VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS

de Julien Duvivier (France, 1956)

Jean Gabin
Danièle Delorme
Gérard Blain
Gabrielle Fontan
Germaine Kerjean
Robert Manuel
Colette Mareuil
Paul Demange
Lucienne Bogaert
Maxime Fabert
Robert Pizani
Liliane Bert
Aimé Clariond
Jean Gabin
Danièle Delorme
Gérard Blain
Gabrielle Fontan
Germaine Kerjean
Robert Manuel
Colette Mareuil
Paul Demange
Lucienne Bogaert
Maxime Fabert
Robert Pizani
Liliane Bert
Aimé Clariond

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Avec «Voici le temps des assassins», film pseudo-réaliste que l'on pourrait considérer comme appartenant au genre film noir, Julien Duvivier désavoue certains critiques de l'époque qui le considérait à tort comme un réalisateur révolu.

Après la sortie du film en salles, il déclare dans une revue de presse une des raisons qui l'ont poussé à faire ce film :

"Je crois que nous sommes entourés de monstres comme ça. On n'a qu'a lire les journaux, c'est quelque chose d'effrayant. Je crois que nous sommes comme ça depuis vingt ans, nous sommes au temps des assassins. Nous sommes absolument entourés de monstres et je connais, moi, des jeunes filles qui sont exactement pareilles au personnage de Catherine, je crois avoir fait quelque chose de violent, mais tout à fait logique".

De plus il ajoutera que le rôle de Chatelin était écrit expressément pour Jean Gabin.

Ce brillant scénario est concocté par son ami journaliste Maurice Bessy, critique de cinéma, fondateur de la revue hebdomadaire Cinémonde en 1928. Dans un petit bulletin de mai 68 il parle de son ami Julien. Voici un court extrait de ses propos :

«Il ne croyait pas au style que beaucoup de réalisateurs s'attribuent en recommençant dix fois le même film.. Créer, pour lui, c'était tenter. C'était aussi se tromper, pour mieux réussir ensuite. C'était disposer d'un faisceau de lignes de force et les utiliser toutes … Il était on ne peut plus maladroit avec les journalistes, se bornant à déclarer qu'il n'avait rien à dire, qu'il était un compteur d'histoires et que les metteurs en scènes qui bourraient leurs ouvrages de considérations métaphysiques, esthétiques ou autres, le faisaient doucement rigoler…".

Un jeu d'acteurs…
afficheJean Gabin, Danièle Delorme

Dans un café parisien, Duvivier aperçoit, accoudé au bar, un jeune homme qui pourrait correspondre physiquement au personnage du jeune Gérard Delacroix. C'était Gerard Blain , un jeune acteur qui a déjà fait quelques figurations au cinéma. Ce sera évidemment son premier rôle important avant d'être réellement révélé deux ans plus tard par Claude Chabrol dans «Le beau Serge».

Le chef décorateur Robert Gys, collaborateur attitré de Christian-Jaque , travaille à cette occasion pour l'unique fois avec Duvivier, réalisant de superbes planches mises en valeur sur le plateau par l'éclairage astucieux du très talentueux photographe Armand Thirard. il réalise notamment une superbe reconstitution du marché du vieux quartier des Halles de Paris aujourd'hui disparues, et dont la vision ravit toujours certains nostalgiques de la capitale de ces années-là.

Duvivier, qui reste lié à la carrière de Jean Gabin, l'utilise une septième et dernière fois, lui offrant comme dans ses autres films un rôle de personnage à fort caractère et débordant de réalisme qui lui va, bien-sûr, comme un gant. L'acteur lui-même lui rendra hommage dans un article du Figaro Magazine de juin 64 : "Seuls deux metteurs en scènes m'ont apporté quelque chose. Ils se nomment Duvivier pour la technique et Renoir pour la direction d'acteurs".

Un autre témoignage de Gabin encore plus précis à ce sujet : "C'est Duvivier qui m'a appris ce que j'ignorais encore de la technique du cinéma. Il m'a expliqué les objectifs et selon le choix qu'on en faisait pour un plan ce qu'on pouvait en attendre. J'ai bien retenu la leçon et ensuite j'ai su adapter mon jeu ou une certaine façon de me déplacer devant la caméra, en fonction de l'objectif choisi".

Evidemment, pour clore cette petite histoire, il faut bien sûr saluer l'époustouflante interprétation de Danièle Delorme qui utilisa avec maestria toutes ses facéties pour faire vivre l'une des plus belles garces du grand écran. Elle révèle au public son immense talent. Je n'ai malheureusement qu'un seul témoignage venant d'elle : "De tous les metteurs en scène que j'ai connus, Duvivier était le plus directif. Je pensais que c'était tellement bien qu'il n'y avait qu'à se laisser faire".

La chanson originale de film, «La complainte des assassins», écrite par Julien Duvivier lui-même, est chantée par la chanteuse et actrice Germaine Montero.

Sorti dans les salles françaises en avril 1956 avec le lourd handicap d'une interdiction aux mineurs de moins de 16 ans (un visa qui est actuellement en cours de révision ), «Voici le temps des assassins» totalisa un peu plus de 1 500 000 entrées .

Fernand Cabrelli (février 2007)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 19-6-2016