Gilbert ROLAND (1905 / 1994)

… le caballero des terres rouges

Gilbert Roland

S'il n'a jamais atteint la renommée de ses nombreux contemporains, Gilbert Roland fut tout de même une valeur sûre du cinéma américain de la grande époque.

Il eut la chance et sans doute le talent de passer du cinéma muet au parlant avec brio. Elégant, racé, il est l'aventurier qui fait rêver, le cow-boy convaincant, le toréador habile et audacieux. A la demande d'un des visiteurs de notre blog, c'est avec plaisir que nous tournerons ensemble les pages du livre racontant son histoire.

Donatienne

Un enfant de l'arène…

Gilbert RolandGilbert Roland

Le 11 décembre 1905, à Ciudad Juarez, dans le Chihuahua, au Mexique, naît Luiz Antonio Damaso de Alonso.

Un petit frère, Francesco, de deux ans son cadet, viendra accompagner ses premiers jeux d'enfant. Il se fera connaître plus tard, sous le nom de Francisco 'Chico' Day, comme assistant réalisateur avant de devenir un membre éminent de la Guild of America (syndicat des réalisateurs américains).

Le père des deux garçonnets étant matador, Luiz Antonio est bien évidemment attiré par la tauromachie. Il envisage même de faire un jour son entrée dans l'arène. Mais la famille émigre aux USA et le jeune garçon qui, entre temps, est devenu un bien bel adolescent d' 1 m 80, rêve du 7ème art encore muet. Tout à fait par hasard, il est enrôlé comme figurant dans le film «Le bossu de Notre-Dame» (1923) aux côtés du grand Lon ChaneyLon Chaney. Un peu plus tard, sur la suggestion de son compatriote Ramon Novarro, il est enrôlé comme doublure dans «The Midshipman» (1925) : il est vrai que les deux hommes se ressemblent beaucoup…

C'était au temps du cinéma muet…

Gilbert RolandGilbert Roland

Luiz Antonio etc décide d'adopter un nom de scène plus facile à retenir. Juxtaposant les patronymes de ses deux idoles du moment, John GilbertJohn Gilbert et Ruth RolandRuth Roland, il devient ainsi Gilbert Roland.

Si, comme nous l'avons dit, sa carrière démarre en 1923, son premier vrai rôle lui fut attribué dans le film «The Plastic Age» (1925) où il donne la réplique à Clara Bow. Il tombe amoureux de la jeune comédienne et leur tendre romance fait la une des gazettes cinématographiques de l'époque. Il est vrai qu'il a le physique très avantageux d'un véritable “latin lover” : teint mat, traits réguliers, fine moustache, yeux de braise… Il est l'amoureux romantique et viril par excellence, chavirant rapidement le cœur de toutes les actrices qu'il rencontre sur sa route, comme celui de Mary Astor, sa partenaire dans «Rose of the Golden West» (1927). Le public féminin, qui lui est d'emblée tout acquis, lui adresse régulièrement des montagnes de lettres passionnées.

Son premier succès notable est dû à son interprétation d'Armand Duval dans «Camille» de Fred Niblo (1927, une adaptation de «La dame aux camélias» d'Alexandre Dumas), prenant ainsi la succession dans le rôle de Rudolf Valentino, face à une Marguerite Gauthier incarnée par Norma Taldmage (notons qu'en 1931, l'acteur reprit le rôle à la scène). Les deux amants mythiques du roman dépasseront la fiction pour prolonger à la ville une liaison qui sera très longuement exposée. Norma et Gilbert envisageront un mariage qui ne se fera jamais, même si l'amante aura songé à divorcer pour lui de son violent Joe Shenck de mari.

Les deux partenaires tourneront encore ensemble à trois reprises : «The Dove» (1927), «The Woman Disputed/Soirs d'orage» (1928) et «New-York Nights» (1929) où notre homme incarne un gangster.

Et la parole fut…

Gilbert RolandThe Cisco Kid

En 1929, Gilbert Roland tourne son unique film français, «La possession» de Léonce Perret, en compagnie de Jeanne AubertJeanne Aubert.

Durant la décennie des années 30, nous retrouvons l'acteur, qui “appartient” désormais à la Fox, dans une série de rôles correspondant au jeune premier qu'il personnifie pour le public : «Call Her Savage» (1932) où il retrouve Clara Bow; le fameux «Lady Lou» (1933) où, face à la pulpeuse et fantasque Mae West, il campe l'inoubliable secrétaire de Rafaela Ottiano, alias Rita La Russe; «A Parisian Romance» (1932), «Gigolettes of Paris» (1933), etc. A cette époque où la post-synchronisation n'existe pas encore, il tourne des versions de films hollywoodiens dans sa langue maternelle pour la communauté espagnole si présente dans les états du Sud («Hombres de mia vida» avec Lupe Velez, etc).

Lorsqu'en 1935, la Fox s'associe à la 20th Century, des compromis s'opèrent dont il fait les frais. Il doit notamment céder le rôle principal de «Ramona» à Don AmecheDon Ameche.

Durant la guerre, il sert dans l'U.S. Air Force, tout en continuant à tourner : «L'aigle des mers» (1940) avec Errol Flynn, «My life with Caroline» avec Ronald Colman et Anna Lee, etc. En 1941, il épouse pour cinq ans une de ses anciennes partenaires («Our Betters» et «After Tonight» en 1933), la ravissante Constance Bennet, qui lui donnera deux filles : Lorinda et Christiana-Gyl.

Les armes de guerre enterrées, l'acteur endosse le costume du Cisco Kid délaissé par un autre latin, Cesar RomeroCesar Romero. Sorte de Robin des Bois de l'Ouest, le Kid en question détrousse les riches voyageurs pour distribuer leurs richesses aux déshérités. Il s'ensuit toute une série de westerns “sud-américains” de série B aux titres évocateurs : «The Gay Cavalier» (le mot “gay” n'a pas encore l'acception qu'on lui donne parfois de nos jours), «South of Monterey», «Beauty and the Bandit» (1946), etc.

Gilbert Roland est devenu une vedette plébiscitée par le public, une valeur sûre pour les producteurs. Il se glisse discrètement dans une maturité de la quarantaine qu'il aborde de façon élégante. Même s'il ne tient parfois que des seconds rôles dans des œuvres de bonne qualité, il sait s'adapter à toutes les situations et reste très présent à l'écran. On le voit souvent dans des films d'aventures comme «The French Line» (1954) où il tombe amoureux de Jane Russell. Le jeu dut plaire au séducteur qui se resservit pour «Underwater/La Vénus des mers chaudes» (1954).

Un cowboy sémillant…

Gilbert RolandGilbert Roland

Gilbert Roland revient au western, un genre auquel il restera fidèle jusqu'à la fin de sa carrière. Nous citerons en vrac «Le trésor de Pancho Villa» (1955); «Three Violent People/Terre sans pardon» (1957) qui le fait père de 5 garçons; «The Wild and the Innocent/Le bagarreur solitaire» (1959) où il remplit les lourdes fonctions de shériff; le très beau films de John Ford, «Les Cheyennes» (1964) où il tient le rôle du chef indien Dull Knife.

Il sacrifie néanmoins à d'autres genres. Dans «La dame et le toréador» de Bud Boetticher (1951), il apprend à Robert Stack comment devenir un vrai torero. Dans «Le miracle de Fatima» (1952), il est Hugo, l'ami agnostique (personnage de pure fiction) des trois petits bergers visionnaires. «Les insurgés» de John Huston (1949) évoque la dictature de Fidel Castro. Le même thème sera repris pour «Crisis/Cas de conscience» de Richard Brooks, où le dictateur d'un pays imaginaire est campé par José Ferrer.

Plus tard, Gilbert Roland osera s'aventurer à plusieurs reprises dans le “western spaghetti” (sans doute pour des raisons alimentaires !) avec des titres qui, hélas ne donnent pas l'envie de se mettre à table : «Je vais, je tire et je reviens» qui ne doit rien à César, «Django porte sa croix» qui n'en remontre pas davantage à Jésus-Christ, etc. Il reviendra vers des productions plus valorisantes comme «Islands in the Stream/L'île des Adieux» (1977) ou «Barbarosa», son dernier film, dans le quel il campe un riche Mexicain unijambiste.

Il fera également de très nombreuses apparitions sur les écrans de télévision dans des séries culte comme «Zorro», «Bonanza», «Le fugitif», «Pour l'amour du risque», «La grande caravane»… ainsi que dans des téléfilms.

Sportif accompli, il pratiqua le tennis tout au long de sa vie. Sur le plan privé, à ses liaisons déjà évoquées, nous ajouterons les romances - réelles ou supposées - entretenues avec Dolores Del Rio, Barbara Hutton, Jean HarlowJean Harlow, Terry Moore, etc. Don Juan repu et satisfait, il se rangera des plaisirs hédonistes en épousant Guillermina Cantu (1954) qui restera à ses côtés jusqu'à son décès survenu à Beverly Hills, le 15 mai 1994, des suites d'un cancer.

Pour les cinéphiles, Gilbert Roland demeure un acteur apprécié de l'époque du western classique dont il ne nous étonnerait pas que notre collaborateur Patrick Glanz en fasse l'objet d'une étude prochaîne.

Documents…

Sources : documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

L'aigle des mers…

Citation :

"Où que vous alliez, quoi que vous fassiez il est des choses que l'on n'oublie jamais : les gens et les lieux… Oubliez les beautés de l'enfance et vous n'êtes pas supérieur à un animal"

Gilbert Roland
Donatienne (juin 2012))
Ed.7.2.1 : 19-11-2015