KING KONG

d'Ernest Schoedsack, Merian C. Cooper (U.S.A., 1933)

Fay Wray
Robert Armstrong
Bruce Cabot
Frank Reicher
Sam Hardy
James Flavin
Noble Johnson
E. B. Schoedsack
M. C. Cooper
King Kong
Fay Wray
Robert Armstrong
Bruce Cabot
Frank Reicher
Sam Hardy
James Flavin
Noble Johnson
E. B. Schoedsack
M. C. Cooper
King Kong

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Figure mythique de l’histoire du cinéma, «King Kong» apparaît sur les écrans le 2 mars 1933. Malgré les coûteux remakes réalisés en 1976 par John Guillermin et en 2005 par Peter Jackson, cette première version conserve, près de 80 ans après sa réalisation, une poésie et un charme inégalés.

Il faut dire que de bonnes fées se sont penchées sur le berceau du “monstre” ! Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, les deux réalisateurs, engagés volontaires lors de la première guerre mondiale, se sont connus en Europe en1919. Cooper a rejoint l'armée polonaise et Schoedsack s'est mis au service de la Croix Rouge avant de filmer le conflit entre Turcs et Grecs en 1921. Les deux hommes partagent un même tempérament aventurier et ce n’est pas un hasard s’ils apparaissent brièvement à l’image aux commandes d’un avion mitraillant King Kong !

Au milieu des années 20, ils se retrouvent à Hollywood et s’associent pour réaliser deux documentaires tournés dans des conditions extrêmes, l’un en Iran («Grass : A Nation's Battle for Life», 1925), l’autre au Siam («Chang», 1927).

Le succès est au rendez-vous et deux films d’aventures s'ensuivent. Fasciné par le monde des gorilles, Cooper propose au nouveau patron de la RKO, David O. Selznick, sa dernière idée : un singe gigantesque à l’assaut de l’Empire State Building récemment édifié. Selznick demande à Cooper de tourner quelques séquences en s’associant avec Willis O’Brien, le petit génie des effets spéciaux dont les scènes “préhistoriques” du «Monde perdu» (1925) ont été très remarquées. L’essai est si convaincant que Selznick décide de consacrer 650 000 dollars au projet !

Le romancier anglais Edgar Wallace collabore au scénario mais il meurt avant le tournage. Il restera peu de chose de son travail dans la version finale. Le musicien Max Steiner entame à cette occasion une belle carrière hollywoodienne (il recevra un premier oscar dès 1935 pour «Le mouchard» de John Ford). Les décors de Skull Island (l’Ile du Crâne), particulièrement soignés, s’inspirent des illustrations de Gustave Doré pour la Bible et «La divine comédie» ! Le rôle du cinéaste joué par Robert Armstrong est une transposition évidente de Merian C. Cooper lui-même, comme le racontera Fay Wray en 1997.

Cinq années après «Symphonie nuptiale» (1927), où elle partagea la vedette avec son metteur en scène Erich Von Stroheim, l'actrice trouve ici le rôle majeur d’une carrière vouée à cette époque aux monstres en tous genres : elle vient d’échapper successivement au «Docteur X» et au nécrophile du «Mystère du Musée de cire» - tous deux dirigés par Michael Curtiz – avant de devenir, aux côtés de Joel McCrea, le gibier de la célèbre «Chasse du Comte Zaroff». Lorsque Cooper lui propose le rôle d’Ann Darrow, il lui annonce qu’elle va avoir pour partenaire "l’acteur le plus grand et le plus ténébreux qu’Hollywood ait connu" : "Je pensais aussitôt à Cary Grant ; je manquai défaillir lorsqu’on me mit sous le nez une photo du monstre !". Elle n’était pas au bout de ses peines : "C’est le rôle le plus exténuant de ma carrière. Il m’a aussi procuré une extinction de voix tant je fus obligée de hurler de terreur, prisonnière inconfortable de la main d’un partenaire pourtant bien pacifique. La nuit, j'en avais parfois des sueurs froides... !".

Revoyant le film des années plus tard, Fay Wray évoquait une scène devenue culte : "Je m'habituai vite au ‘monstre‘ mais non à l'idée que la bête devait en quelque sorte me déshabiller d'un doigt ‘délicat‘ : il m'effeuillait et j'étais presque nue ! La censure s'interposa, exigea des coupures, mais les images éliminées ont été réintégrées et c'est justice car il n'y a là aucun exhibitionnisme".


La belle et la bête…
imageLa Bête et la Belle

Transposition originale du mythe de "La Belle et la Bête", le film doit de toute évidence l’essentiel de son pouvoir de fascination au travail de Willis O’Brien. Le plus étonnant demeure le contraste entre la taille supposée de Kong (une quinzaine de mètres) et la taille réelle des modèles utilisés : seulement 45 centimètres ! Il faut se souvenir en effet que, à la différence des versions suivantes, O'Brien n'utilisa aucun acteur pour le rôle de Kong. Une armature en acier, un corps en caoutchouc recouvert de peaux de lapin, et voilà tout ou presque… Pour les gros plans, il fit réaliser des modèles grandeur nature de la main ou de la tête de Kong : quarante peaux d’ours furent nécessaires pour recouvrir la tête dont les yeux, les sourcils et les mâchoires étaient animés par des techniciens. Les combats avec les dinosaures furent animés image par image, les prises de vues avec acteurs étant ensuite superposées. Pour les scènes finales, un panneau figurait en arrière-plan le décor de New York, les gratte-ciels étaient peints sur des plaques de verre ; au premier plan, au sommet de la maquette de l’Empire State Building, le singe miniature - tenant dans sa main une figurine représentant l’actrice – défiait les avions en modèle réduit manœuvrés par des fils !

La réalisation des effets spéciaux prit de nombreux mois mais tant d’efforts et de patience furent récompensés : le film triompha dans le monde entier, sauvant du même coup la RKO de la faillite. Schoedsack reprit aussitôt le personnage de Carl Denham (à nouveau joué par Robert Armstrong) dans «Son of Kong» ; en 1948, il présenta «Monsieur Joe» avec Terry Moore et Ben Johnson, une variation amusante sur le même thème : malgré la contribution de Willis O’Brien, ces deux films relèvent plus de l’aimable série B que du chef d’oeuvre !

Ray Harryhausen, qui allait devenir le maître des effets spéciaux dès les années 50, trouva sa vocation lors de la première de «King Kong» et travailla sous les ordres de Willis O'Brien pour «Monsieur Joe». Il rendit hommage à son génial prédécesseur en ces termes : "En exploitant toutes les ressources magiques de la peinture, de la miniaturisation, de la caméra, du laboratoire et de l'animation, toute une équipe a su réaliser une oeuvre dont l'incroyable pouvoir poétique a défié le temps".

Lorsqu’il décida de se lancer dans un remake, Peter Jackson rencontra Fay Wray, alors âgée de 96 ans. Il la filma brièvement, rêvant peut-être de lui proposer une apparition dans son film. L'actrice donna sa bénédiction à Naomi Watts qui reprenait le rôle d'Ann Darrow. Mais le 8 août 2004, Fay Wray meurt et c’est l’Empire State Building tout entier qui lui rend hommage en s’éteignant pendant 15 minutes, signe manifeste de la pérennité du mythe !

Jean-Paul Briant (janvier 2011)

Sources : «Il était une fois King Kong», documentaire de Laurent Perrin (2004), encyclopédie Atlas «Le Cinéma» (1982), «Le cinéma fantastique» de Patrick Brion (1994), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 14-10-2016