Roger VADIM (1928 / 2000)

L'âge des possibles…

Roger VadimRoger Vadim

Fils d'Igor Nicolaevitch Plémiannikov (1904/1938), aristocrate russe immigré en France à la suite de la Révolution d'Octobre, naturalisé français, devenu vice-consul de France en Égypte, et de Marie-Antoinette Ardilouze (1904/?), Française d'origines languedocienne et provençale, Roger Vadim – né Vadim Roger Plemiannikov, le 26 janvier 1928, à Paris (France) – est le frère aîné d'Hélène Plemiannikov (1936) qui deviendra monteuse de cinéma.

En 1933, anecdote amusante qui vient déranger sa petite enfance, il est kidnappé 24 heures durant par des nationalistes turcs en allant à la plage en famille, de façon à faire pression sur la politique française au travers de son diplomate de père. Hébergé au sein d'une famille autochtone, il garde de cette aventure un excellent souvenir, inconscient à son âge de la gravité des faits.

Très tôt attiré par la création artistique, le garçonnet compose dès l'âge de 7 ans un premier roman en écriture phonétique, «Le Nacrobé». Mais les beaux jours dans un environnement protégé s'assombrissent dès 1938 avec la disparition de Nicolaevitch, mort sous ses yeux des suites du paludisme lors d'un séjour à Morzine. Rapidement en butte à des problèmes financiers, le reste de la famille s'installe aux Gets (Haute-Savoie).

En 1940, l'adolescent est envoyé dans le var où il entame ses études secondaires. De 1945 à 1947, “monté” à Paris, il entre à l'Institut d'Études Politiques de la capitale(Sciences Po) pour un cursus universitaire qu'il délaisse rapidement afin de satisfaire à des ambitions artistiques. Après avoir suivi les cours d'art dramatique de Charles Dullin, il devient l'assistant («Blanche Fury» en 1948, «Julietta» en 1953,…), puis le collaborateur («Futures vedettes» en 1955, «En effeuillant la marguerite» en 1958,…) de Marc Allégret, tout en exerçant les fonctions de journaliste et de reporter pour le magazine "Paris Match" (1948/1956).

L'âge des probables…

Roger VadimBrigitte Bardot et Roger Vadim

En 1949, une jolie adolescente de quinze ans, faisant la couverture de "Elle", attire son regard. Elle s'appelle Brigitte Bardot, il s'arrange pour la rencontrer et parvient à lui faire tourner un bout d'essai dans le programme conduit par Marc Allégret, «Entrée des artistes» (qu'il ne faut pas confondre avec le film éponyme de 1938). C'est le coup de foudre réciproque : le 19 décembre 1952, après s'être converti au catholicisme pour satisfaire aux exigences de la famille de la mariée, Roger Vadim épouse Brigitte Bardot pour cinq années d'une union fusionnelle. Fier de son égérie qu'il est parvenu à faire entrer dans l'univers du septième art par ses relations, il entame enfin une carrière de réalisateur et tourne son premier film en 1956, «Et Dieu créa la femme», oeuvre qui fait scandale à sa sortie à cause de la moralité de l'héroïne principale, et qui sera plus tard considérée comme l'avant-garde de la Nouvelle Vague: il est vrai que nous sommes loin de Jean Delannoy ou… Marc Allégret ! Lorsqu'on la revoit aujourd'hui, on mesure ce qui la sépare du cinéma de l'époque et c'est finalement justice, qu'après avoir été boudée par la critique et le public hexagonaux, elle nous soit revenue chargée d'un succès outre-Atalantique qui lui permit de faire une seconde carrière avant de devenir ce qu'il est convenu d'appeler un film culte.

S'il a bel et bien “créé” notre Brigitte nationale, s'il est devenu en un seul film un metteur en scène à succès, Vadim finit rapidement par gôuter à l'amertume de l'échec avec son oeuvre suivante, «Sait-on jamais?» (1957). Délaissant alors Françoise Arnoul pour revenir vers Brigitte, il n'aura guère plus de chance avec «Les bijoutiers du clair de lune» (1957), un drame bourgeois qui n'intéressera pas grand monde.

Divorcé, en bons termes, le 6 décembre 1957 de sa blonde créature, il a la consolation d'être, le lendemain même, père pour la première fois d'une relation entretenue depuis quelques mois avec Annette Stroyberg, une jeune Danoise tout aussi blonde qu'inconnue, presqu'un clone de la précédente, qu'il épousera le 17 juin de l'année suivante et dont il va s'attacher à faire une actrice. Il l'intègre ainsi dans la distribution de son nouveau projet, «Les liaisons dangereuses» (1959), adaptation du récit épistolaire de Choderlos de Laclos, dont les têtes d'affiche ne sont pas moins que Gérard Philipe et Jeanne Moreau. Choqué par cette incongruité, la Société des Auteurs lui intente un procès pour lequel il prend comme défenseur François Mitterrand, dont les mauvais langues soutiennent que c'est bien le seul combat judiciaire que celui-ci remporta !

Homme à femmes, séducteur reconnu à postériori par toutes ses compagnes publiques, Roger Vadim se sépare d'Annette (divorce prononcé le 14 mars 1961) après l'avoir à nouveau distribuée dans «… Et mourir de plaisir», adaptation saphique du célèbre roman de Sheridan Le Fanu, «Carmilla». Il est en effet entré en ménage avec une troisième blonde à l'avenir prometteur, une Catherine Deneuve pas encore certaine de vouloir faire carrière au cinéma. De son côté, en prise avec des difficultés avec Jean Aurel sur le tournage de «La bride sur le cou» (1961), Brigitte Bardot fait appel à lui, par l'intermédiaire des producteurs, pour en reprendre le tournage qui tourne à l'aigre. Cette initiative, qui n'est pas du goût des gens du métier, lui vaut un article agressif de l'impétueux François Truffaut dans "France-Observateur". S'estimant diffamé, Vadim en appelle à notre justice qui lui attribuera grassement un franc de dommages et intérêts. Tourjours bons amis, Roger et Brigitte s'attacheront ensemble à agrémenter «Le repos du guerrier» (1962), un chasseur dont la belle devient la proie facile.

L'âge des certitudes…

Roger VadimJane Fonda et Roger Vadim

Fidèle à ses habitudes, Roger Vadim met sa nouvelle compagne à contrubution dans «Le vice et la vertu» (1962) où elle incarne l'innocence face à une Annie Girardot “vicieuse” à souhait : sans surprise, la critique ricane… Le 18 juin 1963, Catherine Deneuve met au monde le petit Christian Vadim, qui fera ses débuts d'acteur en 1983 sous les caméras de son père dans «Surprise Party». Le couple se séparera en 1965.

Car entre-temps, une nouvelle blonde est apparue dans la vie de notre Don Juan. Elle s'appelle Jane Fonda, elle est la fille d'un célèbre monument du cinéma américain et compte à son actif une demi-douzaine de crédits, dont quelques uns tout en haut de l'affiche («Les liaisons coupables» en 1962, «Un dimanche à New York» en 1963,…). Vadim en maître de ballet, elle fait son entrée dans «La ronde» (1964) de Schnitzler, quelque part entre Valérie Lagrange et Catherine Spaak et semble bien connaître la musique. Le couple passe devant Monsieur le Maire de Los Angeles le 14 août 1965, mais. le mariage n'ayant pas été enregistré en France, une seconde cérémonie aura lieu le 18 mai 1967 à Saint-Ouen Marchefroy.

Pour Vadim, amour et travail sont inséparables. De cette nouvelle tentative matrimoniale naîtra, outre leur fille Vanessa (septembre 1968), le premier sketch des «Histoires extraordinaires» (1967) imaginées par Edgar Poe, «Metzengerzstein», et la narration d'une énième liaison bourgeoise, «La curée» (1966), transposition moderne de l'oeuvre d'Émile Zola que le grand écrivain eut la chance de ne pas avoir vue de son vivant !

Mais surtout, Roger Vadim et Jane Fonda resteront dans l'histoire du cinéma pour la mise en images de la bande dessinée par Jean-Claude Forest en s'inspirant de… Brigitte Bardot ! «Barbarella» (1968), oeuvre de science fiction érotique, aura su satisfaire en son temps des spectateurs avides d'éclats “psychédéliques” et moins gavés qu'aujourd'hui de ce genre de scènes, mais il faut bien reconnaître qu'elle aura du mal à franchir le baromètre correcteur du temps qui passe. Plus tard, prenant ses distances avec le résultat, Jane déclarera avoir tourné la plupart de ses scènes en état d'ivresse pour calmer une nervosité incontrôlable. Par la suite, l'actrice entrera dans une période contestataire qui la séparera de son époux, leur divorce étant finalement prononcé le 16 janvier 1973.

L'âge de raison…

Roger VadimMarie-Christine Barrault et Roger Vadim

Sur le plan professionnel, Roger Vadim se perd ensuite dans des oeuvrettes manquant de consistance, centrées sur les préoccupations économiques et/ou sexuelles de sa classe sociale : le monde ouvrier, connait pas ! Ni «Si tu crois fillette» (1970), malgré la présence de Rock Hudson, ni «Hellé» (1971), en dépit des oeillades affriolantes de Gwen Welles, n'ajouteront la moindre branche à ses lauriers. Dans les moments creux, Brigitte Bardot, toujours aussi belle à l'approche de la quarantaine et rassurée lorsqu'elle est dirigée par son mentor, lui reste fidèle. «Don Juan 73» (1972) ne dépare pas dans la lignée cinématographique de son auteur: érotisme chic, aisances matérielles, problèmes de riches, cynisme et perdition…

Le réalisateur s'éloigne alors du cinéma – à moins que ce ne soit l'inverse – et reste quelques années sans tourner. En janvier 1975, il épouse en quatrième noces Catherine Schneider, héritière du groupe sidérurgique allemand du même nom, qui lui a déjà donné un fils, Vania (avril 1974). Elle n'a pas la blondeur des précédentes et n'affiche aucune ambition artistique, même si elle se permettra plus tard une apparition dans un film de Pascal Thomas («L'heure zéro», 2007). Mais l'aventure sera des plus courtes, qui se concluera par un divorce moins de deux années plus tard (juin 1977), bien trop rapidement pour envisager de fêter des noces d'acier !

Entre-temps, l'écrivain qu'il demeure aura eu le temps de publier un premier livre de souvenirs, «Les mémoires du Diable». Au cinéma, prenant son public à contre-pied, il s'offre le privilège de rhabiller Sylvia Kristel dans «Une femme fidèle» (1976), nouvelle adaptation – bien que non avouée – de l'oeuvre de Choderlos de Laclos dans laquelle la sensuelle Hollandaise joue les citadelles imprenables… mais il est bien connu que cela n'existe pas !

En 1978, renouant avec les vieilles manies, il fait de sa compagne du moment, Cindy Pickett, l'héroïne de ses «Jeux érotiques de nuit» qui n'amuseront pas grand monde. Il s'installe alors à Santa Monica (États-Unis), partageant une vie de couple avec la scénariste Ann Biderman, et met en scène une histoire bien banale, «Adorables faussaires» qui nous offre surtout l'avantage de retrouver notre délicieuse Marie-France Pisier, à cette époque attirée par les sirènes de l'Uncle SAm.

Si c'était à refaire…

En 1986, après une nouvelle séparation, Roger Vadim dévoile ses vies privées dans un récit intitulé «D'une étoile à l'autre». Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Jane Fonda lui intentent un procès, qu'elles gagneront. Mais comme l'auteur n'est pas rancunier, il décide de renouveller ses belles erreurs et nous raconte comme à ses plus beaux jours pourquoi «Et Dieu créa la femme» (1987). Certes, l'histoire n'est pas tout à fait la même mais, à bien y regarder, Rebecca De Mornay ressemble beaucoup à la première Brigitte Bardot…

En 1988, Vadim partage avec Marie-Chritine Barrault (et quelques autres personnalités), la charge de membre du jury du Festival de Cognac. Les deux jurés se reconnaisent suffisamment d'atomes crochus pour convoler en juste noces en décembre 1990. Tout le monde s'accorde à dire que cette union permit au fantasque séducteur de trouver le calme et la sérénité. Et comme il faut bien vivre de ce qu'on sait le mieux faire, Vadim met en scène quelques téléfilms en dirigeant sa dernière compagne : «Amour fou» (1993), «La nouvelle tribu» (1996, série), «Mon père avait raison» (1996), «Un coup de baguette magique» (1997). Romancier, il publie un nouveau livre de souvenirs, «Le goût du bonheur» enfin retrouvé…

Il n'en profitera qu'une dizaine d'années, emporté par un cancer du thymus le 11 février 2000, à l'hôpital de la Salpétrière, Paris (France). Sa dépouille repose au cimetière marin de Saint-Tropez, à quelques pas de La Madrague.

À l'heure des bilans, ll peut paraître étonnant que, malgré tant d'échecs commerciaux, Roger Vadim ait obtenu le financement d'une bonne vingtaine de titres. C'est oublier qu'au-delà des frontières et des océans, son nom fut toujours synonyme de retours assurés sur investissements à l'échelle de la planète. Et ce n'est pas donné à tout le monde!

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Fantôme d'amour…

Citation :

"La séduction n'existe pas si elle est consciente"

Roger Vadim
Christian Grenier (février 2018)
Éd.8.1.3 : 24-2-2018