Friedrich Wilhelm MURNAU (1888 / 1931)

Biographie…

Friedrich Wilhelm MurnauMurnau entouré de son équipe

Friedrich Wilhelm Pumple est né le 28-12-1888, à Bielefeld, une importante cité de la Rhénanie du Nord. Son père, commerçant en textiles prospère, connut par la suite des difficultés financières consécutives à de mauvais investissements. La maison natale du cinéaste deviendra ultérieurement un cinéma.

Constamment plongé dans la lecture, le jeune garçon, avec l'aide de ses frères, de sa sœur et de quelques amis, conçoit un petit théâtre de marionnettes qui, bientôt, se transforme en un théâtre de jardin dans lequel les enfants donnent de véritables représentations.

Très bon élève, bachelier (1907), le désormais jeune homme poursuit des études universitaires à Berlin (1908/1911), alternées par des voyages en Europe (France, Suisse, etc.). Parallèlement, à l'insu de ses parents, il s'engage dans la troupe du Deutsches Theater de Max ReinhardtMax Reinhardt, participant, sous un nom d'emprunt (Murnau, en relation avec la cité homonyme), à quelques représentations.

La Première Guerre Mondiale éclate, qui le fait mobiliser à Postdam, dans la Garde. Il participera ensuite à la bataille de Verdun en tant qu'observateur aérien. Un atterrissage forcé et difficile en territoire Suisse entraîna sa capture et son internement.

Libéré en 1919, Friedrich rentre à Berlin où il se dirige définitivement vers la mise en scène de théâtre et l'art cinématographique. Fondateur de la société "Murnau Veidt Filmgesellschaftr" (1919), il réalise ses premiers films, réunissant peu à peu autour de lui une équipe talentueuse et fidèle : les acteurs Conrad VeidtConrad Veidt, Alfred AbelAlfed Abel, Werner KraussWerner Krauss, les scénaristes Carl MayerCarl Mayer, Thea von HarbouThea von Harbou, les photographes Fritz Arno Wagner, Karl FreundKarl Freund, Carl Hoffmann, le décorateur Robert HerlthRobert Herlth, etc.

En 1926, le producteur américain William FoxWilliam Fox engage Friedrich Wilhelm Murnau et le fait venir à Hollywood, où il tournera trois films, dont l'un, «Sunrise/L'aurore» (1927), est considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma mondial.

Le 11 mars 1931, Murnau est victime d'un fatal accident de la circulation, près de Santa Barbara (Californie). Son automobile, conduite par un jeune chauffeur insuffisamment expérimenté, quitte la route pour éviter un camion. Les occupants du véhicule sont éjectés. Le réalisateur décède à l'hôpital, quelques heures plus tard.

Un artiste de la trempe de Murnau n'accorde que peu d'importance à sa vie privée, privilégiant ce que d'autres considèrent comme leur travail. On sait peu de choses sur la vie sentimentale de notre homme. Outre quelques romances éphémères, Lotte Eisner, son principal biographe, évoque ses tendances homosexuelles, réfutées énergiquement par son frère, Robert Pumple. Mais tout ceci n'a que peu d'importance pour nous, avertis que nous sommes, au moment d'engager un chauffeur, de préférer un spécialiste du volant à un jeune éphèbe philippin.

Plus importante demeure l'œuvre. Près de la moitié des films de Friedrich Wilhelm Murnau est considérée comme perdue. Leurs existences ne sont avérées qu'au travers de témoignages écrits et grâce à la découverte de documents éparses. Les autres constituent un ensemble qui font considérer leur auteur comme l'un des plus grands - et pour certains le plus grand - réalisateurs du septième art.

Les films perdus…

Ainsi donc, des 21 films de Murnau (22 si on compte la version sonorisée de «Nosferatu», 9 sont considérés comme perdus. Soyons optimistes : dans son chapitre de l'Anthologie du Cinéma, consacré au réalisateur et publié en 1966, le critique Jean Domarchi en recensait 12 !

Mais une collaboratrice de Henri Langlois à la Cinémathèque Française, Lotte Eisner, a pu consulter certains découpages de ces oeuvres et publier nombres d'articles et de photographies qui permettent d'en faire un recensement fiable.

Les films sauvés…

Friedrich Wilhelm Murnau«Nosferatu» (1921)

Du 26 octobre au 31 décembre 2006, la Cinémathèque Française a organisé, dans ses salles parisiennes, la projection des 12 films visibles de Friedrich Wilhelm Murnau.

Epitaphe…

Friedrich Wilhelm MurnauFriedrich Wilhelm Murnau

A la perte d'un grand artiste se pose inévitablement la question : de quels chefs-d'œuvre cette disparition nous a-t-elle privés ?

En ce qui concerne Murnau, de par les circonstances de sa mort survenue dans sa 43eme année, l'interrogation est d'autant plus judicieuse. Comme Chaplin, l'homme est gêné par l'apparition du cinéma parlant, lui qui accordait l'essentiel de son intérêt aux cadrages. On sait toutefois qu'il envisageait un voyage en Europe pour se familiariser avec ces nouvelles techniques. Nul doute qu'il s'en fut avantageusement accommodé.

Les promesses de Lasky nous laissent penser que, au moins pour un certain temps, Murnau aurait poursuivi sa carrière en Amérique. «Typee» de Herman Melville est déjà évoqué… Mais, à Hollywood, on considère avant tout le cinéma comme une industrie que l'on aborde essentiellement sous son angle économique, rarement compatible avec les aspirations artistiques des maîtres européens.

Pour autant suspendue, la question reste vaine. Car, au détour d'un virage, le 11 mars 1931, le Maître des Ténèbres a rattrapé le Magicien des Lumières.

Documents…

Sources : «Murnau» de Lotte Eisner aux éditions Le Terrain Vague (1964), étude de Jean Domarchi (1966) publiée dans le tome premier de L'Anthologie du Cinéma, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"L'artiste est chez lui partout où il est entouré d'une atmosphère de respect et d'absolue liberté."

Friedrich Wilhelm Murnau
Friedrich Wilhelm Murnau…
Christian Grenier (octobre 2006)
Ed.8.1.1 : 2-11-2015