Henry KING (1886 / 1962)

… l'homme de marbre

Henry King

Pour avoir traversé près de soixante années de l'histoire du cinéma américain, pour être l'un des co-fondateurs de la fameuse institution des Oscars, Henry King demeurera éternellement l'un des piliers du cinéma mondial.

Souvent cachée derrière celle du producteur Darryl F. Zanuck, sa “touche” n'en demeure pas moins réelle, notamment sur des films aux budgets moins prétentieux que ceux des célèbres super-productions auxquelles son nom reste attaché.

Pourtant, les informations biographiques le concernant demeurent difficiles à trouver, et les quelques miettes qui nous tombent, que ce soit du papier ou de la toile, ne doivent pas être crûment avalées.

C'est néanmoins avec plaisir que nous répondons à la demande de l'un de nos fidèles visiteurs, Bruno Dugelay, en retraçant la carrière de ce cinéaste très éclectique.

Christian Grenier

A l'aube du cinéma…

Henry KingHenry King

24-1-1896-Né à Christianburg, Virginie, le 24-1-1886 selon certaines sources (Imdb,…), en 1888 (Fiches de Monsieur Cinéma), voire 1892 selon d'autres, et même 1896 pour les plus généreux (Coursodon et Tavernier, 1970) Henry King est le fils d'un avocat et le frère aîné de Louis King (1898/1962), autre futur réalisateur du cinéma américain.

Après des études qu'en France nous qualifierions de secondaires, le jeune homme suit une troupe itinérante donnant généralement dans le vaudeville (1909/1912).

C'est tout naturellement qu'à l'aube des années 1910, il se dirige vers ce nouvel art du spectacle que l'on appelle le cinématographe, prometteur d'une fortune plus facile à acquérir. De cette activité poursuivie jusqu'à la fin de la décennie, il ne nous reste pas grand-chose, ni en témoignages, ni en celluloïd…

En 1915, il intervient au cours du tournage d'une scène de bagarre. Ses remarques, jugées fort opportunes, lui valurent de prendre place derrière la caméra. Il fait ainsi ses débuts de réalisateur dans des petites bandes perdues (1916/1917). A ces occasions, il met en scène à plusieurs reprises l'actrice-enfant Marie Osborne dont on lui attribue la révélation.

A partir de 1917, sa présence devant l'objectif se fait de plus en plus rare. Ses comédiens de prédilection se nomment alors Mary Miles MinterMary Miles Minter, William RussellWilliam Russell, Henry B.WarnerHenry B.Warner

En 1919, il obtient son premier succès important avec le film «Six Feet Four», produit par l'American Film Company, dont ce fut le premier long métrage. La société lui fait alors miroiter un brillant avenir, mais Henry King est déjà parti travailler pour le studio concurrent de Thomas Harper InceThomas Harper Ince («23 1/2 Hours Leave», 1919)…

Les grands films muets…

Henry KingHenry King sur le tournage de
«The Winning of Barbara Worth» (1926)

En 1921, Henry King fonde une compagnie de production cinématographique, Inspiration Pictures, avec le financier Charles H. Duell et l'acteur Richard BarthelmessRichard Barthelmess. Cette société, active jusqu'en 1930, produisit les premiers grands films de son co-fondateur, notamment durant la première moitié des années 20.

Dès 1921, King met en scène «Tol'able David/David le tolérant», avec Richard Barthelmess comme cela va de soi, dans lequel il intègre certains souvenirs personnels. Pour la première fois à son sujet, la critique parle de chef-d'oeuvre.

En 1923, «The White Sister/Dans les laves du Vésuve», sombre mélodrame sentimental tourné en Italie, réunit deux grandes vedettes internationales, Lilian Gish et Ronald Colman. A ce couple célèbre viendra s'ajouter Dorothy GishDorothy Gish, soeur cadette de la précédente, sur le plateau de «Romola» (1924), scénettes de la renaissance florentine.

A partir de 1925 , Henry King et Inspiration Pictures feront parfois films à part. Du réalisateur, pour United Artists et Samuel GoldwynSamuel Goldwyn, souvenons-nous de «The Winning of Barbara Worth/La fille du désert», connu pour être le premier film interprété par Gary Cooper, hors figurations.

En 1927, Henry King est l'un des 36 fondateurs de l'Academy of Motion Picture Arts and Science qui délivrera annuellement les fameux Oscars hollywoodiens.

Les films sonores des années trente…

Henry King«L'incendie de Chicago» (1937)

En 1930, le cinéma devient définitivement sonore. D'abord réticent envers cette modernité, Henry King sent vite tourner le vent de l'Histoire du septième art. Il fait opportunément ajouter une chanson à son dernier opus, «She Goes to War» (1929, avec Eleanor Boardman, alors épouse de Henry King), avant de s'intéresser de plus près aux techniques sonores.

Désormais réalisateur pour la Fox Film Corporation, il met ainsi en scène «State Fair/La foire aux illusions» (1933), avec le volubile comédien Will Rogers (face à un énorme cochon!), un film pour lequel, curieusement, son nom ne figure pas au générique.

En 1935, «Way Down East/A travers l'orage», vague remake du célèbre film de David Wark Griffith, réunit Rochelle Hudson, reprenant le rôle tenu par Lillian Gish, et le jeune Henry Fonda, qui remplace… Richard Barthelmess, son ancien associé…

En 1935, la Fox Film Corporation et la Twentieth Century Pictures fusionnent pour devenir la Twentieth Century Fox. Sous l'égide et la protection de Darryl ZanuckDarryl Zanuck, Henry King va devenir l'un des plus fidèles réalisateurs de la nouvelle compagnie, au sein de laquelle les deux hommes travailleront dans une grande complicité.

En 1936, «Ramona» constitue leur première grande collaboration internationale. Zanuck attribue le rôle-titre à l'actrice confirmée Loretta YoungLoretta Young, après avoir envisagé un instant de le confier à une jeune inconnue, Rita CansinoRita Hayworth, laquelle se fera davantage connaître sous le pseudonyme de Rita Hayworth. Le film est donné pour être le premier western de l'histoire du cinéma réalisé en technicolor-trichrome.

Toujours en 1936, King et Zanuck nous présentent un fragment largement romancé de l'histoire de la célèbre compagnie d'assurances britannique Lloyd's, dans une oeuvre attachante, «Lloyds of London/Le pacte, interprétée avec conviction par le jeune Tyrone Power. Les deux hommes verront leurs noms dérouler sur une dizaine de génériques communs, jusqu'en 1955.

Désormais expérimenté dans les réalisations des superproductions internationales, Henry King entreprend la reconstitution, toujours supervisée par Zanuck, du tristement célèbre incendie de Chicago survenu en 1871: «In Old Chicago/L'incendie de Chicago» (1938), avec à nouveau Tyrone Power, dont la réalisation manque d'originalité, comme il arrive souvent pour les oeuvres du genre film-catastrophe.

Une fois n'est pas coutume, c'est Henry King qui impose le sujet de «Jesse James/Le brigand bien aimé» (1939) à Zanuck. Celui-ci aurait préféré le voir tourner «Stanley and Linvingstone», une histoire dont l'universalité devrait offrir une plus grand portée internationale. Mais le réalisateur, transformant le célèbre bandit en victime, ne rate pas son coup. Tyrone Power et Henry Fonda incarnent avec brio les célèbres frères James.

Jamais battu, le producteur avait de la suite dans les idées. «Stanley and Livingstone» sera tourné dans la foulée du précédent, non sans que le metteur en scène eut imposé l'idée de recentrer l'histoire sur la recherche du grand explorateur disparu. A Spencer TracySpencer Tracy revint l'honneur de prononcer la célèbre phrase: "Mr.Livingstone, I presume…".

Des paysages, des sentiments et des couleurs…

Henry KingHenry King et sa seconde épouse, Ida

Issu d'une famille de confession méthodiste, une branche du protestantisme, Henry King s'est ensuite converti au catholicisme. Ce n'est donc pas sans ferveur qu'il entreprend le tournage de «Le chant de Bernadette» en 1943. Cette “reconstitution” de la vie de Bernadette Soubirous, qui n'enchantera que les inconditionnels du genre, lui vaudra, en 1944, la seule récompense personnelle de sa carrière de cinéaste, le premier Golden Globe Award de l'histoire, décerné à Hollywood par l'association hollywoodienne de la presse étrangère.

En 1944, «Wilson» retrace une biographie sentimentale du président Woodrow Wilson, pacifiste convaincu prônant la création d'une Ligue des Nations à l'issue du premier conflit mondial. Il est permis de relever la grande ressemblance de l'acteur Alexander Knox avec son personnage.

Plus personnel et attachant demeure «Twelve O'Clock High/Un homme de fer» (1949), avec Gregory Peck. Essentiellement basé sur un flash-back, très éloigné du genre “film de guerre” auquel on aurait pu l'apparenter, le film oppose deux conceptions du commandement à travers le portrait de deux officiers, le colonel Keith Davenport (Gary Merril), sentimental et humaniste, et le brigadier-général Frank Savage (Gregory Peck), froid et autoritaire, véritable homme de fer.

Gregory Peck et Henry King tourneront 6 films ensemble, dont l'excellent western «The Gunfighter/La cible humaine»(1950). Le sujet, très original, retrace le drame permanent vécu par un tireur d'élite dont la réputation le précède partout où il décide de se rendre. "Être celui qui a vaincu Jimmie Ringo", telle est l'ambition de jeunes aventuriers en quête de célébrité. L'heureux gagnant aura la lourde responsabilité de devenir la nouvelle proie à abattre.

Toujours basé sur un flash back, «Les neiges du Kilimandjaro» (1952) , tiré d'un roman d'Ernest Hemingway, arrange une rencontre africaine entre Gregory Peck et Ava GardnerAva Gardner, pour le plus grand plaisir des spectateurs. La belle Ava Gardner traverse à nouveau l'univers du romancier américain dans «Le soleil se lève aussi» (1957), convoitise compréhensible des vieillissants Tyrone Power et Errol Flynn.

A ces adaptations littéraires que j'ai trouvées fort anonymes, qu'il me soit permis de préferer «Bravados» (1958), western magnifiquement colorié par Leon Shamroy (mais, vous me direz, des goûts et des couleurs, hein…). Cette dramatique histoire de vengeance, intelligemment interprétée par Gregory Peck, piège le spectateur dans son désir de ne pas voir les coupables échapper à ce juste sort qui lui semble toujours bien mérité.

C'est avec «Tendre est la nuit» (1961), une adaptation de l'oeuvre du romancier Francis Scott Fitzgerald, que s'achève la carrière du réalisateur Henry King. Il s'éteindra quelques vingt années plus tard, le 29-6-1982, à Toluca Lake, Californie, d'une crise cardiaque survenue pendant son sommeil.

Son “œuvre”, soutenue par deux pièces majeures universellement reconnues («Twelve O'Clock High» et «The Gunfighter»), recèle sans doute d'autres trésors dont certains disent le plus grand bien et que nous aimerions à notre tour découvrir : «I'd Climb the Highest Mountain» (1951), «Carrousel» (1956)… A bons distributeurs, salut !

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je n'ai jamais fait du cinéma pour l'argent. Mais, fort heureusement, on me payait pour en faire !"

Henry King
Christian Grenier (mai 2007)
Ed.7.2.1 : 30-10-2015