Robert DHERY (1921 / 2004)

… Il était une fois Robert…

Prenom_Nom

Robert Dhéry et Colette Brosset sont restés main dans la main pendant près de 60 ans, après s’être connus sur les bancs du cours Simon.

Tous les deux avaient en commun, le goût de la farce, du rire, du gag… Ils auront ensemble monté une troupe, celles des célèbres "Branquignols", des spectacles, des revues, des films… Ils se seront exportés outre Manche, puis Outre Atlantique, avec le même bonheur et le même amour.

Parcourant leur carrière, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de regret. Certes ils ont eu beaucoup de succès mais a-t-on su apprécier à leur bonne valeur leur créativité, leur sens du gag, du comique de situation ? Ils ont lancé de nombreux fantaisistes de leur époque. Ils ont fait école !

Ils se sont rejoints pour toujours depuis que Colette a retrouvé Robert au royaume des clowns, le 1er mars 2007. Impossible de les séparer, ils ne l’auraient pas supporté !

Donatienne

Un chromosome en trop…

Robert DhéryRobert Dhéry

Robert Dhéry naît par hasard, lors d’un voyage de sa maman, à la Plaine Saint-Denis, le 27 avril 1921, Mais à peine né, bébé est ramené dans le petit village familial de l’Yonne, Héry. L’enfant est déclaré Robert Léon Henri Fourrey, le patronyme de son papa bien sûr. Héry lui donnera par la suite son nom d’artiste : Robert d’Héry…

Descendant d’une famille de meuniers, il traverse une enfance heureuse. Mais à l’école c’est un pitre, incapable de tenir en place : "Je suis né anormal, avec certainement un chromosome en plus, celui de la rigolade… ! A l’école, le maître abattait son poing sur le pupitre. Silence terrifié de la classe. Je pouffais, parce que j’imaginais l’encre jaillissant de l’encrier retomber sur sa tête et lui faire des moustaches !".

Il découvre la magie du monde du spectacle en assistant à une représentation du Cirque Fratellini : "J’veux rester avec eux !".

La messe dominicale l'attire tout autant: les cantiques, les cloches et le rituel l’impressionnent. Il s’en souviendra plus tard et n’hésitera pas à inclure des messes dans ses films, «La belle américaine» (1961), «Le petit baigneur» (1967) ou bien «Vos gueules les mouettes» (1967).

Avec quelques copains, il forme "la bande à Bicot", en référence au héros des albums dessinés de l’époque.

Il a 15 ans lorsque son père l’envoie passer une année en Angleterre. Pensionnaire chez Mrs. et Mr. Watson, un directeur d’école qui lui impose plusieurs fois par semaine des séances de cinéma dans la langue de Shakespeare, le jeune Robert apprend l'anglais en se divertissant avec Buster Keaton, Laurel et Hardy, Charlot et en se cultivant avec Laurence Olivier.

De retour en France, il lui faut envisager son avenir. C’est décidé, il sera Chaplin ou Olivier, carrément ! "Il faut que tu apprennes le métier" lui répond lucidement son père.

"Tu es un paysan élégant"…

Robert DhéryRobert Dhéry

A Paris, au Conservatoire Maubel, Robert apprend les rudiments du métier avec Dorival, de la Comédie Française. Un jour (1938), un certain René Simon, en visite, lui dit : "Viens donc me voir… Tu zozotes… Si je te fais jouer Britannicus, tu seras ridicule et tu amuseras tous les élèves !". Robert jouera «Britannicus» au Cours Simon, devant une classe écroulée de rire : "Mon vieux rêve, devenir clown, avait des chances de devenir réalité".

René Simon va révéler le comédien Robert Dhéry : "J’t’aime bien toi ! Tu es un paysan élégant !". Pierrot lunaire, clown, il est là pour donner la réplique à bon nombre de ses camarades. A cette époque, il fait la connaissance d’une charmante danseuse, Colette Brosset, un petit phénomène rigolo :"On est fait pour s’entendre" se plaît à dire Robert. Mais l’idylle n’est pas pour tout de suite…

En 1939, il a 18 ans, et envie de tout connaître. Peut-être veut-il échapper à la terrible actualité. Lors d’une nouvelle audition chez Simon, les directeurs du Théâtre des Mathurins, Jean Marchat et Marcel Herrand, le remarquent et “se l’adoptent”. Il est leur pensionnaire pendant deux ans, pour de petits rôles, certes, mais qui lui permettent de préparer l’entrée au Conservatoire. Chez eux, il fait la connaissance de Jean CarmetJean Carmet. Jeune premier comique, il a souvent comme partenaire une débutante "aussi vive qu’une souris", Odette Joyeux.

La gentille petite blonde…

Robert DhéryRobert Dhéry

Robert apprend beaucoup d’un autre maître, Raymond Rouleau. Engagé au théâtre Hébertot, il joue un rôle délicat dans une pièce difficile, «Mon royaume est sur la terre». Plus question de faire le pitre ! Alors pour se défouler, il invente des farces dans les coulisses avec Renaud MaryRenaud Mary, son copain du Cours Simon.

Il ne perd pas pour autant Colette de vue et commence enfin à lui faire la cour. Prétendant timide, il lui fait des confidences, lui parle de l’ambiance du théâtre ; la gentille petite blonde se laissera petit à petit apprivoiser.

Un bonheur ne venant pas seul, Robert est reçu à l’entrée au Conservatoire (1942), classe de Béatrix DussaneBéatrix Dussane : "Je n’étais pas dupe, j’étais une utilité".

Parmi ses camarades, il compte Daniel Gélin et Daniel Ivernel, mais aussi Jacques-Henri Duval, Héléne Bossis, Sophie Desmarets, Maria Casarès, Jacques Charon : "On s’entendait bien, Jacques et moi. Il me faisait la morale quand je manquais de sérieux… ! Je voyais aussi beaucoup Serge Reggiani et François Périer".

Lorsque Colette, à l'issue de sa première année d'études avec Louis Jouvet, rejoint le petit groupe, Béatrix Dussane prédit: "Robert et Colette, ça marchera !"

Les trois Socketts…

Robert DhéryRobert par Dhéry

Robert Dhéry sort du Conservatoire d'Art Dramatique gratifié d'un deuxième accessit. Durant ce temps, il aura été initié à la musique par Gérard Calvi du Conservatoire de Musique voisin. Il lui confie un jour son projet d’un numéro de trois clowns, avec Jacques Emmanuel et Christian Duvaleix. Le maquillage et le nom du trio, "Les trois Socketts", empêchent de le reconnaître. Calvi compose une musique et l’affiche est dessinée par un certain Pierre Sabaggh. Au petit Casino et à l’Etoile, le spectacle fonctionne bien. Le trio se produit également dans des cirques. Un copain, Francis Blanche, les présente à Charles Trénet qui leur ouvre la première partie de son spectacle à L’A.B.C.

André Barsacq engage Robert pour la pièce d'Alfred Adam, «Sylvie et son fantôme». Il y campe un fantôme, tout comme Raymond Segard, Christian Duvaleix et Alfred Adam. De son côté, Colette, joue au théâtre Marigny. Dès la fin du spectacle, fou d'amour, Robert enfourche son vélo pour la retrouver.

Les temps sont durs; les généreux parents de Colette accueillent toute cette jeunesse sympathique. "Chez Bouboute" (le père) devient le quartier général des Périer, Gélin, Blier, Charon, Reggiani et bien d’autres…

A cette époque, notre acteur décroche quelques petits rôles au cinéma qui lui permettent de gagner un peu d'argent : «Remorques» (1941) de Jean Grémillon, «Monsieur des Lourdines» (1942) où il retrouve Raymond Rouleau, «Les enfants du paradis» (1945).

Colette pour la vie

Robert et Colette se marient le 18 novembre 1943. Toute la classe du Conservatoire est présente. Le marié est en retard à cause d’une farce montée par Pierre Brasseuret Marcel Carné. Mais peut-on s'irriter d'une farce quand on a vocation de clown ?

Gérard CalviGerard Calvi au piano, Françoise Dorin, demoiselle d’honneur, au bras de Cricri Duvaleix, Jacques Emmanuel choisissant Maria Casares comme cavalière… Pas de doutes, ce fut un beau mariage ! Un mariage qui durera toute leur vie. Car, dès lors, leur histoire est commune…

Avec Colette, pour l'éternité…

Les deux dernières apparitions de Robert Dhéry pour le 7e art nous l’auront montré dans des rôles émouvants et graves : «Malevil» (1980) de Christian De Chalonge et «La Passion Béatrice» (1987) de Bertrand Tavernier.

Souffrant de problèmes cardiaques, Robert Dhéry nous a quittés le 3 décembre 2004. Sa dépouille repose à Héry, son petit village de l’Yonne où, trois ans plus tard, l’a rejoint sa chère Colette. Ils auront vécu plus de soixante ans, cœur contre cœur, formant un couple indestructible. Leur fille Catherine, médecin, leur aura donné la joie d’être grands-parents de Mathieu qui, à son tour les aura faits arrière-grands-parents.

Par ailleurs, Robert Dhéry est l’auteur de deux livres fort réussis, «Ma vie de Branquignol» (1978) et «Maleuil» (1981).

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Au fond qu'est-ce que je suis ? Un monteur de mayonnaise… Elle prend ou elle tourne !"" (Robert Dhéry)

Donatienne (mars 2009)
Ed.7.2.1 : 15-11-2015