A STAR IS BORN

«Une étoile est née», de George Cukor (U.S.A., 1954)

Judy Garland
James Mason
Jack Carson
Charles Bickford
Tommy Noonan
Frank Ferguson
George Cukor
Judy Garland
James Mason
Jack Carson
Charles Bickford
Tommy Noonan
Frank Ferguson
George Cukor
Judy Garland
James Mason
Jack Carson
Charles Bickford
Tommy Noonan
Frank Ferguson
George Cukor

la petite histoire…

afficheaffiche originale

«Une étoile est née» est le remake d’une première œuvre que William Wellman réalisa en 1937 sur la base d’un film de George Cukor, «What Price Hollywood» (1932), la seule différence notoire résidant dans le fait que l’histoire de 1932 reposait sur la déchéance d’un réalisateur au lieu d’un acteur.

Le producteur Jack Warner, qui soutient avoir été à l’origine de l’idée du remake, réussit à convaincre George Cukor de le réaliser.

George Cukor : "J’avais traité le sujet une première fois en 1932 dans une production de David O’Selznick. Le film était excellent, mais il n’a pas eu de succès. Puis en 1937 le même Selznick fit réaliser par William Wellman une première version de «A star is Born», avec Janet Gaynor et Fredric March. J’avais donné l’idée d’une scène, qui figure également dans la seconde version, celle que j’ai tournée. On y voit le personnage principal, qui suit une cure de désintoxication dans une clinique, recevoir la visite de son metteur en scène venu lui apporter un scénario. Le metteur en scène, c’est moi ; l’acteur est John Barrymore, soigné alors pour alcoolisme. En sortant de la clinique j’étais tombé sur Selznick et lui avait raconté l’entrevue". Il s'agissait alors de peaufiner le casting de «Le roman de Marguerite Gautier» (1936), le rôle prévu pour John Barrymore étant finalement attribué à Henry Daniell.

George Cukor poursuit : "Les films sur les milieux du cinéma ne m’intéressent pas outre mesure, j’en ai tant fait ! Mais ici deux choses me séduisaient. D’une part faire tourner Judy Garland, d’autre part travailler sur un script excellent, dû à Moss Hart".

Effectivement, le scénario fut merveilleusement réadapté par Moss Hart. Harold Arlen et Ira Gershwin écrivirent de nouvelles chansons pour Judy Garland qui avait déjà interprété le même personnage en 1942 dans une version radiophonique de la série "Lux Radio Theatre". Elle avait pour partenaire l'acteur Walter Pidgeon, tandis qu'Adolphe Menjou interprétait le producteur Niles.

Après avoir pensé utiliser le processus 3 D, la Warner Bros. choisit finalement le format cinemascope, ce qui obligeait à obtenir un arrangement avec la 20th Century Fox, propriétaire du procédé. Le tournage avait déjà commencé depuis quelques jours quand la décision fut prise de remplacer le photographe Winton Hoch par Sam Leavitt. Des scènes furent refaites et quelques autres remaniements affectèrent l’équipe technique. Hugh 'Skip' Martin, arrangeur musical de longue date de Judy Garland, quitta le plateau, à la suite d’une dispute, pendant le tournage de la séquence «Lose That Long Face». De plus, les absences répétitives de Judy Garland au début des prises de vues incitèrent Jack Warner à engager un certain Harry Rubin pour veiller sur la star ! Au total, le film demandera plus de 10 mois de tournage.

George Cukor :"Le tournage fut si long que j’eus le temps de prendre des vacances, pendant lesquelles on réalisa le numéro de Judy Garland au music-hall, qui, à mon avis, prend trop de place".

Ce long numéro musical, «Born in the Trunk (Née dans une malle)», que la Warner fit insérer, dure une vingtaine de minutes. Il représente le chemin parcouru de la vedette pour atteindre la gloire. L'ensemble des chansons est un patchwork de vieux succès chorégraphiés et dirigés par Richard Barstow. Ce rajout incitera la Warner à supprimer beaucoup de scènes, au grand regret de George Cukor : "C’était un film énorme. On a tellement coupé qu’on ne se rend plus compte de ses dimensions …!".

Le réalisateur déplora notamment la scène qui présentait Vicki Lester (Judy Garland) encore méconnue et sans ressources et décrivait ses relations avec Norman Maine (James Mason).


Judy Garland…
James Mason, Judy GarlandJames Mason, Judy Garland

La lente agonie de Norman Maine, rongé par ses dépendances aux substances nocives, n'est en fait que le reflet de l'histoire de Judy Garland, licenciée par la MGM pendant le tournage de «Mariage royal» à cause de ses absences répétitives qui avaient déjà exaspéré la maison de production lors du tournage précédent, «La jolie fermière» (1950).

L’année suivante, la collaboration de la star avec Sid Luft, qui devint son troisième mari, fut déterminante pour la suite de sa carrière. Sid organisa pour elle des tournées en Europe et fonda la société de production "Transcona enterprises". Il s’associa avec la Warner Bros pour produire «Une étoile est née». Le retour de Judy Garland au cinéma fut annoncé après 4 années d'absence.

A la sortie du film les critiques furent unanimes à louer la prestation de Judy Garland. Pour la première fois de sa carrière, la star sera nominée aux oscars. Alors que tout le monde pensait qu’elle allait remporter la précieuse statuette, ce fut finalement Grace Kelly qui toucha le gros lot pour sa performance dans «Une fille de la province» (1954), créant une énorme surprise. Judy, qui venait d’accoucher de Joey Luft, assista à la cérémonie depuis la chambre d’une clinique. Persuadés de sa victoire, les journalistes présents pour recueillir ses premières impressions s'éparpillèrent prestement lorsque le nom de la lauréate fut connu !

Le grand fantaisiste Groucho Marx s’empressa de consoler son amie en lui envoyant un télégramme : "Chère Judy, c’est le plus grand vol depuis Brinks", faisant allusion à l’un des plus grands casses perpétrés sur le territoire des Etats Unis, quelques années auparavant.

«Une étoile est née»» devait permettre à l’actrice de redémarrer une seconde carrière; Ce fut le contraire qui se produisit. Il faudra attendre les années 60 pour revoir Judy Garland au cinéma, dans des films secondaires.

James Mason fut également nommé pour sa très grande interprétation – probablement un de ses meilleurs rôles – mais la précieuse statuette lui échappa pour revenir à un jeune premier, Marlon Brando.

Au total, ce chef-d'oeuvre généra 8 nominations, mais aucune récompense ne lui fut attribuée. Les urnes hollywoodiennes sont parfois sans pitié !

«Une étoile est née» sortit en France en mai 1955, dans une version écourtée d’une durée de 2 heures (les exploitants de salles de cinéma étaient ainsi satisfaits) contre 2h 34mn aux Etats-Unis, alors que la durée initiale était de 3h 02mn. 630 000 spectateurs assistèrent à ce spectacle grandiose.

Fernand Cabrelli (janvier 2009)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 7-10-2016