VISAGES D'ENFANTS

Dans cette salle…

La mort de la jeune Mme Amsler a durement éprouvé son fils aîné Jean qui n'arrive pas à admettre sa disparition.

Quelques mois plus tard, Pierre Amsler songe à se remarier. Il épouse Jeanne Dutois, une veuve et mère d'une petite fille.

De ce fait, il envoie son fils Jean, encore fragile, chez son parrain, prêtre d'un village voisin qui doit le préparer psychologiquement à cette nouvelle …

de Jacques Feyder (France, 1923)

Victor Vina
Rachel Devirys
Pierrette Houyez
Jean Forest
Henri Duval
Jeanne-Marie Laurent
Arlette Peyran
Henri Porcher
Suzy Vernon
Jacques Feyder
Victor Vina
Rachel Devirys
Pierrette Houyez
Jean Forest
Henri Duval
Jeanne-Marie Laurent
Arlette Peyran
Henri Porcher
Suzy Vernon
Jacques Feyder

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Jacques Feyder se voit proposer par 2 producteurs suisses, Dimitri Zoubaloff et Arthur Porchet, la réalisation de «Visages d'enfants» (1923). Ses oeuvres précédentes, «L'Atlantide» (1921) et «Crainquebille» (1922), ne sont probablement pas passées inaperçues à leurs yeux.

Après avoir construit le scénario dans son appartement familial, Feyder décide de tourner les extérieurs en Suisse. Pour les prises de vues, il peut compter sur l'appui de Léonce-Henri Burel, l'un des plus grands chef-opérateurs du cinéma muet qui avait déjà opéré sur «Crainquebille».

Léonce Henri Burel : "Dans ma très longue carrière, j'ai eu la chance de collaborer avec beaucoup de metteurs en scène importants, français et étrangers, tous de très grand talent. Très objectivement, de tous, Jacques Feyder est celui que je considère encore aujourd'hui comme le plus doué et le plus accompli, le créateur au sens le plus absolu du mot, le maître au sens le plus noble du terme, le patron, comme on dit en Faculté et aux Beaux-arts… Il sentait; il avait en lui infuse la science de l'image exacte et évocatrice. Nul n'a su, mieux que lui, compenser et équilibrer scénario, choix et direction d'acteurs, cadre, décor, ambiance, rythme, durée exacte de chaque séquence".

A cette époque, Léonce H.Burel était le chef opérateur attitré d'Abel Gance avec lequel il collaborait pour «La roue» (1923). Son chemin avec Feyder prendra fin malheureusement après «L'image» (1925). Léonce H.Burel : "J'ai été pendant plusieurs années le plus proche collaborateur de Jacques Feyder et, jusqu'au jour où un stupide incident extra-professionnel nous a séparé, je peux le dire, son ami. Nous étions jeunes, sensibles tous les deux et je reconnais avoir donné trop d'importance à une blessure d'amour-propre. Je l'ai souvent regretté"

Pour le rôle principal de «Visages d'enfants», Feyder renouvelle sa confiance au jeune comédien Jean Forest qu'il fit découvrir au public dans «Crainquebille» où il tenait le rôle de la Souris.

Jean Forest : "Mes parents étaient pauvres et, Dieu merci, ne se sont pas enrichis par moi, car les cachets de cinéma de l'époque étaient minces. Judicieusement épargnés, leurs montants devaient tout juste aider, un peu plus tard, mon père à m'envoyer à Janson de Sailly. Mais, entre-temps, grâce à Jacques Feyder, j'avais eu une enfance enchantée. J'avais été l'une de ces ombres du cinéma muet, un moment prodigieux qui me vaut encore aujourd'hui, après cinquante années, des lettres d'amis inconnus ! Oui, une enfance enchantée et dont l'enchanteur est resté pour ceux qui l'ont connu Monsieur Feyder".

En 1925, Jean Forest sera une nouvelle fois l'interprète principal de Feyder dans le film «Gribiche».


afficheJean Forest, Victor Vina

Au printemps 1923, le réalisateur emmène sa troupe de comédiens aux villages de Saint-Luc et de Grimentz, à 1600 mètres d'altitude, dans le haut Valais, une région montagneuse du sud de la Suisse. Sur place, il doit faire face aux intempéries. Les extérieurs, initialement prévus sur deux mois, se prolongeront jusqu'en été.

L'épouse de Jacques Feyder, l'actrice Françoise Rosay, fait partie de l'expédition. Depuis leur union elle est sa principale conseillère et ne cesse de collaborer aussi discrètement que possible avec le cinéaste. Elle prend même la direction du film pendant quelques jours, en l'absence de son époux parti à Vienne pour négocier le contrat d'un prochain film.

La scène des rapides emportant le petit Jean Forest est très impressionnante. Interrogé à son sujet le réalisateur répond : "… Il y eut bien la baignade du petit Forest et de Rachel Devirys, mais toutes les précautions avaient été prises pour qu'elle n'eût pas de suites fâcheuses : huilage du corps, vêtements de rechange chauffés, lits bassinés, frictions à l'alcool, boissons brûlantes ,etc. Rien ne fut épargné dans le but de produire une réaction salutaire et éviter la dangereuse congestion".

Pour l'anecdote, deux jours auparavant, Rachel Devirys avait failli se noyer dans ce même torrent et fut heureusement repêchée par Françoise Rosay, seule présente au moment de l'accident. Rachel Devirys, habituée aux rôles mondains, interprète la belle mère, Jeanne Dutois, un rôle d'une grande importance dans sa carrière d'actrice.

Rachel Devirys : "De Jacques Feyder, je ne peux que dire le plus grand bien. Je ne l'ai jamais entendu crier, ni vu s'impatienter avec ses interprètes. C'est de la manière la plus agréable qu'il expliquait et indiquait les scènes les plus dramatiques, comme celles que j'ai eu à subir dans «Visages d'enfants». Lorsqu'il avait donné ses directives, il me disait : 'Voilà, ma chère Rachel, comme je n'ai pas ton talent, joue avec ta nature, exactement comme tu le sens'. Après, il venait me dire que c'était parfait".

D'autres incidents surgirent, notamment pendant la scène de l'avalanche, très impressionnante où la caméra fut placée sur un bloc de glace dévalant la pente enneigée.

Feyder : "Montés sur un léger traîneau, cramponnés à leurs appareils solidement fixés au traîneau, les opérateurs descendirent… à la place de l'avalanche et tombèrent avec elle ! Comme vous le voyez, c'était une petite plaisanterie dans laquelle ils pouvaient dix fois se rompre les os".

Pour achever le tournage, deux petits mois suffirent pour tourner les scènes d'intérieurs dans le studio des Réservoirs, à Joinville.

A cause d'un désaccord entre Jacques Feyder et Aloys De Christen, l'administrateur de la société distributrice des grands films indépendants, les bobines seront maintenues sous séquestre pendant plus d'un an. Ce n'est qu'en janvier 1925 que le réalisateur assistera à la première de son film, au Gaumont Palace.

«Visages d'enfants» sera distribué dans les salles à partir de mars 1925. La presse japonaise lui décernera le prix du meilleur film européen.

Jacques Feyder : "Je ne mentionne le fait que pour répondre à certain expert zurichois qui me disait : 'Qui espérez-vous intéresser avec un film suisse ? Chez nous, il ne se passe rien !'. Singulière modestie. Car pourquoi la dactylo de Tokyo ou le mécanicien de Stockholm ne s'intéresseraient-ils pas autant au drame d'une famille valaisanne que le boulanger bernois s'intéresse aux prouesses d'un cavalier de l'Arizona, aux aventures d'un mauvais garçon de Montmartre ou aux refoulements d'un jeune pasteur du Kansas ?".

Fernand Cabrelli (septembre 2009)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.7.2.1 : 11-10-2016