MARCELINO, PAN Y VINO

«Marcelin, pain et vin», de Ladislao Vajda (Espagne, 1955)

Pablito Calvo
Juan Calvo
Fernando Rey
Rafael Rivelles
Isabel de Pomes
José Marco Davo
Rafael Calvo
Antonio Vico
José Nieto
Carmen Carbonell
Pablito Calvo
Juan Calvo
Fernando Rey
Rafael Rivelles
Isabel de Pomes
José Marco Davo
Rafael Calvo
Antonio Vico
José Nieto
Carmen Carbonell

la petite histoire…

afficheaffiche originale

"Un moine appelé au chevet d'une fillette mourante lui raconte le miracle du petit Marcelino …

Trouvé devant la porte d'un monastère, un bébé est recueilli par la communauté d'une douzaine de moines qui l'occupe.

Jusqu'à l'âge de cinq ans, l'enfant, baptisé Marcelino, n'a eu d'autre compagnie que la douzaine de religieux (comme les apôtres) qui l'entourent. Un jour, sur la lande, il rencontre une jeune femme à la recherche de son fils. Dès lors, il prend conscience qu'il existe un autre monde que celui, fermé, dans lequel il vit. Il s'invente un camarade, Manuel (du nom de l'enfant recherché), avec lequel il n'hésite pas à "dialoguer". Bientôt, il ressent à son tour le besoin instinctif d'une mère.

Plus tard, dans le grenier du monastère, il découvre un Christ crucifié sur une croix poussiéreuse. Marcelino s'est enfin trouvé un compagnon incarné. Chaque jour, il lui apporte du pain et du vin afin de subvenir à ses besoins alimentaires. Pour le remercier, le Christ lui propose de satisfaire un de ses souhaits. Marcelino choisit de rejoindre sa mère au Paradis, inconscient que cela signifie sa propre mort.

Devant les moines médusés qui l'observent en cachette, Marcelino prend le chemin du Ciel."

Nous sommes en 1955, en pleine époque franquiste. Le cinéma espagnol, pour s'exprimer, n'a guère d'autres terrains que l'exhaltation des valeurs communes à tous les régimes fascistes (mais dont certaines n'en demeurent pas moins respectables), comme la religion et la famille. A la lecture d'un tel sujet, on peut s'attendre à devoir subir un film lourd de symboles et destinés à des spectateurs prédisposés à recevoir la parole divine.

Il n'en est rien.

Marcelino n'est pas Bernadette Soubirou. Il n'a pas le moindre sentiment d'être touché par la grâce. Il ne réalise pas des miracles : il est l'objet même du miracle. C'est un enfant comme les autres, qui a besoin de jouer avec des gamins de son âge et de ressentir l'amour et la protection d'une mère qu'il n'a jamais connue, mais dont on lui a confié l'existence.

Marcelino s'est inventé un copain de jeu, qu'il remplace bientôt par la statue d'un Christ trouvée dans un grenier, mais il aurait pu tout aussi bien tomber sur un épouvantail. Le coeur généreux (une éducation religeuse comme celle délivrée par ces moines n'a jamais favorisé l'éclosion de générations de crapules), il reproduit le geste de l'eucharistie, si souvent observé, envers celui qui, comme tout être fait de chair et de sang, doit ressentir la faim et la soif. Jusqu'à ce que, reconnaissante, la statue s'anime pour lui…

Et si l'on est réfractaire à l'évocation même du miracle, on peut toujours se dire que l'animation de la représentation du Christ n'existe que dans l'imagination de l'enfant, et la forme de sa disparition que dans l'esprit d'une douzaine d'inconditionnels exhaltés.

On peut même rejeter en bloc une histoire qui n'est jamais que celle racontée par un confesseur à une fillette mourante et penser que tout cela n'est que légende. A chacun son fond de commerce.

Mais là ne se situe pas le débat. Car nous sommes cinéphiles et la forme a, pour nous, autant d'importance que le fond. A partir des «Trois mousquetaires», on peut réaliser un chef d'oeuvre, un navet, et même un film pornographique !

Et votre serviteur, qui n'est pas le premier défenseur de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine et ne fréquente pas les sentiers foulés par les pelisses noires, a vu dans «Marcelino, Pan y Vino», un très beau film.

Loin du prosélytisme commun aux partitions du genre, l'oeuvre de Vajda est avant tout un récit poétique profondément humain. L'histoire est traitée avec finesse. L'humour occupe davantage de place que le recueillement. La vie religieuse des moines est oscultée au profit des jeux solitaires de l'enfant. Plongé au coeur de la lande qui lui paraît bientôt sans limite, le spectateur finit par ressentir la claustrophobie qu'éprouve Marcelino, une oppression due à l'absence de ces relations égalitaires que l'on peut avoir avec ceux de son monde et de sa génération.

La caméra ne s'éloigne que très rarement des environs du monastère. On se sent prisonnier d'un espace infini, comme le serait un astronaute oublié dans la stratosphère. L'image en noir et blanc, baignée de lumière, merveilleusement conservée dans la version sans doute "remastérisée" que nous avons pu visionner, contribue à souligner le caractère insouciant de la courte vie de Marcelino.

Si vous voulez passer un moment merveilleux, laissez tomber vos préjugés (si vous en avez quelques uns) et regardez «Marcelino, Pan y Vino» (1955), désormais disponible en DVD.


Ladislao Vajda, Pablito Calvo et Marcelino …
Pablito CalvoPablito Calvo

Ladislao Vajda est un réalisateur hongrois, né à Budapest en 1906 où son père, Ladislaus Vajda (ne pas confondre !), est un scénariste reconnu.

Le jeune Ladislao travaille dans son pays jusqu'à 1938. Au début de la Seconde Guerre Mondiale, on le retrouve en Italie, puis en Espagne, où il fera l'essentiel de sa carrière et passera le reste de ses jours, se faisant naturaliser espagnol en 1954.

Si les Français le connaissent également par sa version du «Barbier de Séville» avec Luis Mariano (1953), «Marcelino, pan y vino» demeure son fim le plus célèbre.

Le petit Pablito Calvo (1948 / 2000) a été choisi au terme d"une sélection ayant vu défiler plusieurs milliers d'enfants. Le film doit beaucoup à sa performance remarquable pour un gamin de son âge : il ne cabotine pas à la manière du jeune JoselitoJoselito et parvient à donner beaucoup de crédibilité à la scène finale. Sa carrière cinématographique fut assez brève et sa vie anormalement courte, puisqu'il mourut à 52 ans, à la suite d'une hémorragie cérébrale. Il est sans doute retourné au ciel auprès de Marcelino.

Deux autres comédiens nommés Calvo furent ses partenaires dans l'oeuvre que nous vous présentons aujourd'hui : Juan CalvoJuan Calvo (Frère Bouillie) et Rafael CalvoRafael Calvo (Don Emilio, le maire), sans qu'aucun lien de parenté ne les liat.

Quant au film, co-production hispano-italienne, il connut - et connait encore - un succès phénoménal en Europe et dans le monde entier : ours d'argent du Festival de Berlin, Médaille d'or du CIDAC, mentions spéciales pour le film et pour le petit acteur au Festival de Cannes, etc. Il fut regardé et apprécié jusqu'aux aux U.S.A. et au Japon ! En 1991, le réalisateur italien Luigi Comencini se risqua à en faire un “remake”, «Marcellino».

Il est temps pour moi de laisser le clavier à Donatienne qui va vous projeter le miracle de Marcelino, comme elle l'a vu …

Christian Grenier (septembre 2011)

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 15-10-2016