Sophie DESMARETS (1922 / 2012)

… c'est pour rire, c'est pour rire

… c'est pour rire, c'est pour rire Sophie Desmarets

"Si j'ai l'air de ne rien prendre au sérieux, ce n'est pas que je trouve que la vie soit joyeuse, mais plutôt une épreuve dérisoire dont j'attends l'issue avec beaucoup de scepticisme.

Alors pourquoi ne pas en rire, puisque le rire est l'un de nos rares privilèges ?

J'ai une tournure d'esprit qui fait rire les gens, mais je ne suis pas gaie.

Si je devais me définir, je dirais que je suis profondément triste et superficiellement gaie.

Et comme on ne voit que la surface…"

Sophie Desmarets

Article paru dans le N° 217 de la revue "Mon film", le 18 octobre 1950

La remarquable interprete à la scène de «Ninotchka» prépare son départ pour l'Amérique où elle apportera, à Noël prochain, ses séductions de slave synthétique.

Elle est toujours aussi gaie, mais un peu plus lointaine, pressée de rejoindre son nouveau mari, Jean de Baroncelli, écrivain et fils du metteur en scène bien connu. Et elle ne dit plus grand'chose sur l'amour… Elle se refuse même à le commenter. Est-ce par égard pour le passé ou par prudence pour l'avenir ? Non ! c'est qu'elle est superstitieuse. Dès que l'on parle de son honheur, il est la proie de tous ceux qui s'y intéressent trop vivement. Elle essaie d'avoir la force de le taire.

Du divorce au remariage…

Sophie DesmaretsSophie Desmarets
Hier

"- Je suis née pendant les "Six jour". Mon père était directeur du Vel d'Hiv'.
- Parisienne.
- Née en plein rythme ! J'ai toujours eu envie de faire du théâtre. Quand on me demandait : "Que veux-tu faire, pour quand tu seras grande ?", je répondais invariablement "Je veux être actrice". Et ça me paraissait bien long d'attendre d'être plus grande !
- Vous vous y êtes essayée de bonne heure, je crois ?
- A quatorze ans, je débitais des tragédies de Racine. Dès que l'on me demandait de dire une fable, j'y allais de scènes interminables qui faisaient pleurer mes spectateurs.
- A cette époque, vous étiez en pension à Versailles ?
- Dans un collège où j'ai passé le meilleur temps de ma vie. D'ailleurs, j'ai gardé les rapports les meilleurs avec mes professeurs et certaines élèves.
- Le mariage ne vous a pas découragée du mariage ?
- Heureusement non, déclare philosophiquement Sophie Desmarets.
- Et la petite fille ?
- Catherine a aujourd'hui trois ans et demi. Je vous donnerai une de ses photos si, une fois reproduite, vous pouvez me la rendre.

J'ai connu Catherine, si je puis dire, avant qu'elle soit née. J'étais allée interviewer Sophie Desmarets alors qu'elle attendait son enfant, dans le petit apparterrent où j'aurais juré qu'elle devrait être toujours heureuse, car elle y était si gaie…

Son mari était plein d'attentions pour elle. Était-ce seulement une apparence, une attitude, une forme de simple courtoisie ? Ils avaient une manière si amusante de raconter leur voyage de noces. On les aurait crus en marche sur la vie comme sur des chevaux de bois. Et aujourd'hui, tout est changé…

"- J'ai déménagé.
- Où habitez-vous, maintenant ?
- Place Dauphine. J'ai un appartement qui s'étend sur deux étages et qui est orienté vers la Seine. Je m'y trouve si bien !
- Meublé comment ?
- Style anglais.
- Décidément, c'est la mode !
- Ma chambre est écossaise. Mais me voici installée dans mon nouveau logis pour vivre une vie nouvelle.

Projets et vacances

"- Revenons à Catherine, voulez-vous ? Elle est charmante, si sage. Vient-elle vous voir au théâtre, parfois ?
- Elle est venue me voir au Gymnase. Elle a tout examiné et a conclu : "Alors, ici, t'es concierge… pisque t'as une p'tite loge". Dès que je dispose d'un instant de loisir, je la conduis au parc Monceau où elle va, même avec sa bonne, jouer chaque jour. Je viens d'acheter une voiture qui fait son bonheur.
- Ce cabriolet gris ?
- Cabriolet Renault… décapotable.
- Mais...
- Vous paraissez la connaître, ma voiture, sourit la comédienne.
- Oui, je suis certaine de l'avoir admirée. Je ne puis me retenir de m'écrier "Mais c'est le cabriolet d'Henri Guisol !".
- Précisément, exulte Sophie Desmarets. ,Je le lui ai acheté ces temps derniers. II en était las et désirait une voiture plus grande. Quand Catherine est sortie avec moi pour la première fois, elle a fait des allusions à la voiture que nous avions l'année dernière et cette comparaison : "Mais t'avais pas une capuce dans le temps !". Le fait de pouvoir se promener avec ou sans capote l'émerveille.
- Vous ne l'envoyez pas en vacances ?
- Oh ! que si. Et je la suis.
- Où ?
- A Préfailles, en Loire-Inférieure.
- Vous y avez une villa ?
- Villa est un trop gros mot. Un petit chalet qu'avait ma mère, "Ker Jacqueline", et où depuis très longtemps nous allons chaque année. Les Préfaillais sont extraordinairement gentils et tout le monde, habitants et estivants, se comporte comme une grande famille bien unie. Mais, parce que mon métier exige souvent que je tourne à Paris en pleines chaleurs, j'ai acheté une petite maison de campagne dans l'Eure-et-Loir, qui est mon grand bonheur. Dès que je puis y aller pour passer vingt-quatre heures, je plie bagages… C'est mon refuge personnel.

Nous en sommes là de notre bavardage quand des visiteurs arrivent. Une Préfaillaise, précisément, vieille dame charmante, en effet, et l'ancienne directrice du lycée de Sophie Desmarets, celle qui ferma les yeux sur les oeillades que son élève lançait, à travers les vitres, à un jeune aviateur amateur de Gigi. Il arriva que celui-ci laissa refroidir son repas a la Popote des Ailes, pendant que trois ou quatre, jeunes prisonnières le retenaient à bavarder à travers une grille, cependant qu'une élève complice faisait le gilet. On évoque ce temps où les unes essayaient de n'être pas trop sévères et où les autres parvenaient quand même à devenir raisonnables.

"- Qu'allez-vous emporter en Amérique ?
- Naturellement, ce que le prestige de l'élégance française exige que l'on emporte dans des cas pareils. Mais j'aime les robes très simples.
- Tournerez-vous, là-bas ?
- Jusqu'à présent, je ne suis engagée que pour jouer «Ninotchka» au théâtre… Le public devrait s'attacher davantage à des pièces si fines. Ce n'est pas souvent que nous avons le plaisir d'en interpréter d'aussi bonnes.
- Et le cinéma ?
- J'ai tourné successivement «Le roi», «Ma Pomme», avec Chevalier, puis «Demain nous divorçons». Maintenant, ne pourriez-vous pas me laisser me reposer ?... J'ai si chaud !

Paule Marguy
Ed.7.2.2 : 12-5-2016