UN REVENANT

de Christian-Jaque (France, 1946)

Louis Jouvet
Gaby Morlay
François Périer
Jean Brochard
Ludmilla Tcherina
Marguerite Moreno
Louis Seigner
Léo Lapara
Albert-Michel
Hélène Ronsard
Louis Jouvet
Gaby Morlay
François Périer
Jean Brochard
Ludmilla Tcherina
Marguerite Moreno
Louis Seigner
Léo Lapara
Albert-Michel
Hélène Ronsard

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Sous la direction de Christian-Jaque, Louis Jouvet accepte de faire son grand retour à l'écran pour «Un revenant», un titre à double sens.

Rappelons que ce grand comédien, directeur du théâtre de l’Athénée, quitta la France occupée avec sa petite troupe en juin 1941 pour une longue tournée de 4 ans en Amérique latine, après un détour par la Suisse.

Louis Jouvet : "Les raisons pour lesquelles j’ai quitté Paris, puis la France, ne sont ni religieuses, ni politiques, mais uniquement professionnelles. J’ai quitté Paris pour aller en Suisse, parce qu’on m’interdisait de jouer deux de mes auteurs, Jules Romains et Jean Giraudoux. On les trouvait anti-culturels, on m’offrait de les échanger contre Schiller et Goethe. Ce n’était plus mon métier, il y aurait eu équivoque… On ne fait du théâtre que par plaisir et en liberté. Avoir une profession et la pratiquer dans l’exigence de tous ses principes, m’est apparu à ce moment, et me paraît aujourd’hui plus que jamais, le meilleur moyen et la façon la plus sûre, pour un homme de théâtre, de faire de la politique et d’avoir une religion".

De retour sur sa terre natale, en février 1945, Louis Jouvet n’avait qu’une idée en tête, renouer avec son public en interprétant «La folle de Chaillot», une œuvre de son grand ami Jean Giraudoux avec qui il était lié étroitement depuis 20 ans et dont la nouvelle de la mort, en janvier 1944, l’avait beaucoup affecté.

Le producteur Jacques Roitfeld, sachant le comédien de retour à Paris, mit tout en œuvre pour lui trouver une histoire digne de sa réapparition au cinéma. Jouvet n’avait plus tourné depuis «Volpone» en 1939. Il trouva le temps de lui rendre visite et lui proposa un rôle de résistant pendant l’occupation allemande, sous la direction de Raymond Bernard. Jouvet refusa la proposition et lui demanda de trouver un autre sujet avec un bon scénario. Déçu, Roitfeld lui déclara qu’il avait tort de négliger les qualités de ce réalisateur.

Louis Jouvet : "Je n’en doute pas, mais j’ai été trop longtemps absent de France pour jouer un rôle de résistant, vous me comprenez ?". Le rôle sera finalement interprété par Michel Simon dans ce qui deviendra «Un ami viendra ce soir».

Louis Jouvet, qui considérait le plateau de cinéma comme un lieu de repos, revint à sa vraie occupation, le théâtre. Il avait une promesse à tenir envers Jean Giraudoux qui souhaitait qu’il crée «La folle de Chaillot».

Roitfeld, qui n'avait pas renoncé, demanda au scénariste Henri Jeanson de trouver un sujet. Ce dernier connaissait bien Jouvet qu'il avait imposé, quelques années auparavant, pour donner la réplique à Arletty dans «Hôtel du Nord» de Marcel Carné. Il avait écrit pour eux d’excellents dialogues au détriment d’Annabella (qu’il n’aimait pas trop) et de Jean Pierre Aumont, tous deux censés être les têtes d’affiche du film.

Les semaines passèrent et le producteur obtint finalement son sujet : «Un revenant», scénario et dialogues de Henri Jeanson et réalisation de Christian-Jaque. De ce fait, il négocia sans problème avec l'acteur qui, de plus, devait incarner un personnage qu’il connassait bien, celui d’un directeur de théâtre. En contrepartie, Jouvet demanda à ce que son compagnon de scène et ami Léo Lapara apparaisse dans un petit rôle (on le retrouvera souvent au casting des futurs films de Jouvet), ainsi que Marguerite Moreno alors âgée de 70 ans.


Une histoire vraie…
Louis Jouvet, François Périer, Ludmilla TchérinaLouis Jouvet, François Périer, Ludmilla Tchérina

«Un revenant» s’inspire d’un fait divers lyonnais des années 20, l ’affaire Gillet, un drame familial dans le milieu de la soierie. En 1933, le journaliste et écrivain Henri Béraud s’était emparé de l’affaire pour écrire son roman «Ciel de suie». Malgré quelques similitudes avec les personnages du livre, aucune référence à l'auteur ne fut faite, ni à la sortie du film ni dans la presse spécialisée. A cette époque, Béraud purgeait une peine de prison depuis 1944 pour “intelligence avec l’ennemi”. Condamné à mort, il sera gracié en 1950 par le Général De Gaulle.

Quelques années plus tard, Christian-Jaque évoquera cette source : "Parfois, avec Henri Jeanson, les projets cheminaient bizarrement. Ainsi pour «Un revenant» qui marquait le retour de Jouvet après la guerre, on a passé quinze jours à décortiquer le projet qu’il avait avec le producteur Roitfeld. Ça n’allait pas… En furetant dans sa bibliothèque, nous trouvons un bouquin de Henri Béraud, qui était de Lyon. L’idée de Lyon était acquise, une ville peu traitée au cinéma". Le réalisateur évoqua aussi l’inspiration d’un roman de Simenon, piste qui reste mystérieuse.

Sur le plateau, Christian-Jaque n’arrivait pas à diriger Marguerite Moreno comme il le souhaitait. Elle dormait continuellement, et le seul remède pour la réveiller était de lui faire boire de la bière !

Jouvet alternait, à cette époque, entre le plateau de cinéma et son théâtre de L'Athénée où il répètait en alternance «L’annonce faite à Marie», «Dr. Knock» et «l’école des femmes», respectivement de Paul Claudel, Jules Romains et Molière. Une clause spéciale dans son contrat lui donnait l’autorisation d’être en retard le matin ! Petite anecdote racontée par Vladimir Roitfeld, le fils du producteur : "Un assistant, ostensiblement, en voyant arriver Jouvet en retard, lui tendit la main en exhibant sa montre. Jouvet ne dit rien mais ensuite il vint me voir pour me prévenir : ‘Si ce petit con continue à faire du cinéma muet, tu le vires !’".

Dans le film, on aperçoit, lors d’une courte scène, le célèbre compositeur musicien Arthur Honegger qui interprète manifestement son propre rôle. Il a, bien sûr, composé la musique du film.

Le tournage de «Un revenant» s’étala sur plusieurs semaines pour se terminer en mai 1946. Il put ainsi entrer en compétition au premier festival de Cannes. Etrangement, Le film fut très mal accueilli, mais comme le disait si bien Jouvet, tout ceci n’a aucune importance.

La première représentation publique en fut donnée le 23 octobre 1946. Le film marcha bien, avec plus de 3 000 000 entrées, et manqua de peu le “top 20” des meilleures recettes de l’année.

Fernand Cabrelli, mars 2009

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 8-10-2016