LA TRAVERSEE DE PARIS

de Claude Autant-Lara (France, Italie, 1956)

Jean Gabin
Bourvil
Jeannette Batti
Louis de Funès
Georgette Anys
Jean Dunot
Bernard Lajarrige
Jacques Marin
Georgette Arnoux
Harald Wolff
Jean Gabin
Bourvil
Jeannette Batti
Louis de Funès
Georgette Anys
Jean Dunot
Bernard Lajarrige
Jacques Marin
Georgette Arnoux
Harald Wolff

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Claude Autant-LaraClaude Autant-Lara fait adapter par ses scénaristes habituels, Jean AurencheJean Aurenche et Pierre BostPierre Bost, une nouvelle de Marcel Aymé, «La traversée de Paris», tirée du recueil «Le vin de Paris». Le projet, qui date de 1950, n'aboutira que 6 ans plus tard.

Le réalisateur essaye sans succès de convaincre sa maison de production d’engager Bourvil pour incarner le rôle de Martin. On lui demande de chercher un autre acteur. Autant-Lara s'obstine et retire son projet.

Ce n’est qu’en 1956 qu’il réussit à imposer Bourvil au producteur Henry Deutschmeister, après quelques conversations houleuses. En échange, ce dernier - qui ne croit pas au projet - lui demande de réduire la durée du film et de renoncer à la couleur pour économiser 80 millions sur un coût initial de 200.

Bourvil : "Quand Claude Autant-Lara préparait son film, il m’avait contacté pour le rôle de Martin. J’étais heureux et je me disais ‘pourvu que ça marche, pourvu que tout le monde veuille bien de moi’ et il est allé trouver Gabin qui lui a répondu tout de suite : bien, si j’ai Bourvil pour jouer avec moi, je signe tout de suite !".

Le 8 mars 56, Claude Autant-Lara reçoit un courrier de Marcel Aymé qui lui fait part de son amertume quant au choix des principaux interprètes :

"J’ai lu dans les journaux, il y a environ une semaine, que les interprètes principaux de «La traversée de Paris» devaient être Gabin et Bourvil et j’ai cru à une farce… Une fois, déjà, on avait choisi Bourvil contre mon gré dans «le passe-muraille» où il avait donné ce que vous savez… Vous savez aussi bien que moi que Bourvil est à l’opposé du rôle et je ne dis rien de ses qualités d’acteur. J’entends bien qu’il s’agit maintenant de faire “commercial” à tout prix et de tourner la chose en grosse guignolade, mais je ne crois même pas que ce soit là un bon calcul. Bourvil pourra y aller de toutes ses bonnes ficelles dans le rôle de Martin, il ne sera qu’insignifiant. Il va sans dire que mon nom ne paraîtra pas au générique.
En outre, je me réserve de dire dans la presse ce que je pense de cette petite mésaventure dont vous serez d’ailleurs victime aussi bien que moi.
Je vous souhaite bon courage dans l’accomplissement de cette besogne."

L’écrivain trouvait aussi que, malgré son talent, Gabin faisait trop vieux pour le rôle de Grangil.

Dans la nouvelle de Marcel Aymé, Martin comprend à quel point il a été manipulé par Grangil, l’artiste peintre, qui est venu s’immiscer dans son travail et qui a tout fait pour le compromettre. Furieux il lacère quelques toiles et, dans la bagarre, il le tue avec son couteau de poche. C’était une conclusion impensable pour l’équipe de production. Aurenche et Bost se penchent sur le problème et adaptent une autre fin que celle qui est décrite dans le livre.

Le personnage de Grangil a été volontairement “gauchisé” par les deux scénaristes et ne correspond plus vraiment à celui décrit par Marcel Aymé. Malgré ce petit changement, Gabin n’aimait pas ce personnage qu’il trouvait cynique et peu sympathique, comme en témoingne Jean Aurenche : "Il ne se reconnaissait pas dans le personnage. Il n’aimait pas jouer les voyous ni insulter les pauvres… ’Salauds de pauvres’, une phrase qui lui brûlait la bouche. Mais nous lui avons donné un sens légèrement différent".


"La réaction d'un honnête homme…"
afficheJean Gabin, Bourvil

Sur le plateau, Jean Gabin et Claude Autant-Lara , deux forts caractères, s’accrochent de temps à autre. Le réalisateur n'apprécie guère la façon de jouer de l’acteur, sa manière de se concentrer avant chaque scène. De son coté, Gabin ne supporte pas qu’on lui mime ses gestes et qu’on lui murmure toutes ses répliques. Ce qui n’empêchera pas les deux hommes de retravailler ensemble une dernière fois, deux années plus tard pour une autre œuvre majeure, «En cas de malheur».

Selon Jean Aurenche, Gabin détestait «La traversée de Paris» et «En cas de malheur». Quelques années plus tard, Claude Autant–Lara lancera une flèche contre Gabin, confiant aux Cahiers de la Cinémathèque : "Gabin, c’est un acteur moyen, au fond. Il y a d’un côté les comédiens, les vrais, puis les acteurs. Gabin n’est même pas un acteur. C’est une personnalité. C’est très différent, mais c’est, aussi, considérable. Dans «La traversée de Paris», où il incarne une personnalité de la peinture, il est parfaitement à son aise. C’est, je crois bien, un de ses rôles marquants. Mais si vous ne lui faites pas un costume sur mesure, il n’y a personne…".

Le tournage est entièrement réalisé en studio sous la lumière de l’opérateur Jacques Natteau. Dans ce film, le décorateur Max DouyMax Douy donne toute la mesure de son talent.

Louis de Funès, qui à cette époque était encore abonné aux rôles secondaires, fait une prestation très remarquée dans le personnage de l’épicier Jambier, se livrant à ces mimiques si particulières qu’il gardera tout au long de sa grande carrière. Une année charnière pour lui et un début de reconnaissance au cinéma qui lui permettra finalement d’aborder les têtes d’affiches.

Le film sort dans les salles en octobre 1956 et obtient la quatrième place au box-office, avec près de 5 000 000 d’entrées, donnant ainsi raison au réalisateur qui ne s’était pas trompé dans son choix d’acteurs. Il est sélectionné pour le festival de Venise et Bourvil, qui ne s’est pas déplacé, apprend avec stupéfaction qu’il a obtenu la Coupe Volpi du meilleur acteur.

Après avoir vu le film, Marcel Aymé écrit une nouvelle lettre au réalisateur. Il lui fait part de son contentement et indique combien il a aimé cette oeuvre, le jeu des acteurs et confesse aussi son erreur de jugement : "Merci de ce que vous avez fait. C’est vraiment la toute première fois qu’on ait fait au cinéma quelque chose tiré d’un de mes livres qui soit non seulement bien, mais d’une très grande qualité…".

Réplique de Claude Autant-Lara : "C’est la réaction d’un honnête homme".

Fernand Cabrelli (avril 2008)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 2-10-2016