THE GHOST AND Mrs MUIR

«Le fantôme de Mme Muir», de Joseph L.Mankiewicz (U.S.A., 1947)

Gene Tierney
Rex Harrison
George Sanders
Edna Best
Vanessa Brown
Anna Lee
Robert Coote
Natalie Wood
Isobel Elsom
Victoria Horne
Whitford Kane
Helen Freeman
Stuart Holmes
Gene Tierney
Rex Harrison
George Sanders
Edna Best
Vanessa Brown
Anna Lee
Robert Coote
Natalie Wood
Isobel Elsom
Victoria Horne
Whitford Kane
Helen Freeman
Stuart Holmes

la petite histoire…

afficheaffiche originale

Dès sa parution en 1945, «The Ghost and Mrs Muir», le roman de R.A. Dick (pseudonyme de Josephine Campbell Leslie) semble destiné à une adaptation au cinéma. Comme le remarque un critique littéraire : "Les studios ne doivent pas rater l'une des meilleures comédies romantiques de l'année".

Un premier projet devait être réalisé par John M. Stahl, le maître du mélodrame, si l'on se souvient de «Back Street» (1932) et du «Secret magnifique» (1935), deux grands succès d'Irene Dunne. Norma Shearer, la star MGM des années 30, y aurait fait son retour au premier plan. Finalement, c'est Gene Tierney qui retrouve pour l'occasion son metteur en scène de «Dragonwyck» (1946).

Joseph L. Mankiewicz considèrera toujours son quatrième film comme "… une commande, une œuvre de jeunesse". Il est vrai qu'il n'est pas à l'origine du scénario. C'est Philip Dunne qui a pris en charge l'adaptation très fidèle du roman. Deux modifications essentielles lui sont dues. Dans le roman, Lucy Muir a deux enfants : le scénariste supprime le personnage du garçon et développe le rôle de Martha, la fidèle cuisinière. Le changement le plus notable concerne le fantôme du capitaine qui n'apparaît jamais dans le roman où seule sa voix se fait entendre. Il paraissait impossible de recruter un acteur de la trempe de Rex Harrison sans le montrer, d'autant que la matérialisation du “fantôme” ajoute une dimension comique dans les scènes où Lucy est confrontée à sa belle-famille par exemple, sans parler du couple romantique ainsi constitué. A l'inverse de «Laura» (1944) où son portrait fascinait Dana Andrews, cette fois c'est Gene Tierney elle-même qui tombe amoureuse de l'image d'un être disparu.

Le casting porte bien toutefois la marque de Mankiewicz. Edna Best et Vanessa Brown, déjà présentes dans «The Late George Apley» (1946), son film précédent, répondent à son appel. Rex Harrison, futur Jules César de «Cléopâtre» (1962), et George Sanders, qui obtiendra l'oscar du second rôle masculin pour «Eve» (1950), sont de toute évidence ses recrues. Lorsqu'on lui faisait remarquer qu'il appréciait tout spécialement les comédiens anglais, Mankiewicz répondait, ironique : "S'il me fallait des nageurs, je prendrais des américains !"

Le tournage dura 85 jours, de novembre 1946 à février 1947, les extérieurs étant réalisés sur la côte californienne, à Monterey et Peeble Beach devenus Whitecliff dans le film. Dans son autobiographie «Self Portrait» (1979), Gene Tierney ne l'évoque qu'en quelques lignes hâtives : "C'est le film que j'ai tourné avant de revenir, avec une cheville cassée et en boitillant, à Oleg Cassini". Outre l'allusion à ses déboires conjugaux avec son costumier d'époux, elle se contente de citer "la jeune et douce Natalie Wood" et son partenaire, Rex Harrison : "Je n'ai jamais observé le moindre symptôme de son célèbre caractère : il passait son temps à se concentrer et étudier son texte". Si ces propos paraissent bien légers, la même frustration naît de la lecture des fameux «Mémoires d'une fripouille» (1960) de George Sanders – si délectable en Uncle Neddy – puisqu'il ne cite jamais ce film…


Un échec commercial…
affichette belgeaffichette belge

Sortie aux Etats-Unis le 26 juin 1947, l'œuvre ne réalisa que de médiocres recettes qui couvrirent à peine la moitié de l'investissement réalisé. Seule la photographie de Charles Lang fut citée aux Oscars, sans remporter la victoire. On se demande à quoi pensaient les membres de l'Académie qui retinrent de gentillettes comédies comme «Honni soit qui mal y pense» ou «Le miracle de la 34ème rue» au détriment de «Mrs Muir». Aucun interprète ne fut nommé, ni le tonitruant Rex Harrison, ni le suave George Sanders, ni l'excellente Edna Best, ni bien sûr Gene Tierney : cette année-là, Loretta Young obtint la récompense suprême pour un film insignifiant, «The Farmer's Daughter»… Il est vrai que Mankiewicz lui-même ne fut jamais tendre à l'égard de son interprète : "Gene Tierney est une femme très jolie mais ce n'est pas une actrice d'une grande profondeur. Rex Harrison et Edna Best, deux sublimes acteurs, la soutiennent dans les scènes importantes. C'est Edna Best qui domine la scène de la mort et conduit Gene Tierney à des hauteurs qu'elle n'aurait jamais pu atteindre toute seule". On n'est pas obligé de partager cet avis péremptoire…

Outre la qualité du dialogue et de l'interprétation, marque de fabrique des films signés Mankiewicz, le film bénéficie d'un travail remarquable sur l'image et la musique. Il suffit de revoir la séquence de l'arrivée de Mrs Muir dans la villa hantée pour s'en rendre compte : Bernard Herrmann propose une partition à la fois romanesque et inquiétante quand Charles Lang peaufine un travail sur le noir et blanc déjà expérimenté dans une autre histoire d'amour surréelle, celle du «Peter Ibbetson» (1935) de Henry Hathaway. La première confrontation de Lucy et du capitaine Gregg bénéficie d'une ambiance typique du fantastique même si le film évolue ensuite vers la rêverie amoureuse : jusqu'au bout, quoi que nous disent les images et les voix, nous pouvons penser que Lucy a rêvé cette rencontre et que ce rêve a changé sa vie… «It's been a dream, Lucia.» souffle d'ailleurs le marin à la jeune femme endormie, au moment où il décide de regagner l'au-delà.

Bien qu'il paraisse impossible de rivaliser avec l'œuvre originale, la télévision américaine n'hésita pas, en 1956, à proposer un remake joué par Joan Fontaine, Michael Wilding et Elsa Lanchester. Vers la fin des années 60, «The Ghost and Mrs Muir» devint même, pour deux saisons, une série interprétée par Hope Lange, dans la foulée du succès de «Ma sorcière bien-aimée». Ces productions sont aujourd'hui oubliées mais le charme du film de Mankiewicz demeure. Aussi, loin de partager les réticences de son réalisateur qui semblait ne voir dans son œuvre qu'une "…pure romance", n'hésitons pas à considérer «L'aventure de Madame Muir» comme l'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma.

Jean-Paul Briant (novembre 2015)

Sources : «Le cinéma fantastique» (1994) de Patrick Brion (Editions La Martinière), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Ed.8.1.1 : 4-11-2015