The MARX Brothers

… princes de l'absurde

The Marx Brothers

Jeunes gens de ce siècle, que savez-vous de ce rouquin "muet", Harpo, immanquablement vêtu d'un imperméable aux poches immenses dans lesquelles il enfouissait un inventaire à la Prévert ; de la moustache dessinée au charbon de cet infatigable dragueur indécent qu'était Groucho; de la virtuosité pianistique (de la main droite, son professeur de pianiste étant faible de la main gauche !) du plus "italien" de la liste, Chico ?

Rien ? Il donc inutile que je vous parle de Zeppo, le benjamin, qui écourta de sa propre autorité sa parenthèse cinématographique.

Pour vous, et pour ceux de ma génération qui ont besoin de se rafraîchir la mémoire, L'Encinémathèque vous emmène sur les rives de l'absurde en vous faisant (re?-) visiter l'œuvre des célèbres Marx Brothers.

Christian Grenier

Naissance d'une fratrie…

The Marx BrothersThe Marx Brothers

Les Frères Marx, également connus sous leurs pseudonymes respectifs (Groucho, Chico, Harpo, Zeppo et Gummo), furent de véritables enfants de la balle.

Fils de Sam Marx (Alsacien allemand, né Sam Marrix) et Minnie Schönberg, les cinq frères (sur six, l'aîné Manfred étant mort en bas âge) apprirent très tôt à jouer la comédie.

Dès 1905, Groucho apparaît dans des "vaudevilles" américains.

En 1908, Groucho, Harpo et Gummo interprètent une revue musicale, «The Four Nightingales» (avec Leo Levy) tandis que Chico joue du piano (les yeux bandés !) dans les pubs. Musiciens acceptables (outre Chico, Harpo joue… de la harpe, et Groucho de la guitare), parfois accompagnés de leurs parents ou de Tante Hannah, les Frères Marx donnent régulièrement des tournées à travers le pays. Leur premier spectacle dans le style qui les fera connaître, «Fun in High Skule» (lire High School), est donné en 1912.

Devenus des comédiens burlesques, les frères commencent à remporter quelques succès.

En 1914, Gummo abandonne la troupe pour devenir agent artistique. Il est remplacé par Zeppo et n'apparaîtra donc jamais dans l'oeuvre cinématographique des Frères Marx. Plus tard, dans le spectacle «On the Mezzanine Floor», Harpo se voit attribuer trois répliques. Mais un journal local donne son avis : "L'effet est gâché lorsqu'il parle". C'est décidé, Harpo ne prononcera plus un seul mot en public !

En 1925, leur pièce «Cocoanuts», remporte un grand succès et reste deux ans à l'affiche sur Broadway.

En 1928, c'est au tour de «Animal Crackers» de consacrer leurs célébrités.

Mais il fallut attendre l'avènement de la parole au cinéma (si l'on oublie leur apparition dans un court métrage tourné en 1921, «The Humor Risk») pour qu'ils puissent acquérir une renommée internationale. Car le comique des Marx est avant tout un comique de mots, de phrases absurdes et de calembours difficilement traduisibles par l'image.

Les Marx Brothers au cinéma…

The Marx BrothersThe Marx Brothers

Les Marx Brothers nous ont laissé leur univers plein de fantaisie dans lequel, à chaque instant, tout est possible.

Nous ne remercierons jamais assez les Frères Lumière (pour nos amis visiteurs d'outre-Atlantique, faut-il dire Thomas Edison ?) d'avoir inventé la petite boîte magique qui, parmi tant d'autres, les fit entrer dans l'éternité.

De cette éternité nous restent treize fragments, pour diverses raisons inoubliables…

L'absurde en 13 leçons…
  1. En 1929, co-réalisé par l'exilé français Robert Florey et le tâcheron américain Joseph Santley, «The Cocoanuts» est une reprise de leur vaudeville homonyme. Suite de scènes burlesques, reliées par un mince fil conducteur, le film est aussi la rencontre du quatuor avec Margaret DumontMargaret Dumont, qui sera leur souffre-douleur pendant de longues années. Le film eut un énorme succès…
  2. … Qui leur permit, dès 1930, d'enchaîner avec «Animal Crackers», toujours avec Margaret Dumont. Nouveau succès. La Paramount décide alors de leur laisser davantage de liberté. Aï Aïe Aïe !!!
  3. Avec «Monkey Business» (1931), les Marx Brothers quittent New York et les studios Astoria pour s'installer à Hollywood. Bénéficiant d'un script spécialement écrit pour le cinéma par S. J. Perelman, les frères ne manquent pas d'y apporter leur délire chronique. C'est dans ce film que, passager clandestin, Zeppo s'empare du passeport de Maurice Chevalier.
  4. «Horse Feathers» (1932), satire du système éducatif américain, est truffé de répliques jugées scandaleuses pour l'époque ("Je vais rentrer chez vous pour m'occuper de votre épouse et, hormis l'amélioration, elle ne s'apercevra de rien" !). L'histoire se termine par le mariage des trois frères aînés (Zeppo devant d'abord terminer ses études) avec la même femme !
  5. Le dernier film des Marx pour la Paramount, «Duck Soup» (1933) est aussi l'un des plus célèbres. A cette époque où Hitler prend le pouvoir en Allemagne (Harpo change son prénom civil d'Adolph en celui d'Arthur), et ou la situation économique aux États-Unis est catastrophique, le film ne manque pas de relents anarchistes. C'est sûr, les Frères Marx prennent des risques. Mussolini ordonne à son peuple de ne pas rire aux répliques des loufoques américains. C'est gagné ! C'est dans cette «Soupe au Canard» que Chico, puis Harpo, se griment en Groucho, lequel reprend le fameux sketch du miroir, déjà donné par Max Linder…

    Le film connut un succès médiocre et marque la fin de leur contrat avec la Paramount. Zeppo, lassé de jouer les utilités, quitte le groupe pour se lancer dans “les affaires”.

  6. Irving Thalberg, de la Metro Goldwyn Mayer, reprend en mains la destinée du trio. "Vous apportez le rire, j'apporte le scénario". «A Night at the Opera» (1935) comporte la fameuse scène de la cabine d'un navire dans laquelle s'entassent 15 passagers. Le film est souvent considéré comme le sommet de leur œuvre.
  7. The Marx Brothers«La soupe au canard» (1933)
  8. «A Day at the Races» (1937), également réalisé par Sam Wood, est une réplique de l' oeuvre précédente. Pourtant, les trois scénaristes (Robert Pirosh, George Seaton et George Oppenheimer) n'avaient jamais travaillé pour les Marx. Englués dans le système Thalberg, les comédiens tournèrent des versions d'essais à l'issue desquelles on demandait au public de voter pour ses répliques préférées, le montage final tenant compte des résultats. Mais placer les Marx sur un champ de courses, c'était mettre des poissons dans l'eau !

    Irving Thalberg décède le 14-9-1936, trois semaines après le début du tournage. Ne sachant trop que faire des Marx, la MGM les prête à la RKO.

  9. Dans «Room Service» (1938), les Marx retrouvent un monde clos (un hôtel) et tentent de s'insérer dans un monde qui n'est pas le leur, mais celui d'une pièce à succès. Groucho reconnut : "Nous avons été mauvais parce que nous n'étions pas nous-mêmes. Nous ne recommencerons jamais plus". Toutefois, le film fut un succès.
  10. «At the Circus» (1939), avec encore Margaret Dumont, est l'occasion pour Groucho de jouer au détective. Penché en avant, une loupe à la main, il est sur la trace d'un criminel, tandis que Harpo prononce enfin un mot: «Atchoum!».

    Produit par Mervyn Le Roy pour le compte de la MGM, cette œuvre marque le début de la fin pour l'inénarrable trio. Groucho lui-même, dans son autobiographie, fait part de sa lassitude pour le cinéma, et les critiques parlent de "redites"

  11. En 1940, «Go West» marque à nouveau, après «A Day at the Circus», l'intrusion des Marx dans un milieu déjà exploré par Chaplin, le Far-West. Groucho abandonne le haut-de-forme pour le bonnet de trappeur ou le chapeau mexicain. Si le film fut un succès, Groucho n'en déclare pas moins "Go West est probablement le dernier film que nous faisons ensemble".
  12. Margaret Dumont, pendue par les pieds dans «At the Circus», n'avait pas voulu participer à «Go West». Mais elle cède devant l'insistance du public et du trio infernal pour faire une dernière apparition dans «The Big Store» (1941). Placer les Marx Brothers dans un magasin, comme quatre éléphants, était pourtant une bonne idée. Mais la critique éreinta le film, parlant même de "chant du cygne". Le groupe décide de ne plus faire de cinéma.
  13. Harpo fait la tournée des camps militaires, Groucho travaille pour la radio, tandis que Chico, à la tête d'un orchestre, se produit dans des cabarets. Lorsque, en 1946, il décident de revenir à l'écran, c'est pour y adapter l'un des plus grands succès de ces dernières années, «Casablanca», l'œuvre interprétée par Humphrey Bogart et Ingrid Bergman sous la direction de Michael Curtiz. Mais la Warner, productrice du scénario original, s'oppose au projet. On trouva un arrangement d'autant plus facilement que le résultat, «A Night in Casablanca» (1946), on s'en doute un peu, ne pouvait être un plagiat de l'œuvre de 1943.

    Margaret Dumont, en retraite momentanée, fut remplacée par une actrice roumaine, Lisette Verea. Plus jeune que la précédente, Groucho lui déclare : "Je pense que vous êtes la plus belle femme du monde. - Vraiment? - Non, mais ça ne me gêne pas de mentir, si ça peut me rapporter quelque chose !"

    A nouveau, les critiques furent partagées, et les frères se remirent en retraite du cinéma.

  14. Une retraite interrompue trois ans plus tard pour le tournage de «Love Happy» (1949). Sur un sujet de Harpo lui-même, le film est entré dans l'histoire par son apparition d'une jeune starlette, alors dans son quatrième rôle, Marilyn Monroe. Ce qu' à l'époque personne ne semble avoir remarqué (phrase absurde, mais c'est le sujet qui le veut !).

    Pour la première fois, les trois frères ne se retrouvent jamais dans un même plan. Groucho, pris par ses activités à la télévision, n'apparaît là que brièvement. Quant à Chico, mal à l'aise sans la présence de Groucho, il nous console avec son piano. Dans cette dernière œuvre, Harpo, véritable vedette du film, fait encore souffrir son vieil imperméable, qu'il remplit de boîtes de conserves.

    La carrière des Marx Brothers s'achève avec l'image de Harpo qui s'éloigne dans la nuit, muet, comme Charlot dans «Les temps modernes».

L'éternité, et après ?

The Marx BrothersLes Marx Brothers dans les années '50

On vit pourtant réapparaître les frères Marx, séparément, dans «The Story of Mankind», ainsi que dans un sketch télévisé.

Contrairement à d'autres groupes comiques, ils restèrent très unis jusqu'à la fin de leurs vies respectives. Ainsi, lors du décès de Harpo, Groucho manifesta l'étendue de sa peine dans une lettre touchante.

Groupés autour de Hollywood, ils diversifièrent leurs activités de manière individuelle…

  • Julius HenryGroucho Marx, le plus “corrosif” des quatre frères, se maria a 3 reprises et divorça autant de fois. Il eut trois enfants de sa première union (1920/1942) avec Ruth Johnson. Kay Marvis (1945/1951), une jolie danseuse, fit quelques apparitions à l'écran, notamment aux côtés de son mari (sans ses beaux-frères) dans «Copacabana» (1947) et lui donna une fille, Melinda. De 35 ans sa cadette, Eden Hartford tâta également du cinéma.

    Groucho passa les années cinquante à faire le maître de cérémonies pour la série télévisée «You Bet Your Life». Il trouva aussi le temps d'écrire plusieurs volumes de souvenirs et de collaborer avec Norman Krasna à la création d'une pièce comique, «Time for Elizabeth», dont il tint le rôle principal.

    “Retiré” à Beverly Hills, il y mourut le 19-8-1977.

  • LeonardChico Marx, l'aîné de la fratrie et celui qui ouvrit au groupe les portes de la gloire, se maria à deux reprises. Sa première épouse (1917/1940), Betty Carp, lui donna une fille, Maxine, qui fit trois petites apparitions à l'écran. En secondes noces, il épousa (1958), pour le meilleur et pour le pire, Mary de Vithas, une femme bien plus jeune que lui.

    "Accro" au jeu, il laissa souvent des dettes derrière lui, et dut “taper” ses frères pour l'aider à les éponger ! La police trouva sa trace dans des papiers saisis à la mort de Bugsy Siegel, tenancier de plusieurs tripots clandestins.

    Comme à l'écran, il resta toujours très proche de Harpo. Egalement “retiré” à Beverly Hills, il mourut le 14 octobre 1962, à l'âge de soixante-dix ans.

  • Célibataire endurci, Adolph ArthurHarpo Marx finit par épouser Susan Fleming, une actrice qui abandonna sa carrière pour lui. Il devint bientôt le papa-gâteau de quatre enfants adoptifs. Il fit construire une superbe propriété du côté de Palm Springs, "Rancho Harpo" où toute la famille pouvait goûter les joies de l'équitation. Il continua de donner des récitals ou des spectacles privés en compagnie de Chico. Lorsqu'une crise cardiaque “douce” le poussa à prendre sa retraite, il se consacra à sa grande passion “civile”, plus reposante, la peinture.

    En 1961, il rédigea un remarquable ouvrage autobiographique, «Harpo Speaks !».

    Il mourut en 1964, également à l'âge de soixante-dix ans.

  • Après avoir quitté le groupe, HerbertZeppo Marx, au nez long comme le bateau de Tabarly, monta une agence artistique sur la Côte Ouest. Parmi ses nombreux poulains figuraient les Marx Brothers. Poulains qu'il abandonna pour se lancer dans l'élevage de pur-sang. Ayant le sens des affaires, il acheta et revendit de nombreuses sociétés, se retrouvant bientôt à la tête d'une grosse fortune.De son premier mariage (1927/1954) avec Marion Benda, il eut un fils. Il épousa en secondes noces (1959/1973) Barbara Blakeley, un joli mannequin.

    Il fit encore quelques rares apparitions à la télévision avant de prendre sa retraite. On le vit longtemps arpenter les champs de golf autour de Palm Springs, où il mourut le 30-9-1979.

  • Documents…

    Sources : «The Marx Brothers at the Movie» de B. Goldblatt et P. Zimmerman, «Harpo Speaks !», de Harpo Marx, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

    Citation : "Hollywood ? Une plantation d'orangers où se promènent des acteurs au chômage." Groucho Marxs

    Christian Grenier (décembre 2011)
    Lettre de Groucho Marx à Betty Compden…

    Ayant travaillé avec Harpo durant quarante ans, ce qui est beaucoup plus long que la plupart des mariages, sa mort a laissé un grand vide dans mon existence.

    Il méritait tous les merveilleux adjectifs que l'on a utilisés pour le décrire.

    Il adorait la vie et il la vécut joyeusement et profondément.

    "Les Marx Brothers au cinéma" (1972)

    Ed.7.2.1 : 9-11-2015