LILIOM

de Frank Borzage (U.S.A., 1930)

Charles Farrell
Rose Hobart
Estelle Taylor
H. B. Warner
Lee Tracy
Walter Abel
Milfred Van Dorn
Guinn Williams
Lillian Elliott
Anne Shirley
Charles Farrell
Rose Hobart
Estelle Taylor
H. B. Warner
Lee Tracy
Walter Abel
Milfred Van Dorn
Guinn Williams
Lillian Elliott
Anne Shirley

la petite histoire…

afficheaffiche originale

«Liliom» est, à l’origine, une pièce du Hongrois Férenc Molnar écrite en 1909, un drame fantastique qui n’eut pas le succès escompté lors de sa représentation à Budapest. Elle fut reprise pour le cinéma dès 1919 par le Hongrois Mihaly KerteszMichael Curtiz, un film qui resta inachevé en raison des bouleversements politiques du pays. Cette année là, Kertesz devra s’exiler en Autriche avant de partir pour Hollywood et de devenir Michael Curtiz.

Au début du XXème siècle, «Liliom» est sans conteste une des pièces de théâtre les plus représentées, permettant à son auteur d'acquérir une réputation internationale. Créateur d’une trentaine de pièces, on lui doit des œuvres comme «Le moulin rouge» et «La fée» qui furent des succès en Europe et aux Etats-Unis. En France, «Liliom» est présentée pour la première fois en 1923 par Georges et Lumilla Pitoeff, au théâtre des Champs-Elysées mais fut un échec public. Entre temps, à Berlin (1914), Max Reinhardt en avait déjà fait une adaptation.

Paul Muni, acteur peu connu à l’époque, conseille à Winfield Sheehan, bras droit du producteur William Fox, d’acquérir les droits de l'oeuvre. Il pensait en obtenir le rôle principal mais se voit proposer par la direction le rôle du brigand Buzzard, qu’il refuse catégoriquement d’interpréter. On le retrouvera l’année suivante dans «Scarface» de Howard Hawks.

Pour mener à bien son projet, Sheehan pense tout naturellement au grand esthète qu’est le réalisateur Frank Borzage. Il compte également sur sa paire de vedettes, Charles Farrell et Janet Gaynor. Le trio peut s'enorgueillir de trois succès récents : «7th Heaven/L’heure suprême» (1927), «Street Angel/L’ange de la rue» (1927) et «Lucky Star» (1929). Mais l'actrice exige de la Fox une clause dans son contrat précisant qu’elle n’aura plus à paraître dans de fades comédies musicales. Pour contrer ses exigences, la compagnie suspend provisoirement son salaire.

En fin de compte, concernant le rôle principal féminin, Frank Borzage recrute la comédienne de théâtre Rose Hobart, remarquée sur les planches «Death Takes a Holiday», une pièce de Alberto Casella présentée pendant 6 mois à Broadway. De plus, l’actrice connaît bien la pièce de Molnar dont elle tint autrefois sur scène un rôle secondaire.

L’acteur Joel McCrea passe un test pour le rôle de Liliom, mais Borzage décide de s'en tenir à Charles Farrell. Il doit alors faire face aux foudres du producteur-superviseur Sol Wurtzel qui lui balance le scénario sur son bureau. La mort du personnage principal au milieu du film lui déplait énormément, surtout s’il s’agit de Farrell, mais Borzage ne cède pas d'un pouce.


"Au diable les femmes…"
Charles Farrell, Rose HobartCharles Farrell, Rose Hobart

Le tournage du film dont le titre «Devil With Women» reste provisoire, débute le 19 mai 1930, en studio. Un univers abstrait y est construit sous la direction du décorateur attitré de Borzage depuis «7th Heaven», Harry Oliver. Le premier jour, Borzage donne de précieux conseils à Rose Hobart qui se contente de hausser les épaules. Pour la scène du décès de Liliom, Rose Hobart ne veut faire aucun essai, forte de son expérience dans une situation similaire jouée au théâtre. Cette scène où Julie pleure au chevet de son amant fut tournée 36 fois et Borzage décide de ne retenir que les prises 18 et 32. L’actrice, un peu déstabilisée, se pose des questions et demande de conserver également la première, qu’elle croit bonne.

Témoignage de Rose Hobart à ce sujet : "Le lendemain nous allâmes aux rushes. Après 10 secondes, mon premier gros plan devenait grotesque. Rien ne s’y passait et comme je sanglotais, on ne comprenait pas ce que je disais. Atroce ! Les 2 autres prises, par contre, étaient admirables : on pouvait percevoir tout ce que j’éprouvais et mes paroles étaient claires. Je suis éternellement reconnaissante de cette leçon".

Sur le plateau Charles Farrell et Rose Hobart ne s’entendent guère mais cela n’altère en rien le déroulement du tournage qui s’achève 2 mois plus tard, le 24 juillet 1930. Le bureau de censure Hays émet de vives réserves sur certaines scènes, dont celle où Julie tombe enceinte sans être mariée. Mais le réalisateur ne veut rien changer à l’œuvre de Molnar, se démarquant ainsi de la première version de «Liliom», tournée par Maxwell Karger en 1921 sous le titre «A Trip to Paradise», totalement infidèle à l'oeuvre originale.

A sa sortie, dans une Amérique en pleine dépression, le film, incompris par le public, rencontre un échec commercial. Frank Borzage, décrédibilisé, se voit dépossédé de deux projets qu’il devait tourner avec le procédé multicolor bichrome dont les vedettes devaient être à nouveau Janet Gaynor et Charles Farrell. Il perd aussi son décorateur attitré, Harry Oliver, qui quitte la Fox pour la M.G.M.

Dans certains pays d’Europe, «Liliom» est présenté dans une version écourtée à cause d’une représentation du Ciel considérée choquante par les autorités catholiques. Le mot fin apparaissant à la mort du personnage central, la partie fantastique qui s'ensuit disparaissait totalement. En France, le film reste inédit. Il nous aura fallu attendre 1934 pour que Fritz Lang réalise, chez nous, un autre «Liliom», interprété par Charles Boyer et Madeleine Ozeray, version qui demeure la plus connue.

Fernand Cabrelli (mai 2009)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 10-9-2016