Stan Laurel, Oliver Hardy (19XX / 19XX)

C'est moi Laurel, c'est toi Hardy

Stan Laurel, Oliver Hardy

En 1921, sur le plateau du film «Lucky Dogs», production Hal Roach, se croisent deux acteurs comiques américains qui ont déjà une longue carrière derrière eux, Stan Laurel et Oliver Hardy, alors sous contrat avec le célèbre producteur indépendant.

Mais la rencontre est accidentelle et les deux hommes continuent leurs routes séparément.

Ce n'est qu'à partir de 1927 que les membres du fameux duo mettront en place les personnages qui les rendront célèbres dans le monde entier…

Christian Grenier

Stan Laurel, the early years…

Stan Laurel, Oliver HardyStan Laurel

Arthur Stanley Jefferson naît en 1890, à Ulverston, petite localité du nord-est de l'Angleterre. Sa mère, Madge, et son père, Arthur, sont comédiens professionnels. On lui connaît deux frères et une soeur.

Les occupations artistiques de ses parents occasionnant de nombreuses absences, il grandit essentillement auprès de sa grand-mère, Sarah Metcalfe. Lorsque papa Jefferson prend la direction du Metropole Theater de Glasgow (Ecosse), il rassemble autour de lui sa progéniture.

Stanley est encore adolescent lorsque, vers 1906, il apparaît pour la première fois sur les planches d'un théâtre local concurrent. En 1910, il intègre la troupe de music-hall de Fred Karno, où il côtoie un autre fantaisiste appelé à devenir célèbre, Charles ChaplinCharles Chaplin. C'est ensemble que les deux hommes débarquent sur la terre de l'Oncle SAM où ils participent à des tournées de vaudevilles avant de regagner le vieux continent.

Après une courte escapade, Stanley réintègre la troupe de Karno pour une seconde tournée américaine, celle-là même que Chaplin dont il est la doublure avant d'en devenir le remplaçant, met à profit pour devenir Charlot. La défection de celui qui était devenu la vedette principale précipite la dispersion de la troupe et Stanley prend racine sur le Nouveau Continent.

Acteur burlesque…

En 1917, Stan Laurel (“Laurier” en anglais) apparaît pour la première fois à l'écran («Nut in May»). Il partage alors la vie de sa partenaire de cinéma, Mae Dahlberg, qui restera sa compagne jusqu'à 1925. On a pu voir à trois reprises l'acteur auprès d'un comique célèbre de l'époque, Larry Semon, dans de courtes bandes dirigées par ce dernier. En 1921, pour «A Lucky Dog», son partenaire occasionnel se nomme Oliver Hardy, un fantaisiste dont le curriculum vitae se flatte d'une liste de plus 200 titres ! L'aventure aurait bien pu en rester là et il faudra attendre encore cinq ans pour voir le duo se former officiellement…

Oliver Hardy, the early years…

Stan Laurel, Oliver HardyOliver Hardy

Norvell Hardy naît en 1892, à Harlem, Georgie,(Etats-Unis). On le connaît davantage sous le prénom qu'il empruntera à son père Oliver, vétéran de la guerre de Sécession qu'il traversa dans le camps des Sudistes (Ah ! S'ils avaient été plus nombreux…). De lointaine descendance écossaise, Oliver Senior, accompagné de sa dernière épouse Emily et de leurs cinq enfants, s'installa dans la localité de Madison (Géorgie). La tragédie s'abat peu après sur la famille qui a la douleur de perdre un de ses membres, Sam, noyé dans les bras de son frère Oliver Jr qui venait de le repêcher de la rivière Oconee. Oliver Senior ne tarde pas à le suivre vers un autre monde.

Peu intéressé par des études traditionnelles mais davantage attiré par les activités artistiques, 'Ollie Jr' suit les cours du Conservatoire de musique d'Atlanta et rejoint une troupe de théâtre. Il hésite encore sur son avenir lorsqu'il a l'opportunité de gérer une salle de cinéma dans la petite localité géorgienne de Midgeville (1910). Peu impressionné par le jeu sommaire des acteurs de l'époque, il se convainc - et convainc surtout les Studios Lubin de Floride - qu'il peut en faire autant. C'est ainsi que, dès 1913, ce bon vieil Ollie distribue force tartes à la crème au visage du moindre policier qui se risque à la poursuivre ! A prendre à l'esprit davantage qu'à la lettre car toutes ces bandes, dont il ne nous reste que les titres, sont invisibles depuis longtemps.

Acteur burlesque…

En 1916, sous le patronyme de 'Babe' Hardy, ce gros bébé d'Ollie forme un premier duo, Plump and Runt, avec le comique new yorkais Billy Ruge, tombé depuis lors dans les limbes de l'oubli. En 1918, il rejoint à Hollywood tout ce qui se fait dans le nouveau monde du cinéma.

Durant la première moitié des années 20, il partage lui aussi la vedette avec Larry Semon dans deux douzaines de courtes bandes dirigées par ce dernier. En 1921, pour «A Lucky Dog», son partenaire occasionnel se nomme Stan Laurel, un fantaisiste dont le curriculum vitae se flatte tut de même d'une liste d'une centaine de titres ! L'aventure aurait bien pu en rester là et il faudra attendre encore cinq ans pour voir le duo se former officiellement…

Laurel et Hardy…

Stan Laurel, Oliver HardyStan Laurel, Oliver Hardy

Ainsi donc, en 1926, Stan Laurel et Oliver Hardy appartiennent tous deux à l'écurie d'Hal RoachHal Roach, propriétaire d'un studio produisant essentiellement de courtes bandes comiques du genre burlesque. Stan, délaissant progressivement le jeu, y est devenu réalisateur. Cette année, là le studio développe une série "All Stars Movies" à laquelle tout le monde doit participer. Nos deux comiques prennent peu à peu l'habitude de jouer ensemble et découvrent qu'ils se complètent. Peu à peu, ils mettent en place quelques-uns des gimmicks qui les rendront célèbres (se gratter le crâne, jeter un double regard ou tripoter son noeud de cravate pour Laurel, secouer la sienne, hocher la tête de manière assurée ou regarder la caméra d'un air désespéré pour Hardy, etc). Mais les spécialistes considèrent qu'il faut attendre 1927 et «Les deux détectives» pour parler de la naissance d'un véritable tandem Laurel et Hardy.

Pendant quatre années, ils vont dérider le public et se construire une réputation internationale au fil d'une trentaine de long métrages qui les mettront dans des situations les plus acadabrantes les unes que les autres : «Flying Elephants/A l'âge de pierre» (1927) et sa femme des cavernes, «The Battle of the Century» (1927) et sa gigantesque bataille de tartes à la crème (à prendre, cette fois, à la lettre autant que dans la figure), «Wrong Again» (1929) et le cheval juché sur un piano, etc. «The Finishing Touch» (1928) les transforme en menuisiers destructeurs, «Two Tars/V'la la flotte» (1928) en marins en vadrouille, «Habeas Corpus» (1928) en cambrioleurs maladroits, tandis que «Brats/Les bons petits diables» (1930) les place face à leurs répliques enfantines ! Ah, les jeudis après-midi de patronage ou les dimanches du comité des fêtes de l'entreprise de papa, je les ai revécus en préparant ce dossier. J'ai remis des titres sur des images, j'ai retrouvé les rires enfouis dans la mémoire d'un petit garçon en culottes courtes. Les doigts de 'Babe' coincés dans une fenêtre, l'automobile sciée en deux, ou celle qui achève sa course dans la boue, le manteau déchiré en lambeaux, le pinceau qui se transforme en barbe, il est impossible d'oublier ces scènes là !

Conscient de leurs talents mis en commun, le tout Hollywood les honorera bientôt de l'oscar du meilleur court métrage pour «The Music Box/Livreurs, sachez livrer» (1932).

Les longs métrages…

Les deux compères traversent sans encombre l'épreuve de la sonorisation des films qui correspond, ou peu s'en faut à leur intrusion dans l'univers du long métrage. Le consommateur est avide de nouveautés, qu'il préfère souvent à la qualité des produits traditionnels, et gare à ceux qui ne prennent pas le bon wagon ! Si le burlesque, essentiellement basé sur le rythme et la rapidité comme l'a imposé Mack Sennett, s'accomode mal de la longueur, Laurel et Hardy bénéficient d'une côte d'amour qu'Hal Roach, au grand désappointement de Stan, s'empresse d'exploiter.

Mettons de côté «The Devil's Brother/Fra Diavolo» (1933), «Babes in Toyland» (1934) et «The Bohemian Girl» (1936) où nos héros se vautrent dans des univers qui existaient déjà avant eux, pour nous délecter de quelques-uns de leurs premiers titres les plus célèbres : «Pardon Us/Sous les verrous» (1931) où il sont tout à fait à leur place, «Beau Hunks/Les deux légionnaires» (1931), parodie du célèbre «Beau Geste», «Sons of the Desert/Les compagnons de la nouba» qu'ils mènent à l'insu de leurs épouses respectives, «Swiss Miss/Les montagnards sont là» et la scène hilarante de Stan organisant une tempête de neige avec des plumes pour obtenir le tonnelet accroché au coup d'un Saint-Bernard récalcitrant ("A l'éééde, à l'éééde !"). Leur dernier film pour Hal Roach, «Les as d'Oxford» (1940) les met aux prises avec toute une série d'étudiants-fantômes, nous gratifiant de la séquence de la pipe tenue par plusieurs mains !

Par la suite, libérés de leurs contrats (indépendants) avec Hal Roach, ils accepteront les offres avantageuses de la 20th Century Fox ou de la Metro-Goldwyn-Mayer pour des films pré-confectionnés sur lesquels ils auront de moins en moins de contrôle : «Great Guns/Quel Pétard» (1941) où ils participent à l'effort de guerre, «Tête de pioche» (1942), en l'occurrence celle de Stan, et «Le grand boum» (1944) à l'issue duquel, de gaffe en gaffe, ils finissent tout aussi involontairement que patriotiquement par faire sauter un sous-marin japonais !

En 1951, ils n'ont plus tourné depuis six ans lorsque, lors d'une tournée européenne, on leur offre l'opportunité d'apparaître dans une co-production franco-italienne de basse condition, «Atoll K». Malgré la maladie de Stan qui s'y montre d'une maigeur inquiétante, le duo fonctionne encore, retrouvant par moments quelques unes de leurs célèbres attitudes, mais le tout nous laisse un goût amer dans la bouche, nous rappelant s'il le fallait que l'enfance n'est pas éternelle.

Vies privées…

Stan Laurel, Oliver HardyStan, Ida, Lucille et Oliver (1954)

Le comique des compères, basé sur l'opposition de styles et de caractères (Hardy, gros, docte et bien élevé, portant costume un peu étroit, veut en montrer à Laurel,maigre, stupide et commun, endossant une tenue un peu large) est très loin de celui, beaucoup plus cérébral, d'un Chaplin. “Loreléardi” s'appréhende (au singulier, j'y tiens) au premier regard qu'on lui porte, fut-ce à six ans (ne sont-ils pas de grands enfants), et à notre grande surprise, il nous régale encore à l'âge adulte, sans que l'on sache vraiment pourquoi.

On a pu gloser sur la mésentente qui aurait régné dans le couple. Il n'en fut rien. Sans doute grâce au caractère affable de Ollie, qui a toujours reconnu la suprématie et le génie de Stan (lequel toucha jusqu'au double de son salaire), et à l'intelligence qui les poussa à ne pas prolonger à la ville leur relations professionnelles, les deux hommes vécurent, selon leurs plus sérieux biographes, dans une entente cordiale avant que la maladie ne les sépara.

'Babe' Hardy fut un golfeur de talent, Stan Laurel un horticulteur avisé. Le premier se maria à trois reprises : en 1913 avec la pianiste Madelyn Saloshin qui demandera le divorce; en 1921 avec Myrtle Lee Reeves, qui s'adonnait à la boisson et dont il divorce en 1937, année où il entre dans la maçonnerie; en 1940 avec Lucille Jones, scripte sur «The Flying Deuces/Laurel et Hardy conscrits» (1939) et «Saps at Sea/Laurel et Hardy en croisière» (1940).

La vie sentimentale de Stan Laurel fut davantage agitée. Tachons d'y voir clair…

Séparé de Mae Dahlberg depuis 1924, il épouse, en 1926, Loïs Nelson dont il divorce en 1935. Depuis avril 1934, il est le légitime époux de Virginia Ruth Rogers, ce qui lui procure le délicat statut de bigame ! La dame n'aura pas supporté la situation puisque leur divorce est prononcé en décembre 1936. Détestant la solitude, notre joyeux luron prend pour femme, dès janvier de l'année suivante, Vera Shuvalova, une ancienne comtesse russe, le lendemain de son divorce d'avec Virginia ! Il en divorce en février 1937 !… pour la re-épouser quelques mois plus tard, avant de re-divorcer en 1938 ! Entre-temps (on se demande d'ailleurs où il le trouvait), Mae Dahlberg entame une procédure de justice à son encontre pour reconnaissance de paternité, qu'elle gagne ! Peu après (nous sommes toujours en 1938), il re-épouse Virginia Ruth Rogers ... pour divorcer en 1939 ! Il lui fallait souffler un peu (nous aussi !). Aussi attend-il 1946 pour consacrer une union avec Ida Kitaeva, que rien ne viendra biser, la dame faisant sans doute preuve de qualités exceptionnelles (source «Laurel et Hardy», par Roland Lacourbe).

Tandis que depuis 1955, Stan souffrait d'une hémiplégie du côté gauche, Ollie fut atteint en 1956 par une hémorragie cérébrale qui lui laissa le côté droit paralysé. La dualité se prolongeait jusque dans la souffrance, les tenant éloignés l'un de l'autre.

En 1957, victime d'une congestion cérébrale, Ollie quitte ce monde. Stan reste seul avec ses souvenirs et ses regrets ("Finalement, je n'ai connu véritalement Hardy que sur la fin de sa vie") jusqu'en 1965, après avoir reçu en 1961 un oscar spécial pour l'ensemble de sa carrière. Nul doute qu'il est allé en apporter la moitié à 'Babe Hardy'.

De 1966 à 1969, la télévision les fera revivre à travers une célèbre série de dessins animés. Mais pour les grands enfants que nous sommes restés, ils ne sont pas encore tout à fait morts…

Documents…

Sources : «Laurel et Hardy», par Roland Lacourbe (Edition Seghers, Paris 1975), «Laurel et Hardy» par Jean-Pierre Coursodon (article paru dans la revue «Anthologie du cinéma»), «Laurel et Hardy, une histoire d'amour», documentaire d'Andreas Baum (2011), Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : Celui qui pleure à mon enterrement, je ne lui parlerai plus jamais !" (Stan Laurel)

Christian Grenier (août 2013)
Ed.7.2.1 : 8-11-2015