Michel GALABRU (1922 / 2016)

… ou la cuisine aux épinards !

Michel Galabru

Le moins que l'on puisse dire au sujet de Michel Galabru, c'est qu'il ne fut pas dupe de ce qu'il aura laissé à la postérité !

Dans toutes ses interviews comme au fil de ses ouvrages (auto)biographiques, et jusqu'à la réception de son Molière en 2008, il aura assumé sans broncher les choix de sa longue filmographie.

S'il les met sur le compte de la nécessité financière, qu'il nous soit permis d'ajouter, à l'étude de son cas, une humilitié excessive, pour ne pas dire un manque de confiance, qui l'aura fait attendre que Tavernier lui tombe sur la tête plutôt que de lui passer un petit coup de fil !

Au cinéma, quant on aspire à une grande carrière, il faut savoir prendre à César ce qui est à César !

Christian Grenier

Du biberon aux topinambours…

Michel GalabruMichel Galabru (194?)

Michel Galabru naît à Safi (Maroc), le 27 octobre 1922. Fils d'un ingénieur des Ponts-et-Chaussées, on lui connaît deux frères, un aîné décédé à 18 ans de la tuberculose, et un cadet (1929/2014), futur médecin. A la suite des mutations paternelles, c'est au Havre, puis à Montpellier qu'il poursuit ses études, sans grand enthousiasme si ce n'est pour l'Histoire. Il n'a alors qu'une idée en tête : devenir footballeur professionnel.

Régulièrement, l'enfant passe ses vacances au Bousquet d'Orb (arrondissement de Lodève et Canton de Clermont l'Hérault), village natal de sa mère. Là, sa tante lui fait écouter des microsillons enregistrés par les acteurs de La Comédie Française. C'est ainsi que le futur comédien découvre Sacha Guitry pour lequel il éprouve une grande admiration et qui lui ouvre les portes de la littérature et du théâtre.

En 1943, appelé au Service du Travail Obligatoire, il se retrouve en Autriche, puis en Yougoslavie. Accusé de sabotage et emprisonné, il est libéré par des partisans yougoslaves qu'il accompagnera dans le maquis jusqu'à la fin de la guerre. Rentré au pays, il s'installe à Paris contre l'avis de ses parents qui lui coupent les vivres. Sur place, il s'adonne à quelques petits boulots : laveur de carreaux, vendeur de calendriers, contrôleur à l'entrée du Palais de Chaillot, etc.

Dans la capitale, il tombe sur un certain Jean Pignol, son camarade de classe à Montpellier, futur acteur et réalisateur pour la télévision française. Ce dernier l'encourage à s'inscrire aux cours de Denis d'Ines. Toujours par le même entregent, il décroche une première figuration au cinéma dans «La bataille du feu» de Maurice de Canonge (1948).

L'appétit venant en jouant, il s'inscrit au Conservatoire dans la classe de Louis Jouvet. Ayant vite compris, n'étant pas doté d'une grâce de jeune premier, que son emploi se situera surtout du côté des amuseurs publics, il y travaille surtout Molière, un auteur qui l'accompagnera tout au long de sa vie professionnelle. Il sort avec un premier prix de comédie décroché en présentant «Les mentons bleus», une courte pochade de Georges Courteline. Enfin, le fidèle Pignol lui décroche son premier véritable rôle à l'écran, celui d'un réceptionniste d'hôtel, dans «Dernière heure, édition spéciale», toujours de Maurice de Canonge (1949)…

A la cantine de La Comédie Française…

Michel GalabruMichel Galabru (1952)

Devenu pensionnaire de la Comédie Française conséquemment à son succès au Conservatoire, Michel Galabru fait sa première apparition sur la scène de la Grande Maison dans «Othello» de Shakespeare (1950), sous la direction de Jean Meyer. L'année suivante il est de la création de la pièce de Jules Romain, «Donogoo», aux côtés de partenaires déjà grands (Louis Seigner, Jean Debucourt) ou qui le deviendront (Julien Bertheau).

Entre 1951 et 1956, il endosse à de multiples reprises le costume du maître d'armes de M.Jourdain, «Le bourgeois gentilhomme», rôle qui lui permettra de faire le tour du monde. Il doit sa dernière collaboration avec la Comédie Française à Hélène Perdrière qui lui permet de choisir le rôle qu'il voudra (en l'occurrence Lubin) dans «Les surprises de l'amour» de Marivaux (1957). Il décidera ensuite de quitter la célèbre compagnie, lassé d'attendre qu'on le nomme sociétaire, pour se tourner vers le théâtre de boulevard, davantage nourricier.

En attendant, toujours sous contrat, il monte une petite troupe qui ne peut se produire qu'en amateur, collaborant avec de jeunes collègues comme Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort, et donnant du «Georges Dandin» dans les patronages.

Sa carrière cinématographique a du mal à démarrer, les pensionnaires n'ayant pas souvent la langue libre, ce qui attire la méfiance des producteurs. Heureusement, Pierrette Bruno, une de ses camarades du Conservatoire, souffle son nom à Marcel Pagnol, en quête de voix méridionales pour mettre en images «Les lettres de mon moulin» (1954). Peu après, le maître d'Aubagne lui propose de reprendre «La femme du boulanger» à l'écran, mais l'acteur mal assuré qu'il est encore et restera toujours, ne se sent pas de taille à rivaliser avec Raimu. Si le film ne se fera jamais, Galabru mettra toutefois la main la pâte en 1985 sous la direction de Jérôme Savary.

… et ailleurs

Grâce à Suzanne Flon, Michel Galabru débute au boulevard dans «La mégère apprivoisée», entre Suzanne et Pierre Brasseur. Il partage sa loge avec Jean-Paul Belmondo, au sujet duquel Anne Jacquot, première épouse de Michel et pythonisse à ses heures, déclare sans le moindre doute : "Regarde le bien : dans deux ans ce sera la plus grande vedette en France !". En attendant, les deux hommes envisagent de monter un numéro de duettistes, projet auquel “Bébel” finit par renoncer, appelé par Godard pour «A bout de souffle» (1959).

Les engagements se suivent. En 1958, Michel Galabru fait sa première télévision avec une dramatique tournée en direct, «Le mari, la femme et la mort» (1958), remplaçant au petit écran Bernard Blier qui créa le rôle à la scène mais dont le cachet n'était pas accessible à l'auguste RTF. Les jours suivants, il connaît la joie d'être enfin reconnu par les passants qui le hèlent d'une façon imprévue : "Hé ! C'est le cocu" ! Pour la petite lucarne, il incarnera encore le Bonacieux des «Trois mousquetaires» (1959), le Ragueneau de «Cyrano» (1960) et le Sancho de «Don Quichotte» (1961) et se fendra de quelques monologues (ou dialogues avec Hubert Deschamps) écrits par Jean-Loup Dabadie pour «Les raisins verts» de Jean-Christophe Averty.

Au cinéma, il ne joue encore que les utilités, armateur dans «Suivez-moi jeune homme» ou faire-valoir de Darry Cowl dans «L'increvable» (1958). Malgré l'accroissement de son tour de taille, il surfe quelque temps sur la Nouvelle Vague, prenant successivement les eaux avec Bernadette Lafont («L'eau à la bouche», 1959) et Martine Carol («Un soir sur la plage», 1960). Côté vie privée, Anne met au monde leur premier enfant, Jean (1960). Philippe suivra en 1969…

Les petits plats dans les grands…

Michel GalabruMichel Galabru (1966)

Au tournant des années soixante, Michel Galabru entame sérieusement son parcours du combattant du septième art. Sa silhouette, qui s'enrobe de film en film, le fait remarquer et appeler pour de courts rôles à connotation comique (l'aubergiste dans «La Fayette») qu'entrecoupent des compositions plus sérieuses (le père jésuite des «Nouveaux aristocrates»). Il joue ce quon appelle dans le métier “les baladeurs”, ces troisièmes couteaux que l'on peut promener d'un costume à l'autre sans crainte quant à la qualité de leur prestation. Le voici déjà dans des oeuvrettes de petite ambition, assurant notamment la traversée de la Méditerranée pour Francis Blanche et son «Tartarin de Tarascon» (1962) ; les deux hommes, qui se complètent bien, se retrouveront dans «Les baratineurs» (1965), «Les enquiquineurs», «Ces messieurs de la famille» (1968), «Aux frais de la princesse» (1969) ou encore «La grande maffia» (1971). Ne les jugez pas, il faut bien vivre, et l'on ne vous propose pas tous les jours de personnifier le père Bacaillé dans «La guerre des boutons» (1961) !

Michel croise Fernandel dans les couloirs d'un studio radiophonique. Le comique marseillais, remarquant son accent chargé de soleil, décide d'en faire son compagnon de route. Ainsi Michel l'accompagnera dans son «Voyage à Biarritz» (1962), goûtera à sa «Cuisine au beurre» (1963) et le soutiendra lorsque, en «Bon roi Dagobert» (1963), celui-là s'en ira guerroyer à tort et à travers. Pour des raisons que l'intéressé n'a jamais comprises, leur collaboration s'arrêtera après «La bourse et la vie» (Jean-Pierre Mocky, 1965).

En 1964, Galabru se voit offrir le rôle de Ribouldingue, l'un des fameux «Pieds nickelés» qui amusèrent toute une génération de gamins d'avant le règne de la télévision. Ses compagnons de farce seront Jean Rochefort (Filochard) et Charles Denner (Croquignol). A Marielle qui, plein d'ambition, a refusé de compléter le trio, il rétorque : "Moi, je m'en fous. J'ai tourné dans tellement de merdes que je ne vois pas pourquoi je refuserais celle-la" !

Heureusement, pour la carte de visite, il y a le théâtre, «Les rustres» (1961) de Goldoni au sein du TNP de Jean Vilar et la troupe de Georges Vitaly qu'il rejoint au théâtre de La Bruyère…

Les gendarmes…
Michel GalabruL'adjudant-chef de Saint-Tropez

C'est également grâce à la radio que Michel Galabru a connu Louis de Funès. Les deux hommes se sont retrouvés à l'écran dans «Nous irons à Deauville» (1962). Peu après, en vacances familiale dans le petit port de Saint-Tropez, Michel aperçoit une équipe de cinéma en repérage. Il s'approche et entend cette étrange réplique sortie de la bouche d'un producteur : "Vous me mettez, De Funès et après je ne veux que des ringards. Je ne veux pas les payer!". Sur le coup, ça le fait bien rire… jusqu'à ce que, quelques jours plus tard, on lui propose le rôle de l'adjudant Gerber refusé par Pierre Mondy, empêché ! Contre toute attente, «Le gendarme de Saint-Topez» (1964) connaît une énorme succès qui appellera quelques suites.

«Le gendarme à New-York»" (1965), tourné aux Etats-Unis, tourne rapidement au cauchemar, les acteurs étant rattrapés par le mal du pays, tandis qu'une jalousie professionnelle ne tarde pas à naître entre Jean Lefebvre et De Funès, le premier étant jusque là davantage reconnu que le second.

Dans la gendarmerie, suffit de faire un peu de zèle pour prendre rapidement du galon. Aussi, lorsque Michel est rappelé pour sa 3ème campagne, «Le gendarme se marie», son épouse Anne, moins arrangeante, vient elle-même négocier sa solde à la hausse !

«Le gendarme en balade» (1970) sera le dernier opus auquel aura participé Jean Lefebvre. Selon le producteur, et contrairement aux déclarations de Jean, ce n'est pas De Funès qui le fera écarter mais son comportement qui en sera la cause. Beaucoup moins joyeux, «Le gendarme et les extra-terrestres» (1978), fut endeuillé par un accident, la voiture d'une cascadeuse fauchant deux clients d'un magasin tropézien.

D'un été à l'autre, l'adjudant Gerber prend de l'assurance et lorsque débarquent «Les gendarmettes» (1982), le nom de Michel Galabru figure au dessus du titre, à côté de celui de son subalterne. malheureusement, Jean Girault décèdera avant la fin d'un tournage que De Funès terminera très affaibli.

L'ajudant Gerber aura marqué les esprits et fait entrer définitivement la silhouette de Galabru dans la mémoire des spectateurs. En 1967 déjà, victime d'une méprise pendant le tournage de «Le mois le plus beau», celui-ci se fait arrêter par la police. A la gendarmerie, un pandore qui le reconnaît prend le garde-à-vous : "Mon adjudant-chef !". L'acteur recevra les excuses du colonel de la garnison, navré de la mésaventure.

La soupe aux navets…

Michel Galabru«L'heptaméron» (1973)

"Les trois quarts du temps, je signais les contrats sans même connaître le sujet des films. Je ne connaissais rien au scénario et tout juste vaguement ma partie. En bon exécutant, j'apprenais les textes parce que j'étais obligé de le faire, mais je ne m'intéressais pas à l'histoire du film en général".

Michel Galabru ne s'en est jamais caché : il a surtout couru le cachet, comme la plupart des travailleurs que nous sommes. Sa filmographie s'allonge de titres que même les chaines de télévision les plus commerciales rechignent à rediffuser aujourd'hui, nous privant du plaisir de rire au second degré ou de reconnaître une foultitude de comédiens de talent qui se sont nourris à la même marmite au temps des soupes maigres.

Qui se souvient de «La bande à Bobo» (1963), «La dernière bourrée à Paris» (1973), «Y'a un os dans la moulinette» (1974) ? Que reste-t-il de «Les enquiquineurs» (1965), «L'auvergnat et l'autobus» (1969), «Les bidasses aux grandes manoeuvres» (1981) ?. Autant d'oeuvrettes à petit budget tournées dans des conditions frisant parfois le ridicule, comme ce «Poussez-pas grand-père dans les cactus» (1969) de Jean-Claude Dague, lequel finira plus tard en prison après avoir tenté de cambrioler une banque afin de pouvoir monter un film !

A quelque chose navet est bon, et «La honte de la famille» (1969) permet au moins à Michel Galabru de rencontrer Claude Etevenon, la nièce de Micheline Dax, dont il tombe amoureux et avec lequel il entame une liaison qui restera lontemps cachée, jusqu'à ce que les tourtereaux puissent enfin régulariser leur situation, Anne ayant dépêché un détective sur l'affaire !

Le consommé aux carottes…

Mais ne nous y trompons pas : Michel Galabru avait un grand talent et beaucoup s'en seront aperçu. A commencer par Noël-Noël, qui lui offre un très bon rôle dans «La sentinelle endormie» (1966), même si le film ne tint pas toutes ses promesses commerciales. Jean-Pierre Mocky l'intègrera dans son univers caustique, le sollicitant pour «Un linceul n'a pas de poches» (1974), «L'ibis rouge» (1975) et «Y'a-t-il un Français dans la salle ?» (1982). Georges Lautner l'accueillera à huit reprises dans sa famille, pour le comique satirique («Quelques messieurs trop tranquilles» en 1973, «La cage aux folles» en 1978, etc) ou le policier aventureux («Flic ou voyou» en 1979, «Le guignolo» en 1980).

«Le viager» de Pierre Tchernia (1971) lui laisse le doux souvenir de quelques semaines passées avec Claude qui l'a rejoint, la madame officielle étant retenue sous d'autres cieux. Enfin disponible, celle-ci fait sa réapparition sur le plateau des «Gaspards» (1973), où elle croise le jeune Depardieu auquel, devineresse éprouvée, elle prédit des lendemains qui chantent.

Galabru est devenu quelqu'un d'important en 1981 lorsqu'il est retenu pour «Le choix des armes» par Alain Corneau. Pourtant, rempli d'humilité ou tortillé par ce manque de confiance qui le caractérise, il n'ose se présenter devant Catherine Deneuve, laquelle, idole affable, choisit de faire le premier pas.

Et puis, encore et toujours, il y a le théâtre auquel il accorde sa préférence. Après avoir créé «Les poissons rouges» de Jean Anouilh avec Marielle (1970), il ressert le père de «Léocadia» dans «L'Hurluberlu» en 1987,se voyant confier le triste devoir d'annoncer sa mort sur scène. En 1972 déjà, la disparition de son partenaire Pierre Fresnay avait mis un terme aux représentations de «La claque» d'André Roussin

Il y eut heureusement des moments plus agréables, concrétisés par l'attribution d'un Molière en 2008 pour avoir tricoté, en compagnie de Gérard Desarthe, une bonne paire de «Chaussettes» au moyen d'une pelote habilement tressée par Daniel Colas…

A la table de César !

Michel GalabruBouvier, le tueur de bergères

En 1975, Costa-Gavras a l'idée de confier à Michel Galabru un rôle dramatique, celui du juge intègre qui refuse de diriger la «Section spéciale» que souhaite mettre en place le gouvernement de Vichy afin de complaire aux autorités d'occupation à la suite de l'attentat parisien perpétré par le futur Colonel Rémy. Il lui donne tout de même la consigne d'en faire moins que d'habitude ! Et, pour une fois imprégné de son sujet, l'acteur montre qu'il vaut bien davantage que la fausse part de lui-même qu'il loue à droite et à gauche.

A cette époque, il fait la connaissance d'un jeune réalisateur, Jean Marboeuf, qui va lui permettre d'accéder aux premiers rôles. Sans recevoir de cachet, il incarne «Monsieur Balboss» (1975), un ignoble commissaire qui ne fait rire personne. Peu après, il débarque dans «La ville des silences» (1979) pour une étude de moeurs dans une petite cité provinciale comme il en existe beaucoup trop. Enfin, il fait le «Grand Guignol» (1986) au sein d'une troupe de saltimbanques jusqu'à ce que, triste et désemparé, il se transforme en assassin avant de se suicider. Oeuvre noire que celle d'un bon réalisateur qu'il nous faudra bien redécouvrir un jour.

En 1976, Emmanuelle Galabru, future comédienne (elle fera ses débuts aux côtés de son père, à 11 ans, dans «Le malade imaginaire»), vient au monde, fruit des amours cachées du fantaisiste et de l'inavouable Claude. L'entretien d'une double vie n'étant pas à la portée de tous les citoyens français qui ne sont pas présidents de la République, notre vedette n'a d'autre ressource que d'accepter le poste de «Chasseur de chez Maxim's» (1976) que lui offrent les Productions Marcel Dassault !

Le juge et l'assassin…

Costa-Gavras et Jean Marboeuf ont montré l'exemple. Bertrand Tavernier, après avoir vainement sollicité un Galabru trop occupé pour tenir compagnie à «L'horloger de Saint-Paul» (1973), transformera l'essai en lui offrant de camper l'ignoble Bouvier, ce tueur de bergères qui parcourut la France par les sentiers de muletiers pour échapper vainement à ce qui lui restait de conscience morale.

Bien qu'il comprenne rapidement qu'il est à un tournant de sa carrière, l'acteur, toujours sceptique sur ses capacités, exprime des doutes : "Excusez-moi, mais je ne veux pas vous faire faire une faute. Je crois que je ne suis pas le personnage. Je vois plutôt Dufilho". Sûr de lui, Tavernier n'en démord pas, et l'avenir lui donnera raison. Face au sévère juge Noiret, l'assassin Galabru se révèle grandiose, au point de rafler le César 1977 du meilleur acteur. «Le juge et l'assassin» (1976) demeure l'un des plus grands films – sinon le plus grand – du dernier quart du vingtième siècle et la critique ne s'y trompera point : "Le génie de Bertrand Tavernier est d'avoir trouvé dans le ringard des Gendarmes son assassin".

Comme il est touchant, le Galabru que l'on retrouve à l'occasion d'«Une semaine de vacances» (Bertrand Tavernier, 1980). Ami de l'horloger dont nous avons parlé, il est le soutien moral d'une touchante institutrice dépressive (Natalie Baye) qui finit, croyant son heure arrivée, par lui faire des propositions maladroites ; remis à sa place, il comprend qu'il vient de gâcher une belle amitié et ne sait pas trouver les mots qui pourraient la reconstruire. Merci Bertrand !

"Alors, maintenant Michel, c'est fini ! Tu ne tourneras plus de merdes. Jure-le !". Sûr de lui, l'interpellé prête serment auprès de Noiret et Tavernier… et Judas de s'empresser de prendre l'avion pour les Indes où l'attend Philippe Clair et son «Grand fanfaron» (1976) !

La suite sera à l'avenant : oscillant entre «Notre histoire» de Bertrand Blier (1984) et «Poule et frites» (1987) de l'inénarrable Luis Rego mieux inspiré en pérorant au «Tribunal des flagrants délires», notre sympathique Ragueneau fera passer dans ses recettes tous les légumes que l'Eternel à grâcieusement mis à la disposition de l'humanité pour en faire un assortiment de potages propres à satisfaire l'éventail gustatif des habitués des salles obscures. Il en faut pour tous les goûts !

Nous ne laisserons pas ce sympathique comédien se repaître à l'autel des grandes délices dans ce royaume des cieux qui vient de l'accueillir sans rappeler, en guise de dernier hommage, ses performances dans «Confidences pour confidences» (1978), émouvante chronique familiale atypique dans l'oeuvre de Pascal Thomas, et «Uranus» (1990) de Claude Berri, pour un rôle qui lui tenait beaucoup à coeur.

Documents…

Sources : «Michel Galabru, les rôles de ma vie», par Alexandre Raveleau, un ouvrage empli d'anecdotes truculentes qu'il vous reste à découvrir (éditions Hors Collection, 2016), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Si Raimu vivait encore, je balaierais la salle !"

Citation :

"Quand le fisc frappe à la porte, quel bonheur de faire un bon navet !"

Michel Galabru
Christian Grenier (mai 2016)
Jean Galabru nous parle de son père…

"On le croit fort en gueule. Il est sensible et tortueux.

Même lui ne s'y retrouve pas toujours. Etre merveilleux, il a l'impression que les autres jouent aussi et constamment un rôle. Il inverse les situations par habitude de malaxer les idées, les situations, les personnages. Tout se déforme comme dans les pièces de Pirandello. On ne sait plus à la longue qui a raison, qui a tort.

Sa grande humilité m'étonne encore. Jamais il n'a décroché son téléphone pour expliquer à un auteur ou à un metteur en scène qu'il aimerait travailler avec lui. Il lui a fallu des années et de grandes réussites pour qu'il prenne conscience de sa valeur."

Une interview pour Télé Loisirs

Ed.7.2.3 : 29-5-2016