BAMBI

«Bambi», une production de Walt Disnay (U.S.A., 1942)

la petite histoire…

afficheaffiche originale

«Bambi» est tiré du roman de l’écrivain autrichien Felix Salten, «Bambi, l’histoire d’une vie dans la forêt», publié en 1928. Trois oeuvres de cet auteur ont donné naissance à des films de Disney.

Ce conte fut présenté à Walt Disney en 1935 par Sidney Franklin qui en détenait les droits d’auteur. Le producteur de la Metro-Goldwyn-Mayer pensait à juste titre que cette histoire était plus appropriée à devenir un film d’animation.

En 1933, quand Adolf Hitler prit le pouvoir, le livre de Salten fut brûlé comme tant d’autres par les nazis. Au moment de l'Anchluss, Felix Salten, d’origine juive, décida de s'exiler en Suisse où il mourut en 1945.

La guerre se répandit en Europe. Walt, de son coté, traversait une période relativement chaotique. Les récents échecs commerciaux de ses films ambitieux, «Pinocchio» et «Fantasia» (1940), n’arrangèrent pas ses finances. Il dut faire face aux rumeurs de licenciement qui se propagèrent dans ses propres studios, tracas auxquels vinrent s’ajouter les grèves à répétition, puis l’entrée des Etats-Unis dans le conflit mondial, consécutive au bombardement de Pearl Harbor par les Japonais. Il en résulta la mobilisation de ses jeunes animateurs et la réquisition de ses studios pour soutenir l’effort de guerre. Dans ce climat, le maître se débattit pour mener à terme le projet «Bambi», resté en veilleuse depuis 1936.

Walt Disney s’est totalement “baigné” dans son oeuvre, jusqu’au dernier morceau de pellicule. Il travaillait étroitement avec ses animateurs qui voyaient s’ouvrir de nombreuses possibilités scénaristiques dont beaucoup furent pourtant abandonnées. Ainsi advint-il de la scène de la fourmilière piétinée par Bambi, qui montrait les dommages causés à la civilisation des fourmis : plusieurs semaines de travail dont on ne garda finalement rien. De même, le père de Thumper disparut du scénario final, tandis que la séquence de l’abeille ingurgitée par Bambi et qui tentait de sortir de son ventre fut oubliée…

Walt voulait suggérer la mort du chasseur lors de l'embrasement de la forêt en représentant simplement une botte calcinée. Il avait également l'intention de montrer la disparition de la mère de Bambi…

Toutes ces idées ont été finalement rejetées. Dans sa première version, le film durait deux heures. Il fut pratiquement réduit de moitié.


The Disney Touch…
afficheWalt Disney

Dans les studios Disney, on pouvait aisément étudier l’anatomie du cerf grâce au spécialiste Rico Lebrun. Parmi les animateurs, Bernard Garbutt avait un talent particulier pour donner de la fluidité au personnage de Bambi auquel Mark Fraser Davis se chargeait d’ajouter une expression humaine, transformation originale à cette époque.

Mark Davis : "Je consultais un livre sur la psychologie enfantine, j’étudiais l’expression de ces petits êtres humains que j’appliquais ensuite au visage du jeune faon". Cette technique influencera bon nombre d’animateurs pendant plusieurs décennies.

Walt Disney envoya une équipe de dessinateurs dans la forêt afin qu'ils en étudient les paysages. Une centaine de photos ont été prises pour servir de modèle. Au final, les dessins se révélèrent si détaillés qu'ils déplurent au producteur. L’équipe commençait sérieusement à se décourager.

La solution fut apportée par le talentueux Tyrus Wong qui créa sur des toiles des décors dans un style impressionniste. L'artiste chinois avait su comprendre ce que Walt recherchait. Wong avait la qualité d’ajouter à ses peintures un peu de poésie grâce à une esthétique dite “chinoise”.

Tyrus Wong : "J’ai été engagé pour une formation d’animateur et pour cela je suis resté environ un mois à travailler sur les intermédiaires. J’avais l’impression que mes yeux allaient sortir de leurs orbites à force de feuilleter les pages de dessins. J’étais surtout un peintre de paysages et comme j’ai appris qu’ils préparaient Bambi, je leur ai donc montré mes dessins. Tom Codrick les a vus, il m’a demandé ce que je faisais aux intermédiaires, disant que j’étais là-bas dans le mauvais département… L’esthétique chinoise me venait très naturellement et par la suite je ne m’étais jamais douté que j’avais eu tant d’influence".

Vous voudrez bien noter les très belles partitions musicales du duo Edward H.Plumb et Frank Churchill.

En 1942, «Bambi», sorti dans les salles américaines en période de conflit, passa inaperçu. Il fallut patienter quelques années, l'attente une nouvelle sortie en salle, pour que les studios Disney puissent finalement retrouver leur mise.

En France, le film ne fut présenté qu'en mai 1948. Il se positionna rapidement à la première place du box office, totalisant près de 11 000 000 d’entrées. Un succès mérité.

Fernand Cabrelli (décembre 2007)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 29-9-2016