LADRI DI BICICLETTE

«Voleur de Bicyclette», de Vittorio de Sica (Italie, 1948)

Lamberto Maggiorani
Enzo Staiola
Lianella Carrell
Gino Saltamerenda
Vittorio Antonucci
Ida Bracci Dorati
Giulio Battiferri
Sergio Leone
non identifié
Vittorio De Sica
Lamberto Maggiorani
Enzo Staiola
Lianella Carrell
Gino Saltamerenda
Vittorio Antonucci
Ida Bracci Dorati
Giulio Battiferri
Sergio Leone
non identifié
Vittorio De Sica

la petite histoire…

afficheaffiche originale

L'oeuvre de Vittorio de Sica fut mal perçue par les politiciens lors de sa sortie en Italie, dénonçant un film à ne pas montrer à l’étranger car donnant une image du pays assez déplorable.

Pour cette même raison le réalisateur eut du mal à trouver le financement auprès des producteurs. Il essaya donc du coté de Hollywood et eut une proposition de David O.Selznick, à la condition de prendre Cary Grant pour tenir le rôle principal. Finalement, grâce à la compréhension de trois amis proches décidés à l’aider à financer le film, De Sica tournera dans les rues de Rome avec des acteurs non professionnels.

Le metteur en scène s’exprima sur le choix de ses interprètes :

"Tous les films à caractère populaire ont besoin de personnages qui s’éloignent beaucoup de celui de la profession d’acteur. L’acteur est un bourgeois. Un acteur n’aurait jamais pu interpréter l’ouvrier de ‘voleur de bicyclette’. J’étais à la recherche de celui qui pouvait interpréter Bruno, quand, soudain je vis un homme qui tenait un enfant par la main dans la file des parents. Je lui fit signe d’avancer, il était hésitant poussant son fils comme un plat et souriant plein de mélancolie et d’espérance. Je lui dis que c’était lui qui m’intéressait, pas l’enfant. C’était Lamberto Maggiorani. Je lui fis faire des essais et comme il bougeait , comme il s’asseyait, comme il remuait les mains calleuses, des mains d’ouvrier, tout était parfait".

Lors de sa sortie en Italie le public ne suivit pas …

Vittorio De Sica avouera sur le tard :

"Je n’ai jamais eu le courage de voir mes films en public. Le public me remplit d’inquiétude, je crains toujours qu’il n’arrive pas à supporter la durée normale du film. C’est moi finalement qui ne le supporte pas et je voudrais qu’il finisse plus tôt. Le soir de la première projection je me suis enfui chez des amis, mais à une certaine heure je n’en pouvais plus et je suis sorti et me suis approché de l’entrée du cinéma. Je connaissais le directeur et à voix basse je lui demandais comment réagissait le public. Il allait me répondre quand soudain un homme, accompagné de sa femme et de ses enfants sortirent de la salle de projection en direction du directeur et dit : 'Rendez-nous l’argent et avertissez sur une pancarte les familles nombreuses que ce film est une imposture'."

A Paris, une projection du film à la salle Pleyel est organisée devant 3000 personnes, dont le cinéaste René Clair qui, à la fin de la projection, est venu complimenter le réalisateur en l’embrassant.


Un romancier déçu…
affichePhotobusta

Vittorio De Sica acquerra les droits du roman de Luigi Bartolini sur les conseils de Cesare Zavattini. Plus tard, le romancier, constatant que son œuvre à l’atmosphère festive, colorisée et picaresque, fut très mal retranscrite pour l’écran, protestera fortement.

Le scénariste Cesare Zavattini, qui avait déjà collaboré avec De Sica pour le film «Sciuscia» alors qu’il écrivait une première ébauche sur le sujet, déclarait :

"Je sens que je dois continuer mon discours cinématographique commencé avec «Sciuscia» et développé dans toute une série de films… Je sens que je dois approfondir mon analyse de l’homme moderne, de la vie de l’homme dans la société d’aujourd’hui, au-delà de moi-même, au-delà de ce qui peut être ou m’apparaître cher sentimentalement ou nécessaire pratiquement, de ce qui quelquefois peut m’attirer ou mieux me distraire. Il y a les autres… Les autres sont importants, c’est la chose la plus importante… Les hommes qui vivent autour de nous, que font-ils, comment vivent-ils, vont-ils bien, souffrent-ils, et pourquoi ont-il mal, pourquoi souffrent-ils ?…Tout ce qui arrive autour de nous, souvent même la chose la plus banale que l’on voit dans la rue, à coté des événements les plus graves, qu’ils soient proches ou lointains, a une signification, un sens humain et social, dramatique et soulève de grands problèmes. Problèmes qui sont les nôtres aussi, puisque rien de ce qui arrive autour de nous ne nous est étranger, dans la mesure où nous sommes hommes, une partie de l’humanité. Voilà mes sources fascinantes, intarissables, fondamentales, sources d’inspiration, de méditation, d’action créatrice et elles devaient l’être pour tous dans le cinéma aussi. Je ne cesserai pas de souligner l’importance de la vie, de la réalité de l’homme, l’intérêt continu que suscitent les hommes dans leur vie sociale. Je suis continuellement conscient de l’exigence de la présence humaine et sociale, pour moi décisive et dominante. Je veux être toujours et avant tout, un contemporain. Et ceci parce que le cinéma n’arrive à une expression artistique, à un langage humain et social universel, que s’il offre la signification des évènements, des drames collectifs de son temps."

Devinette : dans un bref passage du film on peut apercevoir la présence d’un réalisateur italien de renom, non crédité, qui joue le rôle d’un séminariste allemand…

Le film a obtenu plusieurs prix en 1949 :

En 1958, à la confrontation des meilleurs films de tous les temps (exposition universelle de Bruxelles) il est classé deuxième ex aequo avec «La ruée vers l’or» de Charlie Chaplin (1925), derrière «Le cuirassé Potemkine» de Serguei Mikhailovitch Eisenstein (1925).

Le succès mondial qui s’en suivit permit au réalisateur de rembourser les dettes crées par le film «Sciuscia».

Sortie du film en France au mois de septembre 49 et prenant la 16ème place du box office, avec environ 3 000 000 d’entrées, faisant quasiment recette égale avec «Riz amer» de Giorgio De Santis, sorti la même année.

Fernand Cabrelli (juin 2006)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 9-9-2016