chef d'œuvre du réalisateur allemand.
  • «City Girl/La bru» (1929), également connu sous le titre «Our Daily Bread» constitue l'ultime “film paysan” du réalisateur. Voulant décrire "l'histoire du pain", Murnau sort à nouveau ses caméras, sans souci des dépenses générées par un tournage en pleine nature. Après avoir écarté Carl Mayer, William Fox intervient au montage pour dévier le sujet et les personnages vers une conception plus “américaine”. Murnau dénonce alors le contrat qui le relie à l'homme d'affaires et le film sera terminé par un obscur assistant, A. F. Erickson. A l'avènement du parlant lui fut ajouté un dialogue mal synchronisé.
  • Murnau envisage de s'installer à Tahiti. Il organise une rencontre avec Robert FlahertyRobert Flaherty, mécontent de la tournure que prenait son travail courant pour William Fox. Justement, celui-ci détient dans ses cartons le projet d'une histoire de pêcheurs de perles. Les deux hommes s'unissent pour produire et réaliser «Tabu/Tabou» (1931).
    Davantage intéressé par l'aspect documentaire, Flaherty voit d'un mauvais oeil la volonté de Murnau de raconter une histoire, mais ce dernier, actionnaire principal, parvient à imposer son point de vue. Soucieux de conserver aux images la primauté de l'intérêt des spectateurs, les metteurs en scène ne convient aucune star hollywoodienne à participer au tournage qui aura lieu, pour l'essentiel, sur l'île de Tahiti. Mais l'affaire s'éternise et l'inflation des frais pousse Murnau à s'associer avec Jesse LaskyJesse Lasky. Sonorisé en studio, «Tabou» plait à la Paramount, qui propose à son réalisateur un contrat de dix ans. On sait ce qu'il advint… (Nota : Dans «La Marie du port», tourné en 1949 par Marcel Carné, Jean Gabin emmène Nicole Courcel dans la salle vide de son cinéma cherbourgeois où l'on projette une séquence de «Tabou»).
  • Epitaphe…

    Friedrich Wilhelm MurnauFriedrich Wilhelm Murnau

    A la perte d'un grand artiste se pose inévitablement la question : de quels chefs-d'œuvre cette disparition nous a-t-elle privés ?

    En ce qui concerne Murnau, de par les circonstances de sa mort survenue dans sa 43eme année, l'interrogation est d'autant plus judicieuse. Comme Chaplin, l'homme est gêné par l'apparition du cinéma parlant, lui qui accordait l'essentiel de son intérêt aux cadrages. On sait toutefois qu'il envisageait un voyage en Europe pour se familiariser avec ces nouvelles techniques. Nul doute qu'il s'en fut avantageusement accommodé.

    Les promesses de Lasky nous laissent penser que, au moins pour un certain temps, Murnau aurait poursuivi sa carrière en Amérique. «Typee» de Herman Melville est déjà évoqué… Mais, à Hollywood, on considère avant tout le cinéma comme une industrie que l'on aborde essentiellement sous son angle économique, rarement compatible avec les aspirations artistiques des maîtres européens.

    Pour autant suspendue, la question reste vaine. Car, au détour d'un virage, le 11 mars 1931, le Maître des Ténèbres a rattrapé le Magicien des Lumières.

    Documents…

    Sources : «Murnau» de Lotte Eisner aux éditions Le Terrain Vague (1964), étude de Jean Domarchi (1966) publiée dans le tome premier de L'Anthologie du Cinéma, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

    Legende_gauche…

    Citation :

    "L'artiste est chez lui partout où il est entouré d'une atmosphère de respect et d'absolue liberté."

    Friedrich Wilhelm Murnau
    Christian Grenier (octobre 2006)
    Ed.7.2.1 : 2-11-2015