Jacques DEMY (1931 / 1990)

Jacques Demy…

"C'est dans le musical que j'ai trouvé la satisfaction totale de toutes mes aspirations. Elles étaient comblées le jour où j'ai fait Les demoiselles de Rochefort. J'étais là, complètement heureux, j'ai mêlé tout ce que j'aime : on y parle peinture, il y a de la poésie, des chansons, des ballets, de la littérature et du cinéma."

Les demoiselles de Rochefort

Jacques Demy1992

Jacques Demy rêve de réaliser une vraie comédie musicale à l'américaine, avec une vision d'un monde joyeux, ensoleillé, éclatant.

Après avoir obtenu l'appui financier de la Warner, tout reste à faire ! Trouver le sujet, le titre, les lieux de tournage… L'intrigue ? Des histoires d'amour qui s'entrecroisent, mais du bonheur, de la poésie et des couleurs… Surtout des couleurs !

Le lieu ? Après avoir quelque peu cherché, ce sera la ville de Rochefort, avec ses rues en damier, sa place centrale orné d'un bassin, et surtout son pont transbordeur ! Jacques Demy se souvenait de celui de Nantes, si cher à son enfance et qui n'existe plus. De suite, il imagine le début et la fin de l'histoire avec le Pont. Bernard Évein, partisan de la couleur envisageait de le peindre en rose… Trop cher a estimé sagement la production. Les Rochefortais sourient toujours avec indulgence à la pensée que pour tout le monde, traverser le pont c'est prendre la direction de Paris… Eh non ! Ce serait plutôt celle de Bordeaux… Qu'importe !

Le titre ? Jacques optait en un premier temps pour le surnom du petit frère qui finalement par ses caprices est à l'origine de toutes les rencontres. Bibi ? Titi ? Boubou ? Finalement il pensera aux «Demoiselles de Rochefort» et les habitants lui en sont reconnaissants à tout jamais…

Gene Kelly et Georges Chakiris (tout auréolé de son succès dans «West Side Story»), découvrent la cité charentaise un peu endormie. Jacques Demy aurait aimé reconstituer le duo Deneuve-Castelnuovo, issu des «Parapluies de Cherbourg», mais le comédien italien s'était engagé sur un autre contrat. La présence des deux grands acteurs-danseurs d'Outre Atlantique aura beaucoup joué dans la renommée mondiale du film. Tous deux confieront très spontanément combien ils ont aimé ce tournage. Dans les années qui ont suivi sa sortie, beaucoup de touristes américains inscriront Rochefort dans leur périple français.

Un moment envisagées à Brouage, un village fortifié Vauban à 14 km, , les premières scènes tournées sur la Place Colbert sont celles de la fête qui se situent vers la fin de l'histoire. Tous les Rochefortais sont invités à venir en tee-shirt de couleur vive ou en rayé marin.

Jacques Demy2017

Le tournage va durer du 31 mai au 27 août 1966 et tout le monde sera concerné : les classes de danse, les chorales d'enfants, les militaires, les commerçants, les écoles…

Quand on revoit ce film que tout le monde connaît par cœur, il est un petit jeu très amusant qui a été proposé lors des fêtes du cinquantenaire du tournage, celui des couleurs et des clins d'oeil ! Les demoiselles rêvent d'aller à l'Opéra, mais ne s'appellent-elles pas Garnier ? Gene Kelly entame un ballet avec des garçonnets en mimant une passe de mousquetaire. N'a-t-il pas été un bien convaincant D'Artagnan en 1948 ?

Pour le jeu des couleurs, Jacques Demy dans ce film s'est montré un merveilleux magicien des teintes. Prenons comme exemple la scène du début du film où les jumelles dirigent le cours de danse. Un seul garçon en noir (comme le justaucorps de Delphine) et jaune (comme les plis de la robe de Solange) et c'est ainsi dans tout le film : une couleur en appelle une autre, Solange en parme rencontre Andrew Miller en parme et rose… les danseuses légères, un peu bling-bling, qui font faux bond aux forains sont en or et argent… tout ce qui est sombre évoque la tristesse, la peur, la rigueur (les policiers, le costume de Dutrouz, les treillis des militaires) le pourpre et le rouge évoquent la passion (costume de Guillaume, robes de scène des jumelles) ; le petit Boubou est en jaune ou orange, couleur du soleil et de la jeunesse, assorti à la baraque aux bonbons… Mais quand il s'agit d'amour, c'est le blanc qui domine.

Rochefort est bien évidemment resté fidèle à ses demoiselles : la radio locale porte leur nom, les bus arborent les photos du film et comme on peut le deviner Rochefort n'oublie pas non plus l'adorable Françoise Dorléac qui a laissé un si émouvant souvenir (le film sortira quelque temps après son décès)

Vingt-cinq ans plus tard, Agnès Varda, reviendra à Rochefort, accompagnée de Catherine Deneuve, avec nostalgie, chagrin et émotion pour retrouver de bien beaux souvenirs. Ensemble, elles dévoileront les deux plaques attribuant une avenue pour Jacques, celle qui mène au Pont, et une place pour Françoise ; Tous deux sont à jamais dans le cœur de Rochefort.

En 2016, toute la ville a fêté les 50 ans, avec des danses, et la présence d'un Michel Legrand rajeuni.

Les Demoiselles de Rochefort sont éternelles !

Donatienne
Éd. 9.1.2 : 1-4-2017