Danny KAYE (1913 / 1987)

… un Branquignol à Hollywood

Danny Kaye

Ce fut un clown, un tendre clown, un gentil doux-dingue, un Branquignol d’Outre-Atlantique, qui rencontra d’ailleurs Robert Dhéry et sa troupe aux USA !

Acteur, danseur, chanteur, mime, il fut très aimé du public du monde entier.

Retrouvons avec plaisir ce Zébulon survolté et imprévisible que fut Danny Kaye

Donatienne

un pitre à Brooklyn…

Danny KayeDanny Kaye

C’est dans le quartier de Brooklyn, à New-York que, le 18 janvier 1913, naît David Daniel Kaminski.

Son père est un immigré juif d’origine ukrainienne, tailleur de son métier, qui décidera par la suite de devenir médecin.

Danny est le dernier d’une fratrie de trois garçons, après Mark et Larry. Il passe son enfance dans ce quartier fréquentant l’école publique (plus tard renommée l’Ecole "Danny Kaye"), puis la "Thomas Jefferson School". Bien vite, il se fait repérer comme le pitre de la classe !

Ce n’est pas un écolier assidu. II préfère se rendre, dès ses treize ans, dans une sorte de petit conservatoire-tremplin, le "Catskills", , pour apprendre les bases des métiers de la scène. Dans cet établissement qui accueille les jeunes du coin, souvent d’origine juive, Jerry LewisJerry Lewis et Red ButtonsRed Buttons, entre autres, ont déjà fait leurs premiers pas d’artistes. Comme eux, il va chanter dans les rues pour gagner un peu d’argent.

Il rejoint ensuite la troupe de danse de Dave Harvey et Kathleen Young. Lors d’une représentation, il fait un faux pas, et s’étale de tout son long, étonné de voir la salle hilare ! Mais sans doute réalise-t-il déjà qu’il a le don de faire rire !

A 22 ans, il décroche un engagement au cinéma pour paraître dans un premier court-métrage, «Moon over Manhattan» (1935). Ambitieux, il a déjà décidé de se faire connaître sous le nom de Danny Kaye…

un Zébulon survolté…

Danny Kaye…sortant de l'Educational School

Danny signe un contrat avec les productions new-yorkaises "Educational Pictures". Il va jouer dans des oeuvrettes au budget modeste, donnant la réplique à de jeunes espoirs qui tiendront leurs promesses, comme June Allyson, Imogene CocaImogene Coca, etc. Zébulon survolté, amusant, brun à l’époque, il se révèle capable de répéter très vite des mots réputés imprononçables ! Communicateur né, il sait faire participer une salle, entraîner le public à chanter avec lui. Faisant preuve d'un charisme remarquable, il construit rapidement son personnage atypique.

Bientôt, il rencontre une jeune artiste lyrique, Sylvia Fine. Compositrice à ses heures, la jeune femme ne tarde pas à écrire la plupart de ses chansons si drôles et si “acrobatiques” dans la prononciation, celles-là mêmes qui contribueront à son succès. Il l’épouse le 3 janvier 1940, en Floride.

Non contente d'être son auteur attitré, Sylvia deviendra son agent, son compositeur, sa muse… Mais travailler en couple dans le milieu du spectacle n’est pas forcément une sinécure et génère de grandes tensions. Les deux jeunes gens vont l'apprendre à leur dépens. Ils auront une fille, Dena, qui naîtra en décembre 1946. Malgré les difficultés et les coups de canif dans le contrat, ils resteront mariés.

Le théâtre "Educational Pictures" ferme définitivement. Danny est obligé d’aller voir ailleurs s’il y est. Le plus drôle, c’est qu’il va y être !

Au début des années 40, il fait partie d'un spectacle “on Broadway”, «Lady in the Dark». Exploitant son talent particulier, les metteurs en scène lui font interpréter «Tchaïkovski», un refrain où il réussit à citer d'un seul trait la plupart des compositeurs russes, (cinquante quatre en 38 secondes !), sans reprendre son souffle ! Immense succès : Danny est lancé !

On le voit alors dans de petits rôles, à plusieurs reprises aux côtés de l’actrice Virginia MayoVirginia Mayo. Plusieurs scénaristes n’hésiteront pas à utiliser Danny dans un double-rôle, chacun à l’opposé de l’autre, entraînant un effet comique assuré.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, réformé à cause de douleurs lombaires, il est affecté au théâtre des armées et ira distraire les troupes jusque dans le Sud Pacifique avec un répertoire de joyeuses chansons–sketchs que les soldats reprendront en chœur.

En 1944, La Metro Goldwyn Mayer s'apprête à mettre en chantier le remake d'un film de 1930, «Whoopee», sous le nouveau titre de «Up in Arms». On demande à Danny, présumé pour le rôle principal, de se faire remodeler le nez, trop “juif” semble-t-il. Le comédien, encouragé par Sylvia, s’y refuse absolument. On transige et, pour en finir, Danny accepte de se décolorer les cheveux en blond ! Le résultat donnera un ton tirant davantage sur le roux, dont il fera désormais sa marque de fabrique. Toujours survolté, baratineur, le nouveau drôle et sympathique rouquin, capable des grimaces les plus extravagantes, donne un ton plein de rythme et de fraîcheur à ses interventions, si bien que l’on ne voit plus que lui ! Devant un tel plébiscite, les producteurs mettent sur le marché une compilation de tous les petits rôles tenus pendant sa période à l’Educational Pictures, «The birth of a star» (1945).

Après la guerre, Zébulon se fait une voix en créant sur CBS le radiophonique "Danny Kaye Show" (1945-1946) qui, malgré des partenaires brillants (comme Eve ArdenEve Arden qui deviendra notoirement sa maîtresse), ne rencontrera pas d’auditoire…

Le cinéma…

Danny Kaye«Hans Christian Andersen» (1952)

Au septième art, heureusement, Danny Kaye n'en obtient pas moins des rôles de premier plan. «La vie secrète de Walter Mitty» (1947) lui permet ainsi de caricaturer certaines personnalités. «Vive monsieur le maire» (1949) et «Sur la Riviera» (1951) lui offrent l'occasion de donner la réplique à l'inquiétante Elsa Lanchester et à la troublante Gene Tierney, etc.

Mais c'est en devenant le célèbre conteur danois Andersen qu'il entrera définitivement dans la mémoire collective des spectateurs. Pour «Hans Christian Andersen et la danseuse» (1952), il rejoint une toute jeune ballerine française, Zizi Jeammaire, qui partage ses chaussons avec un certain Roland Petit, Farley Granger complétant l’affiche d'une manière un peu fade. Défiant les préjugés des critiques, l'acteur obtient, dans la peau de ce personnage, un extraordinaire succès populaire. Bientôt, les chansons du film se lisent sur toutes les lèvres, comme «Thumbellina» ou encore le célèbre «Wonderful Copenhague», fond sonore en ouverture de cette page.

Vient ensuite, en 1954, «Noël blanc» et sa fameuse chanson éponyme interprétée par Bing Crosby. Rosemary ClooneyRosemary Clooney , distribuée dans le film, se souvient encore de la gentillesse, de la bonne humeur et de la drôlerie de Danny. Bing Crosby n’était pas homme à se lier facilement. Pendant le tournage, Danny s’ingéniait à le faire rire et se montrait très fier d'y parvenir, lui qui avait récupéré ce rôle après que Fred Astaire et Donald O’Connor l’eussent décliné. La joie de vivre communicative de Zébulon aura raison des dernières réserves du crooner qui deviendra son éternel complice.

Parallèlement, les films s’enchaînent : «Un grain de folie» (1953), «Le bouffon du roi» (1956) avec Glynis Jones, «Le fou du cirque» (1957), «Millionnaire de cinq sous» (1959) dans lequel il incarne un pionnier du jazz, Red Nichols

Un artiste complet…

Danny KayeDanny Kaye (1958)

En 1948, Danny Kaye s’était produit devant Sa Gracieuse Majesté Britannique avec un succès mémorable. Fait exceptionnel, pour le mieux voir, la Reine avait quitté la loge royale du London Palladium pour se placer face à la scène. On ne pouvait rêver meilleur soutien !

A l'aube des années cinquante, il est maintenant une immense vedette. Humour, sensibilité et intelligence sont les savoureux ingrédients composant ses spectacles. Ses chansons sont fredonnées aux quatre coins du monde. Il part en tournée au Canada, on le voit au festival de Cannes (1956), il préside la cérémonie des Oscars 1952… Il s’exporte jusqu'en en Australie avec la Comédie musicale «Cendrillon» dans laquelle il tient le rôle de Buttons, l’ami de la belle !

Sur un plan politique, il participe (en compagnie notamment de Humphrey Bogart et Lauren Bacall) à la manifestation contre la mise en place du Comité des Activités Anti-américaines voulu par le sénateur Joseph MacCarthy (1947).

Dans les années 60, tenté par la télévision, il produira un Danny Kaye Show enfin couronné de succès. outre sa vision du magicien d’Oz, on le repèrera dans des séries cultes comme le «Muppet Show» ou le «Cosby Show». Dans le milieu de la décennie, il décide de mettre un frein à sa carrière pour s'occuper d'oeuvres caritatives, n'apparaissant plus au cinéma que dans «La Folle de Chaillot» (1969).

Pendant les représentations de «Two by Two» de Richard Rodgers (1970), Danny Kaye se blesse aux deux jambes. Qu’à cela ne tienne, il achève le spectacle dans un fauteuil roulant !

En 1981, dans «Skokie», un téléfilm de Herbert Wise, il sort de son costume léger et pétillant pour revêtir celui d’un survivant de l’holocauste. Grave et sobre pour l'occasion, il fait découvrir à son public toute l'étendue de son registre dramatique.

En 1976, éclectique, il incarne Gepetto dans «Pinocchio» et le Capitaine Crochett de «Peter Pan» pour la chaîne de télévision des studios Walt Disney !

Un homme généreux…

Danny KayeUne fin de vie consacrée aux enfants…

Pour le public, Danny Kaye est resté un adorable clown, une impression qui s'est vérifiée dans ses actes civils. Homme généreux, il s’investit énormément pour l’Unicef, multipliant les actions et les participations à des œuvres caritatives en faveur de l’enfance malheureuse, tout en gardant sa légendaire joie de vivre. Pour récolter des fonds, il alla jusqu’à diriger, de façon tout aussi humoristique que remarquable, de grands orchestres symphoniques.

Toujours marié à Sylvia, bien que chacun menât la fin de sa vie de son côté, il se vit remettre un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière (1955). Fidèle en amitié, on le vit longtemps jouer les joyeux drilles en compagnie de Laurence Olivier, au point de donner naissance à une rumeur dont le bien fondé reste à établir.

Touche à tout, curieux, il soutint une équipe de base-ball. Gastronome avisé, il fréquentait Paul Bocuse qui n'hésita pas à déclarer que le meilleur restaurant de Californie était chez Danny Kaye ! Il s’intéressa également à la médecine, assistant même à des interventions chirurgicales.

En 1986, invité d'honneur à la cérémonie de remise des Césars, il ne put faire autrement que de mélanger toutes les enveloppes, à la grande stupeur de sa ravissante partenaire, la délicieuse Brigitte FosseyBrigitte Fossey. Et notre sympathique phénomène d’en rajouter, dans la lignée des plus déjantés de nos Branquignols hexagonaux.

Fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1986 par le Président François Mitterrand, il devait quitter ce monde de façon dramatique. Souffrant d’une hépatite, il se fit injecter du sang qui se révéla contaminé. Il devait décéder des suites de ces complications à Los Angeles, le 3 mars 1987, à l’âge de 74 ans.

Sa dépouille repose au cimetière Kensico de New-York. Son tombeau s'agrémente d'un banc qui porte les ornements rappelant tout ce qu'il a aimé, la musique avant tout.

Documents…

Sources : Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je suis convaincu que les enfants ont plus d'énergie que le pétrole, plus de beauté que les rivières, plus de valeur que toutes les ressources naturelles d'un pays"

Danny Kaye
Souriez !
Donatienne (mars 2010)
Ed.7.2.1 : 16-11-2015