RELLYS (1905 / 1991)

… un tendre clown provençal

Rellys

Dans notre cinéma, il est des artistes bien aimés, les chouchous du public… Ainsi, Pierre Larquey, René Génin, Jean Tissier, Maurice Biraud et bien d’autres…

Rellys est de ceux-là. Bien des gens évoquent à leur propos des anecdotes attendrissantes, drôles et joyeuses… et vous pouvez m’en croire, c’est un vrai plaisir de composer un dossier sur de tels comédiens !

Rellys fut aimé de tout le monde : Marcel Pagnol et toute sa bande, Fernandel, Vincent Scotto et Alibert, Pierre Fresnay, Luis Mariano, Fernand Sardou et même le grand clown Grock… Tous ont été ses amis… Tous lui ont témoigné leur affection. Alors ensemble, "tout au long de la corniche", ou bien dans "un petit cabanon pas plus grand qu’un mouchoir de poche", retrouvons cet artiste tendre et attachant…

Aujourd’hui peut-être…et sûrement demain…

Donatienne

L'enfance, la voilà…

RellysRellys

"J’ai toujours été un boute-en-train ! En naissant, je fis une grimace si comique que la sage-femme faillit me faire choir tellement elle riait"!

C’est ainsi que se présente Henri Marius Roger Bourelly né à Marseille, 18, rue Guibal, le 13 décembre 1905. Il est le 3e de la famille après une grande soeur Germaine, et un grand frère, Marcel. Son père est un modeste contremaître dans une entreprise de plomberie, membre également d’ un orchestre de joueurs de mandoline. Par ailleurs, ce papa est le vice-président d’un club de tourisme qui, le week-end, organise des excursions.

Le petit Riri qui, à l’époque, a 10 ans, part donc chaque dimanche au bord de la mer, et à la fin des pique-niques, il pousse la romance, comme ce succès de Paulin :

"Elle a de jolis yeux bleus comme la pervenche, La Suzon"
Petites mains, petits pieds, petites dents blanches, La Suzon…"

Côté scolaire, c’est un écolier insupportable, qui exaspère ses maîtres. Il est même renvoyé du lycée Thiers. Mais c’est tout de même un gentil gamin. Il est à la tête de la bande de copains du quartier qui se déplacent en chantant. "Té! C ’est la bande au petit Riri!" disent les voisins .

Que faire d’un tel loustic ? Jeune adolescent, on le place apprenti chez un pâtissier. C’est ainsi que lui vient le surnom de Brioche. "Quand j’avais fini ma journée, je prenais ma revanche…je chantais en amateur de-ci de-là ! J’allais à l’Alcazar où chaque semaine se déroulaient des concours amateurs".

On tourne au cabanon !…

RellysRellys

Les années passent. Henri continue à chanter et à faire le clown par la même occasion: "Je fis l'emplette, rue Sainte-Barbe, d'un uniforme de Tourlourou et je fis un malheur en chantant ‘C'est Suzette’. J'obtins le premier prix".

Puis vint l'heure du service militaire.

Au retour, direction L'Alcazar! Le jeune Henri s'est trouvé son nom de scène après bien des hésitations… Bourelly ? Rellibou ? Libourry ?… Non, tout ceci ne sonne pas bien. Finalement il retient Rellys, qui a le bonheur de plaire à sa maman: "Je commençais à faire l'artiste, mon beau rêve se réalisait !"

Pour ses débuts, il part en tournée dans le sud de la France et en Afrique du Nord. Il chante, fait le clown et se fait la voix. Il a du succès…

En 1933, René Pujol, conseillé par Alibert, l'engage pour l'opérette filmée «Au pays du soleil». On invente un personnage supplémentaire exprès pour lui! "J'étais un plongeur d'auberge assez ahurissant, une sorte de “fada” tatoué et brèche-dent, avec une allure impossible, portant un tricot noir trop long et un chapeau de feutre enfoncé jusqu'aux oreilles".

Suivront d'autres films du même genre comme «Trois de la marine» où il a Charpin pour partenaire.

Première rencontre avec Pagnol pour un petit rôle de concierge dans «Merlusse». C'est un peu mieux qu'une figuration mais ce n'est pas encore un rôle important: il arrose un couloir avant de balayer en chantant «Marinella» de Tino Rossi. Le tournage eut lieu dans le lycée Thiers d'où il avait été renvoyé ! Un clin d'œil du destin ? En tous cas, ce petit rôle suffira à Marcel Pagnol pour être convaincu du talent de Rellys; il fera appel à lui plus tard. En attendant, le fantaisiste commence à cotoyer toutes cette bande d'acteurs méridionaux de talent : Henri PouponHenri Poupon (Merlusse lui-même), ThommerayThommeray, André PollackAndré Pollack et le jeune de l'époque, Jean CastanJean Castan

Du tournage de «Le cantinier de la coloniale», il garde surtout le souvenir de l'acteur Saturnin FabreSaturnin Fabre "… impayable dans le rôle du capitaine, et racontant des histoires terribles… ".

Vient ensuite toute une série de films-opérettes comme «Un de la Canebière». Film au charme désuet, opérette méridionale sur une musique de Vincent Scotto. Tout le monde connaît «un petit cabanon pas plus grand qu'un mouchoir de poche…». Rellys y joue Pénible, affublé d'une vieille robe noire, d'un fichu, de grosses lunettes, pour figurer la tante Clarisse de Barbentane! Son rôle sera repris plus tard, dans les années 50 par Michel Galabru, sous le titre de «Trois de la Canebière».

Après avoir vu «Titin des Martigues», le célèbre clown GrockGrock vient le féliciter alors qu'il se produit sur scène à l'Odéon à Marseille: "Vos mimiques sont très drôles… oui vraiment très bonnes". Rellys: "C'est avec des larmes aux yeux que j'ai déclaré à ma mère : Tu sais maman, je viens de voir le plus grand clown du monde, et il est venu pour me faire des compliments".

Narcisse, Tabusse…

RellysMonique Rolland et Rellys dans «Narcisse» (1939)

Nous sommes en 1937 et Pagnol vient d’écrire «La femme du boulanger». Après avoir songé à Maupi comme premier rôle, il voit Rellys qui connaît le métier. L’auteur sait combien la vérité des gestes compte. Marcel est convaincu, depuis «Merlusse», du talent de Rellys et il veut lui donner une chance. Mais le projet ne tient guère qu’une petite semaine… C’est que devant la grandeur du rôle, chacun sait bien qu’il n’y en a qu'unRaimu pour interpréter le boulanger trompé et si humain…

C’est aussi dans ces moments-là que le producteur Ayres d’Aguiar lui déclare : "Je vais essayer de faire de vous une vedette de cinéma. Êtes vous d’accord?". D’un film anglais intitulé «It is in the Air», d’Aguiar fit «Narcisse», qui remporta un gros succès commercial. Participaient à l’aventure Gabriello, Georges Grey (l’amoureux de la fille du puisatier) et la blonde Monique Rolland. Le film sortit à Paris en juillet 1939…

1939. Rellys n’a pas le temps de savourer son succès : la mobilisation l'appelle…

A son retour, il tourne «Frederica» (1942), avec Elvire Popesco et Charles Trénet. "Trénet était adorable. Je regrette seulement qu’on ne m’ait pas laissé chanter un duo avec lui… Elvire Popesco fut charmante".

D’autres films… A cette époque, las de jouer les comiques, il envisage de changer de répertoire . Il aimerait des rôles plus graves, plus en nuance. On lui propose d’incarner le valet Turlot dans «Roger-la-Honte», aux côtés de Maria Casarès, Lucien Coëdel, Gabriello et Paulette Dubost. Il en tournera également la suite, «La revanche de Roger-la-Honte».

En 1948 et 1949, grâce à son interprétation de Croquignol, il retrouve ses souvenirs d’enfance quand il lisait les aventures des Pieds Nickelés dans la revue "L’Epatant".

Mais c’est «Tabusse», d’après le roman d’André Chamson, qui sera son plus grand rôle, en attendant Ugolin de Pagnol. "C’était mon premier rôle dramatique. J’ai aimé Tabusse avec une affection telle qu’elle me faisait parfois pleurer pour de bon. Le petit-fils du vrai Tabusse est venu lui-même me serrer la main. Je ne saurai remercier Jean Gehret, le réalisateur, de la confiance qu’il a mise en moi.".

Evoquons encore «Vient de paraître», pour lequel il fut choisi par Pierre Fresnay lui-même. Quelle fierté pour lui !

Ugolin, Le Père Gaucher, et quelques autres…

RellysUgolin des collines

Le début des années 50 va être son époque Pagnol. Celui-ci va faire de lui son Ugolin, amoureux de Manon - Jacqueline Pagnol dans «Manon des sources», rôle que reprendra plus tard Daniel Auteuil. L'instituteur d'Aubagne lui a taillé son texte sur mesure.

Tout le monde connaît l’histoire. Mais souvenons-nous que le rôle était prévu au départ pour Fernandel. On a en mémoire, bien sûr, son "C’est quand il remet l’eau ?", répété à plusieurs reprises au sein d'un conseil municipal présidé par Fernand Sardou. Rellys décroche enfin ses galons de grand acteur; sa déclaration d’amour hurlé à tous les vents constitue un morceau d’anthologie !

Il devient alors, et restera toujours, un ami très cher de Pagnol. Pendant le tournage il sera hébergé chez lui dans la grande maison Matheron louée pour le film par la tribu “pagnolesque”. Avec Fernand Sardou, le soir au dessert, ils entonneront inlassablement: "Aujourd’hui peut-être… ou alors demain…". Pagnol adore…

En 1954, Rellys entre dans le personnage du révérend père Gaucher des «Lettres de mon moulin», aux côtés de Robert Vattier et de Fernand Sardou. Le sketch est tourné à l’Abbaye Saint-Michel de Frigolet. La prestation de Henri est irrésistible. Non sans finesse, il reconnaît que "devenir martyr en se faisant plaisir, ça ne doit pas être vraiment ça…" !

En 1955, il on le voit archer dans «La tour de Nesle» d’Abel Gance, tandis que «Arènes joyeuses» lui permet, en 1958, de rencontrer Fernand Raynaud.

Plus tard, il côtoie «Crésus» - Fernandel, le héros de l’œuvre de Jean Giono (1960). Fernandel qu’il retrouvera dans son dernier film «Heureux qui comme Ulysse».

Sa carrière très riche se poursuivra au cinéma et à la télévision avec des rôles plus ou moins importants jusqu’en 1978. On le verra dans des téléfilms comme «Nans le Berger» où il sera Nadji , fidèle à son patois provençal.

En 1974, il aura le chagrin de voir partir Pagnol. Il sera, bien sûr, à l’office de Saint-Honoré-d’Eylau mais aussi à la veillée de l’amitié, au domicile de l’écrivain, bouleversé et très peiné de ne pouvoir se rendre à la Treille, le lendemain, car il doit jouer «Les fausses confidences» de Marivaux, à Angers.

N’omettons pas d’évoquer , parallèlement à sa carrière sur les écrans, ses nombreuses apparitions sur les scènes d’opérettes («Freddy»,…).

Monsieur Rellys…

RellysRellys

Le talent de Rellys résidait surtout dans le côté “naïf au cœur tendre du personnage” qu’il avait créé et qui ressemblait au Laurel du célèbre tandem d’Outre-Atlantique Laurel et Hardy…. Il prenait parfois un air un peu perdu, voire ahuri, marquant souvent un temps de retard par rapport aux événements, mais son jeu était très émouvant, et attirait irrésistiblement une sympathie spontanée. Capable de jouer les anti-héros en leur donnant une place de choix, il savait de façon innée, dans les rôles plus graves leur donner une dimension humaine et naturelle.

L’Homme et sa vie privée

Gentil, modeste, cultivé (il lisait beaucoup et était très fier de sa bibliothèque), Rellys aura su s’attirer l’amitié de nombreux acteurs et metteurs en scène. Il tourna dans 7 films avec son grand ami Fernandel, Marseillais comme lui. Parmi d'autres amis, citons Andrex, AlibertAlibert, Robert Dhéry, Jean Parédes, Charles Trénet, Pierre Fresnay et Marcel Pagnol bien sûr. Impossible de trouver dans tous les témoignages que j’ai pu lire, un seul qui ne soit pas empreint de nostalgie douce, de tendresse, d’émotion.

Il avait épousé une jeune Marseillaise connue en tournée, Angèle Darty, qu’il appelait Loulou et qui lui donna trois enfants dont un fils, Rellys fils (que l’on aperçoit dans «Merlusse» où il figure un des petits pensionnaires) et deux filles, Michelle et Annie, pour qui il chantait volontiers ce petit couplet qu’il avait composé à leur intention :

"Michelle m’ensorcelle
Annie me ravit
La première est très belle
La deuxième m’a conquis
Et je me plais à partager
Mon cœur en deux moitiés"

"La famille Rellys était sereine et calme . Les filles […] ne se séparaient jamais de leur mère. Le papa était très fier de ses petites demoiselles et de leur bonne éducation. Bien que réservée, la petite famille Rellys n’était pas triste. L’artiste blaguait constamment sans éclat de voix, et, pleines d’admiration, ses “trois femmes” riaient de bon cœur. Avec Fernand Sardou, il avait souvent joué des opérettes de Vincent Scotto. Les deux hommes s’aimaient beaucoup" (Régine Hernou, «Monsieur Pagnol et son clan»).

Rellys s’était retiré dans sa ville natale, rue Borde. Il est décédé le 20 juillet 1991 à l’hôpital Ste Marguerite de Marseille. Il avait 86 ans.

Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre de sa ville natale tout près de ses compères Vincent ScottoVincent Scotto et Alibert, certainement pour fredonner ensemble en cachette, les petits refrains qu’ils aimaient tant… Sa tombe porte un messageRellys à l’image du personnage et qui prononce un merci éternel.

Rellys, un comédien attachant et charmant , humble et fidèle à son public.

A notre tour de vous dire Merci, Monsieur Rellys…

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je crois être venu au monde pour être acteur. Dès mon plus jeune âge, mon ambition était de 'faire l'artiste'."

Rellys
Donatienne (septembre 2007)
Ed.7.2.1 : 21-10-2015