BRUTE FORCE

«Les démons de la liberté», de Jules Dassin (U.S.A., 1947)

Burt Lancaster
Hume Cronyn
Charles Bickford
Yvonne de Carlo
Ann Blyth
Ella Raines
Anita Colby
Sam Levene
Howard Duff
Art Smith
Burt Lancaster
Hume Cronyn
Charles Bickford
Yvonne de Carlo
Ann Blyth
Ella Raines
Anita Colby
Sam Levene
Howard Duff
Art Smith

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Après un bref passage à la Warner Bros, Le producteur Mark HellingerMark Hellinger fonda, en 1945, sa propre société au sein du groupe Universal. Cet ancien journaliste, fasciné par les affaires criminelles, projetait depuis une dizaine d’années de produire un film sur le milieu carcéral. Il fit appel aux compétences du journaliste Robert Patterson pour travailler quelques semaines autour de la véritable histoire d’un ancien détenu. Il contacta également Richard BrooksRichard Brooks, un jeune scénariste au talent prometteur, pour élaborer le scénario.

Mark Hellinger : "L’histoire provisoirement intitulée «Eight men» est une idée à moi. J’ai mis un certain Robert Paterson là-dessus. Mon intention est d’engager Richard Brooks pour travailler avec moi, reconstituant la charmante équipe qui nous a donné «Swell guy»".

Il contacte Jules Dassin, qui venait de quitter la firme “au lion rugissant”, pour lui confier la réalisation du film, devenu «Brute force».

Jules Dassin : "Après cette expérience pénible de plusieurs années, j’avais pu m’échapper de la MGM et, quelques jours après, Mark Hellinger demanda à me voir. Je ne comprendrai jamais pourquoi il fit appel à moi. Tout ce qu’il avait pu voir de moi, c’était mes navets de la MGM !".

Hellinger avait permis à Burt Lancaster de percer à l’écran l’année précédente dans «Les tueurs» de Robert Siodmak. Il lui offrit à nouveau le rôle principal, le mettant sur les rails d'une prometteuse carrière. Jules Dassin :

"Burt tirait une grande jouissance de sa force physique et de son enjouement. Il riait tout le temps. Il adorait me porter sur ses épaules pour entrer sur le plateau. C’était notre entrée ! Il savait s’amuser. A cette époque c’était encore un gamin peu instruit, peu formé. Un merveilleux gamin issu du cirque. Au fils des années j’ai gardé un oeil sur son propre cheminement culturel. Et j’étais fier de lui."

Hellinger exiga de Dassin qu’il rajoute des personnages féminins dans des séquences de flash back. Ce dernier s’opposa vigoureusement à cette idée, maladroite selon lui. Mais il perdit finalement la bataille et dut se soumettre. Burt Lancaster reconnaîtra plus tard que c’était une erreur.

Malgré tout, le réalisateur bénéficia pour ce film d’une certaine liberté de travail :

"Avec Mark Hellinger, je commençais seulement à percevoir ce qu’était le cinéma, comment et pourquoi faire un film. Il y a des choses qu’on ne comprend qu’après coup… Un des plaisirs de faire «Les démons de la liberté», outre le fait d’échapper à la M.G.M , tenait à ce que personne ne mettait en question mes choix d’acteurs, dont certains venaient du fameux théâtre new yorkais ‘The group theatre’, et Art Smith en faisait partie… Hume Cronyn était un acteur splendide. Peu de gens le savent, car ils ignoraient son travail théâtral. C’était un acteur très bon, très solide et je lui dois énormément. Il n’avait aucune limite en tant qu’acteur. Avec Hume, je tenais mon opéra Wagnérien !"

Dassin résista néanmoins aux censeurs qui lui demandèrent de refaire la scène de torture, jugée trop violente. Le simple maillot de corps que portait le tortionnaire Munsey fut en effet un autre point de discorde. Jules Dassin : "Il y avait une scène, lorsqu’il corrige terriblement un prisonnier, que j’ai tournée comme une scène d’amour étrange, terrible, érotique. Ils ont coupé l’essentiel…".

Certes, des scènes significatives ont étés coupées au montage final, mais l’allusion sur l’homosexualité du gardien chef Munsey transpire tout de même. De l’aveu du réalisateur, ce fut sa plus belle victoire contre les censeurs.


William Daniels…
afficheAnn Blyth, Burt Lancaster

Le film bénéficie de superbes prises de vues dues au talentueux chef opérateur William Daniels, photographe en son temps de la divine Garbo et que Dassin adorait par dessus tout :

"A la MGM un jour, un réalisateur vedette était tombé malade et pour ne pas perdre un jour de tournage j’avais été désigné pour le remplacer. C’est là que j’ai rencontré un chef opérateur du nom de William Daniels. Je me souvenais de lui et il avait fait des choses formidables. C’était un trésor vivant du cinéma américain… On a donc travaillé un jour ou deux ensemble et tout c’est bien passé. Quand «Les démons de la liberté» et «La cité sans voiles» (1948) sont arrivés, j’ai dit à Mark Hellinger que j’aimerais avoir Billy Daniels."

Le producteur se montra pourtant réticent à engager Daniels, qui avait une réputation de buveur. Il pensait qu’il n’était pas fiable du tout, mais devant les insistances de Dassin, il finit tout de même par accepter. Témoignage du réalisateur : "Daniels a gagné un oscar pour «La cité sans voiles» et, durant notre collaboration, il n’a jamais pris le moindre verre".

L'ambition initiale de Dassin était de tourner dans une véritable prison, mais on lui fit comprendre qu’il fallait vite oublier cette idée, complètement irréaliste pour l’époque.

Jules Dassin : "On m’a autorisé à visiter une vraie prison. C’est un lieu très néfaste et vous seriez surpris de voir ce qu’un homme peut devenir en prison. Imaginez-vous seulement être enfermé pour une durée illimitée et quelle sorte de compagnie, d’éthique et de moralité vous allez avoir… Vous êtes en enfer. J’ai fait cette expérience et au bout de 2 jours je ne pensais plus qu’à sortir".

Deux mois de tournage auront suffit au metteur en scène pour réaliser «Brute force», achevé le 11 avril 1947. En France, un peu plus de 1 500 000 spectateurs sont allés voir «Les démons de la liberté», sorti en septembre 1948.

Fernand Cabrelli, mai 2008

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 3-10-2016