Alberto SORDI (1919? 1920?/ 2003)

… la romanité incarnée…

Alberto Sordi

Des "quatre mousquetaires" de la comédie cinématographique italienne, Alberto Sordi demeure sans doute le plus représentatif de l'art comique de la péninsule.

Descendant affirmé de la Comedia dell' Arte, dont il délaisse pourtant l'art de la pantomime au profit d'une volubilité parfois envahissante, il se cantonnera davantage que ses compagnons d'armes, dans l'incarnation d'un personnage comique dont la bouffonnerie ne le disputera qu'à la lâcheté.

Venu à la réalisation, il perpétuera dans plusieurs films cette tradition parodique et satirique jusqu'à la satiété de son public et l'avènement de la télévision "berlusconienne".

Christian Grenier

Un Oliver Hardy italien…

Alberto SordiAlberto Sordi de la 1ère heure

Né le 15-6-1919 selon certains biographes, le 15-6-1920 selon d'autres, à Rome dans le quartier du Trastevere pour tout le monde, Alberto Sordi est le fils d'un professeur de musique et d'une enseignante.

Dès l'âge de 8 ans, il sillonne l'Italie au sein d'une troupe d'enfants acteurs, emmenés par un enseignant, qui donne des spectacles de marionnettes et des pièces enfantines. Plus tard, on le retrouve membre de la chorale de la Chapelle Sixtine de Rome.

1937 est la première année importante de sa carrière d'acteur, qui fait sa première apparition à l'écran, une figuration non créditée et rarement rappelée dans ses filmographies, pour le film de Carmine Gallone, «Scipione l'Africano/Scipion l'Africain». Cette année là, il est également choisi par la MGM, à l'issue d'un concours, pour donner une voix italienne à Oliver HardyOliver Hardy dans deux films italiens du célèbre duo. Parallèlement à cette activité, il participe à des spectacles de variétés sous le nom d'Albert Odisor.

Après avoir effectué son service militaire dans la fanfare, il tient son premier grand rôle dans un film, aujourd'hui oublié, de Mario MattoliMario Mattoli, «I tre aquilotti». Mais, pour beaucoup d'Italiens de cette époque, Alberto Sordi est avant tout une voix. Outre le doublage, il anime en effet, de 1947 à 1951, plusieurs émissions radiophoniques très suivies.

Sous le signe de Rome…

Alberto Sordi«Lo sceicco bianco»

1952 est, pour l'acteur, l'année de la révélation, grâce à sa participation au film de Federico Fellini, «Lo sceicco bianco/Le courrier du coeur». Dans les années 50, l'acteur acquiert peu à peu une immense popularité, ainsi qu'une renommée internationale («La bella di Roma/La belle de Rome»" en 1955, «Era di venerdi 17/Sous le ciel de Provence» en 1956, «A Farewell to Arms/L'adieu aux armes» en 1957 pour Hollywood, et surtout «La grande guerra/La grande guerre» en 1959).

Et puis ce fut l'explosion de la Comédie Italienne, ancrée dans une forte réalité sociale dépeinte d'un oeil (de caméra) féroce et satirique, qui émerveilla toute une génération de spectateurs d'avant et d'après 1968. Sordi tourna sous la direction des plus grands maîtres de l'époque: Mario MonicelliMario Monicelli, Ettore ScolaEttore Scola, Dino RisiDino Risi, Luigi ComenciniLugi Comencini, Mauro BologniniMauro Bolognini pour n'en citer que quelques uns, avant de passer lui-même derrière la caméra pour une production qui ne franchit que rarement les frontières de sa péninsule natale (le magnifique «Polvere di Stelle/Poussière d'étoile» par exemple).

Monsieur Alberto Sordi…

Alberto SordiMostra de Venise 1995

Avec Ugo TognazziUgo Tognazzi, Vittorio GassmanVittorio Gassman et Nino ManfrediNino Manfredi, seul survivant à l'heure de la mort d'Alberto, Sordi était l'un des quatre mousquetaires de la comédie italienne des années 60/70, et le seul à s'être cantonné dans le genre. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu dans un seul rôle dramatique. Plus proche de TotòTotò (avec lequel il partagea trois génériques) que de Marcello MastroianniMarcello Mastroianni, son royaume était celui du rire et de la bouffonnerie. Il promena son personnage de petit bourgeois fourbe et lâche, bavard et excessif, dans près de 150 films. dont il en réalisa 18, participant en outre à l'élaboration de près d'une quarantaine de scenarii. Par ailleurs, doté d'un bel organe, il ne manquait pas, lorsque l'occasion s'en présentait, de faire profiter les auditeurs ou les téléspectateurs de ses excellentes qualités vocales.

On sait peu de choses sur l'homme. Célibataire endurci, certains le décrivirent cynique, égoïste et avare. On l'a dit amoureux tour à tour d'Alida ValliAlida Valli, de Silvana PampaniniSilvana Pampanini (qui refusa sa demande en mariage) et de Silvana ManganoSilvana Mangano.

En 1995, il fut honoré par la Mostra de Venise pour l'ensemble de sa carrière. En 1999, à l'occasion de son 80° anniversaire (en 2000 pour les autres, donc: il est tout de même incroyable que des biographes ne puissent s'accorder sur un événement censé avoir eu lieu il y a 2 ou 3 ans !), il fut nommé pour un jour "maire honoraire" de la capitale italienne.

Il vécut ses dernières années auprès de sa sœur, dans un appartement romain, ne se déplaçant finalement que sur une chaise roulante.

Quant à ces films italiens "qu'on allait voir dans les années 70", comme le chanta si bien chez nous Yves Simon, ils n'ont pas survécu à l'avènement de la télévision “berlusconienne”.

Alberto Sordi est décédé le 24 février 2003. Nous, spectateurs, cela fait maintenant une bonne vingtaine d'années que nous sommes orphelins.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Je sais que tu sais…"

Citation :

"Je suis Italien et ne fais que des personnages italiens, des hommes que je connais et que je peux faire connaître"

Alberto Sordi
Christian Grenier (mars 2003)
Ed.7.2.2 : 17-11-2016