JEUX INTERDITS

«Jeux interdits», de René Clément (France, 1952)

Brigitte Fossey
Georges Poujouly
Lucien Hubert
Suzanne Courtal
Jacques Marin
Laurence Badie
André Wasley
Amédée
Louis Saintève
Marcel Mérovée
Annie Ravel
Violette Monnier
Madeleine Barbulée
Brigitte Fossey
Georges Poujouly
Lucien Hubert
Suzanne Courtal
Jacques Marin
Laurence Badie
André Wasley
Amédée
Louis Saintève
Marcel Mérovée
Annie Ravel
Violette Monnier
Madeleine Barbulée

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Au printemps 1951, René Clément tourne un des trois sketches pour le producteur Robert Dorfman, «Croix de bois, croix de fer», d’après une nouvelle de François Boyer. Il fut décidé d’en faire un long métrage, faute de n’avoir pu réaliser les deux autres parties, mais il faudra attendre quelques mois encore pour la suite du tournage qui débutera le 10 septembre 1951. Au montage, le prologue et l’épilogue qui mettent en scène les deux jeunes principaux protagonistes seront définitivement écartés.

A sa sortie, le film provoque des divisions parmi les critiques.

Témoignage de René Clément en juin 1952 : "Dans ce film, on voit un petit garçon et une petite fille qui jouent à tuer des bêtes pour les enterrer dans un cimetière-jouet, et dérobent partout des croix pour en parer les tombes miniatures. Pour des enfants purs, qu’est-ce qu’une croix ? Deux bouts de bois assemblés d’une certaine manière et plus ou moins garnis d’ornements divers. Pour des enfants purs, qu’y a t’il de mal dans le geste de prendre des croix sur des tombes d’hommes dont ils n’ont que faire, pour les planter sur des tombes d’animaux qui les amusent tant ? Comment les enfants auraient-ils, en naissant, le respect de la mort ? Quand ma petite héroïne, dont la mère vient d’être mitraillée par un avion allemand, demande au petit garçon pourquoi on va l’enterrer dans le cimetière, celui-ci lui répond sincèrement que c’est pour que les morts n’aient pas froid et ne s’ennuient pas tout seuls. Alors germe dans l’esprit de la petite fille l’idée du cimetière d’animaux : elle ne veut pas que son chien mort soit seul sous terre".

Les dialoguistes Jean Aurenche et Pierre Bost avec la collaboration de René Clément et malgré un travail assez original, font également l'objet de certains reproches, l,a profanation des croix et la cruauté des paysans ayant pu en déconcerter plus d’un à l’époque.

René Clément s’explique : "Les enfants oscillent entre le bien et le mal : c’est en nous regardant qu’ils choisissent. Je ne peux rien reprocher aux enfants de mon film. Absolument rien ! En revanche, j’en veux aux parents qui se battent devant eux pour une croix arrachée dans leur cimetière d’hommes, et qui leur hurlent ensuite au visage ‘Voleur !’, alors que les pauvres ne connaissent même pas le sens de ce mot. J’ai voulu, dans «Jeux interdits», montrer l’effrayante responsabilité des grandes personnes dont chaque geste est un exemple pour les enfants…"

Le film sortit en Allemagne dans une version mutilée, la séquence de bombardement, au début du film, étant jugée trop réaliste.


Une enfant dans la tourmente…
afficheGeorges Poujouly, Brigitte Fossey

Lors d’une interview en octobre 1963, René Clément nous fait part des pressions exercées par la société qui à produit le film : "Je ne peux pas dire que je pensais que je réalisais un chef-d’œuvre mais ce dont je suis sur que je peux dire vraiment, c’est que je savais que je tournais quelque chose qui était très important pour moi, et le film a failli ne pas se terminer. Il s’est achevé dans des conditions dramatiques. Il est sorti dans des conditions tout aussi dramatiques. On en voulait beaucoup au producteur qui l’avait fait. On essayait de l’achever et en l'achevant lui, on achevait mon film… J’ai littéralement terminé «Jeux interdits» comme on sort un malade du lit en ayant peur qu’il ne meure dans la seconde qui suit".

Pour le choix du rôle de la petite Paulette, c’est à Nice, dans une salle ou étaient réunies 150 petites filles que l'épouse de René Clément, Bella, influença fortement son mari pour engager une petite fille alors âgée de 5 ans et demi, Brigitte Fossey. En effet le réalisateur qui était d’abord très réticent pour l’auditionner à cause de son très jeune age se rendit compte qu’au bout de quelques essais il était finalement plus facile de diriger une fille de 5 ans plutôt qu’une de 9 à 11 ans comme il l’avait ennvisagé et demandé dans une annonce de presse (anecdote racontée par l’actrice Brigitte Fossey, d’après ses mémoires lors d’un entretien télévisé).

Au moment de la reprise du tournage, 6 mois après la première mouture comme nous l'avons dit, Poujouly revenait du plateau de «Nous sommes tous des assassins» d'André Cayatte les cheveux taillés très court. Pour pallier cet inconvénient, on lui mit une perruque. Entre-temps, Brigitte Fossey avait perdu deux dents de lait qui ont été remplacées par des fausses afin de pouvoir continuer le film.

La musique de Narcisso Yepes, très prisée des guitaristes en herbe, est l'arrangement d'un morceau d'origine incertaine est controversée, le musicien ayant lui-même donné plusieuer version de sa source d'inspiration.

Signalons enfin que ce sont les véritables parents de Brigitte Fossey qui incarnent ceux de Paulette dans la violente première scène du film, ceci "… dans un souci de ‘protection’ et pour essayer de lui faire comprendre que tout cela n'est que du cinéma" (Yvan Foucart).

En 1952, Le film ne fut pas sélectionné pour le Festival de Cannes (indignation de la part de certains) mais, présenté hors compétition, il obtint toutefois le Grand Prix Indépendant de la Critique. La même année, le film remporta le Lion d’Or de Saint-Marc du Festival de Venise : ce n’était que justice.

En 1953, René Clément reçut une distinction spéciale pour «Jeux interdits» lors de la remise des Oscars.

En France, le film sortit en mai 1952 pour une honorable 7ème place au box-office national, avec près de 5 000 000 d’entrées.

Fernand Cabrelli (octobre 2007)

Sources : "L'avant-scène" du 15 mai 1962, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 26-9-2016