Nino MANFREDI (1921 / 2004)

… ou la comédie des sentiments…

… ou la comédie des sentiments… Nino Manfredi

Avec Vittorio Gassman, Alberto Sordi et Ugo Tognazzi, Nino Manfredi peut être considéré comme l'un des quatre mousquetaires de l'âge d'or de la comédie italienne.

Plus sobre et plus fin que ces camarades du quatuor, il en demeure également le plus discret.

Il n'en conçut pas moins un personnage singulier du genre, victime chronique de la société productiviste qu'il parvient à retourner à son avantage, sans crainte d'utiliser les moyens les plus inavouables pour tirer son épingle du jeu socio-économique contemporain.

A ce titre, il ravit quelques un des plus grands réalisateurs transalpins des années 60/40: Dino Risi, Ettore Scola, Luici Comencini, etc.

Mais voyons cela de plus près…

Christian Grenier

Avant Cinecitta…

Nino ManfrediLa commune de Castro dei Volsci

Né le 22 mars 1921 à Castro dei Volsci, près de Rome, Saturnino Manfredi est issu d'une famille de paysans.

Dans les années 30, sa famille s'installe à Rome pour y trouver un travail plus sûr. Très fragile, le jeune Nino, atteint d'une pleurésie, fait plusieurs séjours à l'hôpital.

Très tôt, il devient membre de la troupe de comédiens amateurs d'une paroisse romaine. Mais, pour faire plaisir à papa, il s'inscrit dès 1941 à l'université de Rome où il poursuit des études de droit. Diplôme en main, il s'engage… dans le maquis jusqu'à la fin de la guerre.

Après la fin des combats, Nino Manfredi revient vers la comédie, tout en exerçant de petits boulots (chauffeur pour l'armée américaine, assureur,…). Après avoir suivi les cours de l'école d'Art Dramatique de Rome, il est engagé par plusieurs compagnies milanaises, comme celle de Vittorio Gassman, ou le Piccolo Teatro de Milan,fondé en cette année 1947 par Giorgio Strehler.

Parallèlement, le jeune acteur se produit à la radio et réalise de nombreux doublages pour le cinéma: Gérard Philipe (version italienne de «Fanfan la Tulipe»), ou encore Marcello Mastroianni, dont la voix déplaisait à certains producteurs. C'est ainsi que l'on peut entendre Manfredi dans les versions originales des films «Paris est toujours Paris» ou «Le ragazze di Piazza si Spagna» (1951).

Peu auparavant, les deux amis s'étaient “disputé” la même femme, Flora Carabella, première épouse de Mastroianni.

Débuts à Cinecitta…

Nino Manfredi«Hold-Up à la milanaise» (1959)

Les débuts cinématographiques de Nino Manfredi remontent à 1947 et «Monastero di Santa Chiara», une petite bande de Mario Sequi.

Passées quelques oeuvres sans importance, l'acteur traverse la première partie de sa carrière cinématographique à l'ombre de grands comédiens comme Alberto SordiAlberto Sordi («Canzoni, Canzoni, Canzoni» en 1953, «Lo scapolo» en 1955) ou encore TotòTotò («Totò, Pepinno e la mala femmina»" en 1956).

Si «Les amoureux» de Mauro Bolognini (1955) est le premier film important de sa longue filmographie, il lui faut attendre 1957 et «Camping», la première réalisation, parfois amusante, de Franco Zeffirelli, pour le voir enfin en tête d'affiche.

Au cours des années 60, Nino Manfredi devient l'un des piliers de la comédie italienne, travaillant avec ses principaux représentants: Dino RisiDino Risi (à 7 reprises entre 1957 et 1969), Luigi ComenciniLuigi Comencini («A cavallo della tigre» en 1961, «Italian secret service» en 1968), et déjà Ettore ScolaEttore Scola («Riusciranno i nostri eroi a rotrovarei l'amico misteriosamente scomparso in Africa ?» en 1968).

Plus sobre que celui d'Alberto Sordi, plus franc que celui d'Ugo TognazziUgo Tognazzi, le personnage incarné par Nino Manfredi commence à prendre forme et place dans l'histoire du cinéma italien: un prolétaire victime de la société moderne, écrasé par la vie ou ses compatriotes, mais qui finit souvent par retourner la situation à son avantage.

En 1969, Dino Risi lui permet de montrer toute l'étendue de son talent dans «Vedo nudo», où il interprète 7 personnages dans tout autant de sketches.

L'âge d'or…

Nino Manfredi«A cheval sur le tigre» (1961)

Dès 1957, pour le «Camping» déjà cité, Nino Manfredi a mis la main à la pâte et la plume dans l'encrier, participant à l'écriture des scenarii de certains de ses films. En 1962, il réalise le sketch de «L'amore difficile» dans lequel il apparaît, «L'avventura di un soldato». En 1971, il dirige son premier long métrage, «Per grazia riceveta», une satire féroce de la bigoterie superstitieuse qu'il faut voir à tout prix, si ce n'est déjà fait. Le film lui vaut d'ailleurs les remontrances du Vatican : c'est une référence, tout de même !

Manfredi reviendra à la réalisation en 1981, reprenant une direction par lui retirée à Alberto Lattuada pour terminer «Nudo di donna», errance vénitienne d'un couple qui cherche à se reconstruire.

En ce début des années 70, la comédie italienne est à maturité. Manfredi en est l'un de ses piliers : «Roma bene» (1971, Carlo Lizzani), «Brutti, sporchi, cattivi» (1976, Ettore Scola), «In nome del Papa Re» (1977, Luigi Magni) font partie de ses plus beaux lauriers. Mais comment ne pas mettre en exergue ses performances dans «Pane e cioccolato» (Franco Brusati, 1973), le modèle du genre que fut «C'eravamo tanto amati» (Ettore Scola, 1974), et le «Cafe express» de Nanni Loy( 1979) ?

De choses et d'autres…

Nino Manfredi«La luz prodigiosa» (2002)

Artiste polymorphe, Nino Manfredi a participé, outre sa carrière théâtrale, à plusieurs revues de music-hall. Son premier succès du genre fut «Un trapezo per Lisistrata» en 1959. En 1962, il donne «Rugantino» à Broadway, puis à Buenos-Aires. Il se lancera également dans la chanson, participant au Festival de San Remo (1969), avant d'enregistrer plusieurs microsillons.

A l'aube des années 80, La télévision “de Berlusconi” détruit peu à peu le cinéma transalpin. Ses grands comédiens ont de plus en plus de mal à se faire entendre. Nino Manfredi est de ceux là. A contrecœur sans doute, il se tourne vers le petit écran.

Il peut néanmoins faire preuve de l'étendue de ses qualités de comédien tragi-comique, face à la toujours belle Stefania Sandrelli, dans le merveilleux film de Luigi Magni, «Secondo Ponzio Pilato» (1987).

A l'automne 2003, le Festival de Venise lui a décerné le Prix Bianchi pour l'ensemble de sa carrière.

Marié en 1955 au mannequin Erminia Ferrari, Nino Manfredi est le père de trois enfants, dont Luca Manfredi qui lui offre, en 1997, un de ses derniers rôles («Grazie Di Tutto»).

Hospitalisé en décembre 2003 à la suite d'un accident cérébral, il décède six mois plus tard.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Nous nous sommes tant aimés…"

Citation :"Je m'arrêterai le jour où je ne ferai plus rire…" (Nino Manfredi)

Christian Grenier (août 2004)
Ed.7.2.2 : 22-11-2016