Jacqueline MAILLAN (1923 / 1992)

Folle Jacqueline !

Jacqueline Maillan

Jacqueline Maillan fut certainement la première actrice française d'après-guerre à avoir abordé tous les aspects du métier de saltimbanque. Cabaret, théâtre, chanson, cinéma, télévision n'ont pas échappé à sa boulimie de travail au service de la joie.

Celle que l'on a qualifiée trop souvent de “De Funès en jupons” fut, au contraire du Gendarme, bien plus gratifiée par sa carrière théâtrale que par ses apparitions cinématographiques. Capable à elle seule de porter une pièce à bout de rires, elle nous a appris que, malgré le sablier du péché originel, nous restons toute notre vie de grands enfants.

Christian Grenier

Les vertes années de Jacqueline…

Jacqueline MaillanL'Olympia 1958

Jacqueline Maillan est née le 11-1-1923, à Paray-Le-Monial, petit bourg de Saône-et-Loire, où son père exerçait la respectable profession d'ingénieur des chemins de fer. Mais papa est muté à Saint-Etienne où Jacqueline passe son enfance.

Peu assurée quant à son orientation professionnelle, la jeune fille suit des courts de droit à l'Université de Grenoble, étudie un temps la puériculture, tout en tenant un poste de secrétaire chez un pharmacien.

D'un naturel plutôt enjoué, elle a l'occasion de monter sur scène au cours d'une soirée étudiante, se découvrant ainsi une vocation de comédienne. Aussi, lorsqu'en 1944 la famille s'installe à Paris, Jacqueline s'inscrit aux cours d'art dramatique de Tonia Navar, puis de René SimonRené Simon. Son compagnon de classe, Pierre MondyPierre Mondy, la recommande à George Vitaly et la voici en tournée sur les routes de France, dans «Le médecin malgré lui» et «Les Boulingrain» (1948).

Jacqueline, artiste polymorphe…

Jacqueline Maillan«Madame Sans-Gêne»

A cette époque, l'humoriste en herbe, tout en continuant à apparaître sur les planches («Les belles bacchantes»; avec Robert DhéryRobert Dhéry, «Sacré Léonard», avec Jean Poiret et Michel Serrault…), se produit également au cabaret «L'Amiral»;, côtoyant notamment Francis Blanche, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault et le duo ami, Poiret et Serrault.

En 1955, Jacqueline Maillan fait sa première apparition sur la scène de l'Olympia pour un spectacle de chansons et de sketches humoristiques, écrits en compagnie de son jeune époux Michel Emer. La grande salle parisienne l'accueillera à nouveau, avec le même succès, en 1968.

La même année, remarquée par Pierre Brasseur, elle est retenue pour interpréter Anouilh au théâtre de la Huchette dans une pièce mineure du célèbre dramaturge, «Ornifle» (1956) , avant de donner une représentation du fameux duo boulevardier Barillet et Grédy, «Le Chinois»;.

En 1959, François Périer est son partenaire dans «Gog et Magog», au théâtre de La Michodière, adaptation française d'une pièce américaine dont Michel Emer compose la musique, tandis qu'en 1961, elle donne la réplique à Jean Poiret dans la célèbre pièce de Georges Feydeau, «On Purge Bébé».

C'est en 1964 qu'elle triomphe dans une comédie de Marcel Mithois, «Croque-Monsieur», aux côtés de Henri Virlojeux, pièce dont elle donnera plus de 1700 représentations!

L'humoriste se fait également connaître par le truchement de la télévision lorsque Jean Nohain célèbre «La joie de vivre de Jacqueline Maillan» (1959). Plus tard, ses apparitions dans «Les grands enfants», en compagnie des amis de toujours - Jean Poiret, Michel Serrault, Jean-Pierre Darras, Sophie Desmarets,… - nous valurent des moments de franche gaité. Pour la série «Au théâtre ce soir», on la vit également interpréter «La facture» (1968), «Madame Sans-Gêne», (1971), «Féfé de Broadway», «Folle Amanda» (1983), «Potiche» (1983)… Enfin, elle crée pour Jean-Michel Ribes le personnage de Luciane, la directrice du laboratoire hôtelier de «Palace».

Ses “one-woman-chaud” attirent également le public parisien. En 1984, elle donne «J'ai deux mots à vous dire», spectacle dans lequel elle en dit bien davantage, tandis que Pierre Palmade lui écrit ce qui restera son dernier spectacle, «Pièce montée» (1992).

Jacqueline fait son cinéma…

Jacqueline Maillan«Pouic-Pouic» (1963)

Après une courte figuration dans «Si Versailles m'était conté» de Sacha Guitry - mais je crois également l'avoir identifiée dans un épisode du «Mouton à cinq pattes»… qu'en dites-vous ? - , Jacqueline Maillan débute véritablement au cinéma en 1954 dans un film de Henri Decoin, «les intrigantes», aux côtés de la toute jeune Jeanne MoreauJeanne Moreau. On la voit ensuite apparaître dans quelques comédies, dont l'adaptation cinématographique des «Belles Bacchantes» (1954). Plus étonnante est sa participation au film dramatique de René Clair, «Les grandes manoeuvres».

Au cours des années cinquante, il faut bien le reconnaître, le cinéma ne lui permet pas d'affirmer tous ses talents. S'il faut noter quelques apparitions dans les innombrables comédies plus ou moins oubliées de la décénnie suivante («Les bricoleurs» (1962), «Tartarin de Tarascon» (1962), «Les veinards»,…), il faut attendre «Pouic-Pouic» (1963), pour voir “La Maillan” tenir un film sur ses épaules, face à un Louis de Funès qui n'a pas encore l'autorité du gendarme qu'il deviendra l'année suivante.

L'expérience des premiers rôles se renouvelle avec «Monsieur le Président Directeur Général» (1966) et «Appelez-moi Mathilde» (1969, réalisé par l'ami Mondy), oeuvres loin d'être inoubliables mais dans lesquelles la bonne humeur de notre comique ne cesse d'être communicative. Car Jacqueline Maillan fait partie de ces grands maître du rire français, tels Francis Blanche, Darry CowlDarry Cowl, Michel Galabru, Poiret et Serrault... , qui sortent toujours la tête haute des plus grands champs de navets.

Plus intéressantes furent ses participations à quelques films réalisés par Jean‑Pierre MockyJean-Pierre Mocky, lui permettant d'élargir son registre artistiqu. Dans «Y-a-t-il un Français dans la salle» (1982), elle donne une remarquable composition du personnage de Mme.Fluck créé par Frédéric Dard. Mocky Le Prolifique fait à nouveau appel à elle pour revivre «Les saisons du plaisir» (1987), passer «Une nuit à l'Assemblée Nationale» (1988) et l'embarquer dans une «Ville à vendre» (1992). Entre temps, Serge Korber lui aura fait partager la vedette de son film «A notre regrettable époux» (1987) avec l'actrice italienne Alida Valli.

Le rire communicatif de “Folle Amanda” s'est éteint le 12-5-1992, deux mois après celui du compère Jean Poiret.

Rideau

Documents…

Sources : INA, FR3, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Il y a deux choses que j'aime dans la vie, c'est travailler et rire."

Jacqueline Maillan
Jacqueline Maillan…
Christian Grenier (juin 2005)
Ed.7.2.1 : 9-11-2015