GENTLEMAN JIM

de Raoul Walsh (U.S.A., 1942)

Errol Flynn
Alexis Smith
Jack Carson
Alan Hale
John Loder
William Frawley
Minor Watson
Ward Bond
Mary Phillips
Rhys Williams
Arthur Shields
Errol Flynn
Alexis Smith
Jack Carson
Alan Hale
John Loder
William Frawley
Minor Watson
Ward Bond
Mary Phillips
Rhys Williams
Arthur Shields

la petite histoire…

afficheaffiche originale

De «Charlot boxeur» (1915) au récent «Fighter» (2010) de David O'Russell, le film de boxe compte nombre de fleurons qui ont marqué l'histoire du cinéma comme «Sang et or» (1947) de Robert Rossen, «Nous avons gagné ce soir» (1949) de Robert Wise ou le mythique «Raging Bull» (1979) de Martin Scorsese. John Garfield, Robert Ryan et Robert de Niro, parmi tant d'autres, ont marqué les spectateurs en incarnant avec talent de beaux personnages tour à tour glorieux et déchus. Avec «Gentleman Jim» (1942), Raoul Walsh nous ramène aux temps héroïques des combats clandestins, quand les règles du noble art codifiées par le journaliste John Chambers et le Marquis de Queensberry ne s'étaient pas encore imposées à tous.

Le film s'inspire de «The Roar of the Crowd», l'autobiographie de James Corbett (1866-1933), adaptée au théâtre par Horace McCoy. L'histoire de ce champion des poids lourds, surnommé "le père de la boxe moderne", ne pouvait que fasciner Raoul Walsh, d'autant qu'il avait croisé, enfant, les deux combattants légendaires présents dans son film. S'il apprécia la rencontre de Jim Corbett au camp d'entraînement du boxeur James Jeffries, celle du vieux John L. Sullivan (1858-1918), invité à dîner par son père, le déçut : comment reconnaître l'ex-champion dans cet "… homme amer et malheureux" ? Dans son livre de souvenirs, le cinéaste avoue par ailleurs une certaine propension à faire le coup de poing : entre autres coups d'éclat, il raconte comment il cassa la figure d'un pseudo-prince roumain trop entreprenant auprès de Marion Davies lors d'une réception organisée par le magnat William Randolph Hearst.

L'interprète de Corbett ne pouvait être qu'Errol Flynn qui avait lui aussi pratiqué la boxe dans ses jeunes années (et pas seulement dans les bars !) ; à son arrivée à Hollywood en 1935, le service publicité du studio prétendit même qu'il avait participé dans cette discipline aux Jeux Olympiques d'Amsterdam en 1928. Avec Raoul Walsh, la complicité fut immédiate dès leur premier film en commun, «La charge fantastique» (1941), le légendaire western consacré au général Custer. Entre "l'oncle" et "le baron" – leurs surnoms respectifs – c'est d'abord une histoire d'amitié. Pour ce film, Walsh crut bon de prévenir Flynn qui ne se privait jamais de faire la fête, même en période de tournage : "Corbett est une idole du public américain ; il ne faut pas le décevoir en présentant une image médiocre". Comme le rôle enchantait Flynn, il refusa d'être doublé pour les scènes de combat et ne déçut pas son metteur en scène qui s'en étonne presque : "Il s'exerça assidûment pour se mettre en forme pour les nombreux combats que nous devions tourner". Flynn et Ward Bond, l'interprète de John L. Sullivan, épatent Walsh dans la scène du combat mythique opposant l'ancien champion à son jeune challenger : "Ils se donnèrent tellement à fond que les figurants applaudirent pour de bon". La scène préférée de Walsh est d'ailleurs celle qui suit : lors de la réception en l'honneur du vainqueur, l'idole déchue, John L. Sullivan, fait son apparition, "…provoquant un silence de mort", mais Jim Corbett l'accueille avec chaleur et lui rend hommage malgré la défaite. Le passage de témoin entre deux générations de champions est, de fait, le moment le plus émouvant de ce film alerte et parfois burlesque.


Personnages et acteurs…
imageJohn L. Sullivan à l'écran

Alexis Smith gardait un mauvais souvenir de sa première rencontre avec Errol Flynn, ce "… type délicieux, charmant et… totalement irresponsable" selon les mots du comédien Walter Pidgeon. L'année précédente, dans «Dive Bomber» de Michael Curtiz, alors qu'elle attendait anxieusement depuis le matin de jouer une scène importante dont elle espérait beaucoup, Flynn fit capoter l'affaire en passant devant la caméra au moment crucial ! L'actrice, effondrée, quitta précipitamment le plateau. Le lendemain, elle trouva dans sa loge une lettre d'excuses d'Errol Flynn : elle lui pardonna et ils devinrent les meilleurs amis du monde. Malgré les retards et les caprices de la star, Alexis Smith s'amusa beaucoup sur le tournage de «Gentleman Jim» et n'hésita pas à renouveler l'expérience pour «San Antonio» (1945) et «Montana» (1950), deux westerns en technicolor qui mettaient en valeur sa flamboyante chevelure rousse.

Outre Ward Bond – recruté par Walsh dès 1930 pour «La piste des géants» (1930) - nombre de comédiens étaient des amis de longue date d'un metteur en scène jamais avare de compliments à l'égard de ses vedettes comme des seconds rôles. En 1915, pour l'un de ses tout premiers films, «The Lone Cowboy», il avait ainsi recruté "… un acteur grand et maigre, qui jouait à merveille les ivrognes", Alan Hale : toujours aussi grand mais nettement plus enveloppé, on le retrouve ici dans le rôle du père d'Errol Flynn, son compagnon de nouba et son fidèle partenaire à l'écran puisqu'ils comptent douze films en commun, dont le fameux «Robin-des-Bois» de Michael Curtiz en 1938. Ajoutent à la couleur locale les trognes patibulaires des boxeurs recrutés pour l'occasion, à commencer par celle de Mike Mazurki, le futur étrangleur des «Forbans de la nuit» (1950). À noter dans le rôle d'Anna Held, compagne d'un soir de Jim Corbett, la présence décorative de Madeleine Lebeau qui avait fui la France avec son époux Marcel Dalio en 1940 et venait de s'installer à Hollywood.

Le film possède un humour typique de Walsh dans les échanges caustiques du couple vedette comme dans la peinture de cette famille irlandaise prompte à la bagarre : "The Corbetts are at it again ! / Les Corbett remettent ça !"  - est d'ailleurs l'ultime réplique. Le cours de gymnastique dispensé aux gentlemen ventripotents en caleçon vaut aussi le détour comme les mines ahuries du brave Jack Carson ou la séance d'entrainement de John L. basée sur un principe original : un round, une bière ! Quant aux scènes de combats clandestins interrompues par la police, elles sont filmées avec une maestria revigorante et un punch d'enfer. Le montage signé Don Siegel n'y est sans doute pas étranger.

La critique apprécia le film dès sa sortie. Pour The Evening Star, "Errol Flynn a su capter le ton, le langage, les manières de son personnage… On est transporté à une belle èpoque joyeuse et bon enfant, on siffle, on applaudit avec les spectateurs des fauteuils du ring". Le Daily Express n'émet qu'une légère réserve : «Flynn est un peu trop joli garçon pour le rôle, mais quand il monte sur le ring, il boxe comme un authentique professionnel.» Malgré ces compliments, le film ne reçut l'aumône d'aucune nomination aux oscars.

En 1945, John L. Sullivan aura lui aussi l'honneur d'une biographie filmée, «The Great John L.» avec Greg McClure et Linda Darnell, une œuvre qui ne connaîtra pas la même réussite que le chef d'œuvre de Walsh considéré par notre ami de minuit, Patrick Brion, comme "… un film passionnant qui témoigne de la perfection cinématographique atteinte par les grands cinéastes de l'âge d'or hollywoodien".

Jean-Paul Briant (septembre 2017)

Sources :«Un demi-siècle à Hollywood» (1974) de Raoul Walsh ; «Errol Flynn ou le mal aimé du cinéma» (1978) de Michael Freedland, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Éd.8.1.3 : 22-9-2017