Colette BROSSET et Robert DHERY

… Il était une fois les deux…

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Robert Dhéry et Colette Brosset sont restés main dans la main pendant près de 60 ans, après s’être connus sur les bancs du cours Simon.

Tous les deux avaient en commun, le goût de la farce, du rire, du gag… Ils auront ensemble monté une troupe, celles des célèbres "Branquignols", des spectacles, des revues, des films… Ils se seront exportés outre Manche, puis Outre Atlantique, avec le même bonheur et le même amour.

Parcourant leur carrière, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de regret. Certes ils ont eu beaucoup de succès mais a-t-on su apprécier à leur bonne valeur leur créativité, leur sens du gag, du comique de situation ? Ils ont lancé de nombreux fantaisistes de leur époque. Ils ont fait école !

Ils se sont rejoints pour toujours depuis que Colette a retrouvé Robert au royaume des clowns, le 1er mars 2007. Impossible de les séparer, ils ne l’auraient pas supporté !

Donatienne

Après les socquettes, les pieds nickelés !

Colette et Robert«Les aventures des Pieds Nickelés» (1947)

Nous voici à la fin de la guerre. Robert a envie de percer mais la période n'est guère propice. Grâce aux encouragements d’Alibert, il monte «Trois de la marine» et a la fierté de faire beaucoup rire Marcel Pagnol, Raimu et Charpin.

Paris est libéré, le cinéma aussi ! Quelques petits rôles se présentent, comme dans «Le merle blanc» 1944) : "J’étais un acteur d’omoplates, mais je gagnais ma vie en observant les monstres, et Saturnin Fabre en était un, inégalable !". Une ravissante partenaire débutante, Martine Carol, lui donne la réplique dans «En êtes-vous bien sûr ? ». Colette est également au générique.

Pierre Braunberger choisit Robert Dhéry pour incarner Filochard, aux côtés de Maurice Baquet (Ribouldingue) et de Rellys (Croquignol) dans le premier des deux épisodes tirés des histoires des fameux Pieds Nickelés (1947). A la demande du producteur, Robert assiste le metteur en scène.

Colette est encore de l’aventure. Pendant le tournage, le jeune couple a la belle idée de fabriquer leur petite Catherine. Beau succès également pour les films ! Enfin, le couple sort de l’anonymat. Suprême récompense, on fait appel à Robert pour mettre en scène BourvilBourvil à l’Alhambra. Celui, qui n’était qu’une voix à la radio, devient rapidement célèbre.

Les Branquignols…

Colette et RobertRobert, Catherine et Colette

Robert a écrit un texte loufoque, «Les gaufrettes». Il s’agit d’une série de sketchs où tout se “casse la gueule”. Après plusieurs refus, il le fait lire à Jean Richard. Celui-ci, une fois remis de ses rires, pousse Georges Herbert à monter le spectacle.

Gérard Calvi compose la musique, Francis Blanche écrit les chansons et tous les amis sont appelés en renfort. Une ravissante et toute timide Micheline Dax chante les couplets. A cette bande de copains se joignent Pierrette Rossi, la fille de Tino, Rosine Luguet, fille d’André, Christiane Minazzoli, mais aussi Raymond Bussières inséparable d’Annette Poivre.

Henri Bernstein, employeur de Robert, le traite de “Guignol” ! Voilà un nom pour remplacer «les gaufrettes» que personne n’a envie de conserver. Un jour, un oncle de Colette, assistant à la répétition, lance : "Robert ! il est un peu branque ton Guignol !" Merci tonton !

Le 20 avril 1948, au théâtre La Bruyère, la première des «Branquignols» est un moment épique ! Robert, metteur en scène, joue ailleurs, et c’est l'heure précise choisie par Catherine pour venir au monde ! Sur scène pourtant, tout se passe formidablement bien ! Quand Robert arrive, il annonce la naissance et mesure en même temps le succès de sa pièce ! C'est le bonheur ! Tous les acteurs se précipitent à la maternité pour embrasser Colette et le bébé. C’est cela, les Branquignols !

Le spectacle est surréaliste, complètement loufoque. Il se jouera plus de mille fois ! Bourvil, l’ami fidèle, prête Etienne Lorin, un de ses musiciens pour quelque temps. Celui-ci ne voulant plus repartir, Bourvil entre dans le jeu et, de temps en temps, sans prévenir, traverse la scène du théâtre La Bruyère en lançant à son musicien : "Je t’attends à la fin du spectacle » !".

Bientôt, un autre farfelu se joint à la troupe. Il s’appelle Michel SerraultMichel Serrault.

Laquelle troupe variera inévitablement avec le temps et les tournées…

Loufoque et Cie…

Colette et Robert«Ah! Les belles bacchantes !» (1954)

En 1949, Robert Dhéry adapte les «Branquignol» (s) pour le cinéma. Des noms viennent s’ajouter, comme ceux de Pierre Destailles, Raymond Souplex, Pauline Carton, Gabriello et Carette. Mais le film déçoit le public autant que le réalisateur : "il fut ce qu’il devait être : un machin sympathique, bricolé à la diable".

Les aventures “branquignolesques” se poursuivront sur la scène, avec «Dugudu» (musique de Francis Blanche), «Jupon vole» qui s’expatriera à Londres sous le titre de «La plume de ma tante» (750 représentations) avec un succès mémorable, y compris auprès de sa Très Gracieuse Majesté. Cette dernière impose qu’aucune coupure ne soit faite ! Les comédiens osent donc présenter le fameux numéro de la “pissotière” ! Queen Elisabeth et sa sœur Margaret n’auront aucune honte à avouer avoir bien ri !

La nouvelle revue du couple, «Ah! Les belles bacchantes !», révèle Louis de FunèsLouis de Funès avant de connaître une adaptation cinématographique (1954). On se souvient de la danse “jazzy” si inattendue des moines, une chorégraphie signée De Funès, Colette ayant créé celles des autres ballets.

Mais Robert et Colette ne se contentent pas de “branquignoler”. Lui réalise quelques films, comme «La patronne» (1949) avec Annie Ducaux, ou «Bertrand, cœur de lion» (1950) où ils apparaissent ensemble. Et surtout, ils décident de traverser l’océan Atlantique pour présenter «La plume de [leur] tante»

Les Branquignols à New York

Première à Broadway, au Forest Theater : réaction glaciale de l'audience ! Nos branquignols ignoraient que le public attendait la réaction des critiques pour se manifester, ce qu'ils firent positivement. "Nous étions inondés de bonheur", un bonheur qui s’accentua quand le lendemain, Robert constata une queue interminable devant le théâtre ! Le triomphe se transforme bien vite en un show télévisé, tandis que Robert Dhéry devient le “funny frenchman”. «La plume de ma tante» décrochera le Tony Award du meilleur spectacle musical de l’année 1959.

"Pourtant, au bout de 4 ans, nous avions mal à la France". Robert souhaite rentrer, Colette aimerait rester. "Nous nous aimions trop pour imaginer une séparation, même provisoire".

Le retour des Branquignols…

Colette et RobertColette et Robert

Le retour est difficile, le monde du spectacle ayant oublié les Branquignols.

Heureusement, le projet cinématographique de «La belle Américaine» (1961) remet les choses à leurs places. Le succès dépasse toutes les espérances ! En France d’abord mais ensuite partout dans le monde, jusqu’au Japon ! Robert devra refuser les suites qu’on ne manqua pas de lui proposer.

Il se souvient alors d’un rêve exprimé par l’ami “Fufu” : "Mon rêve serait de danser et chanter dans une comédie musicale". Ce sera «La grosse valse». Parfois, sur scène, Louis s’adresse au public et, parlant de Robert : "Regardez-moi cet imbécile…Il me fait rire, il me fait rire…" Le public était persuadé que ces mots figuraient dans le texte. 500 représentations au Théâtre des Variétés !

En 1964, une idée de Pierre Tchernia aboutit au film «Allez France». La troupe est à nouveau réunie : "Nos pitreries se vendirent bien"! «La communale» (1965) de Jean Lhôte , «Trois hommes sur un cheval» (1969) de Marcel Moussy et «On est toujours trop bons avec les femmes» (1971) de Michel Boisrond relèvent de cette catégorie.

Jean Carmet est l'auteur dune bonne partie des dialogues du «Petit baigneur» (1967) qui connaît un succès appréciable puisque 5,5 millions de spectateurs viendront rire aux exploits de Fourchaume / De Funès et de Castagnier / Dhéry, entourés de la bande habituelle.

Après 450 représentations sur scène, «Vos gueules les mouettes» (1974), une succession de gags à la manière des premiers triomphes, est une gentille moquerie des Bretons qui n’auront pas vraiment apprécié. Mais l'ensemble est si drôle…

En 1973, Colette réalise que les Branquignols ont 25 ans. Et si l’on remettait ça ? Bien sûr, tout le monde a 25 ans de plus, et certains, comme Jack Ary ou Roger Saget, ne sont même plus là… Mais quand on a un chromosome de plus et qu’il s’agit de celui de la rigolade , est-on contraint d’être sérieux ? Branquignol-bis restera à l’affiche deux ans.

Comme Béatrix Dussane l’avait prévu, Robert et Colette, ça a formidablement marché !

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Nous avons eu ce bonheur exceptionnel de nous aimer une fois pour toutes…" (Colette et Robert)

Donatienne (mars 2009)
Ed.7.2.1 : 15-11-2015