Daniel GELIN (1921 / 2002)

… un jardinier du 7ème art

Daniel Gélin

En écrivant la page sur Maurice Ronet, j’ai eu le plaisir de revoir le film «Rendez-vous de juillet» et la dernière image de cette plaisante histoire le montre souriant, avec son partenaire Daniel Gélin.

Il affirmait avoir eu deux ou trois vies en une seule. En tous cas, elles ne furent pas un long fleuve tranquille !

Retrouvons Daniel dans son parcours riche, douloureux, sincère et humain !

Il nous a quittés il y a cinq ans, et même s’il a rejoint ses bons copains, Maurice Ronet, Jean Carmet, et d’autres, nous ne pouvons que dire : comme il nous manque !

Donatienne

L'enfance…

Daniel GélinDaniel Gélin enfant

Daniel Gélin naît à Angers, 3, rue Belle-Fontaine, le 19 mai 1921. Son père, Alfred, est le benjamin d’une famille paysanne des environs de Parthenay (Deux-Sèvres) qui comptait 6 enfants. Intelligent, ce futur papa obtient une bourse pour aller “faire ses humanités” à Niort. Après la grande guerre, il obtient un poste aux écritures aux Usines Bessonneau d’Angers , (fabrique de cordages et de toile de chanvre). Il y fait la connaissance d’Yvonne Le Méner, une gentille petite ouvrière d’origine bretonne. Une jolie histoire d’amour, un mariage dans la Cathédrale d’Angers et l’année suivante l’arrivée d’un beau garçon qui recevra les prénoms de Daniel Yves Alfred. Daniel aura une sœur, Monique, qui naîtra deux ans plus tard. Le frère et la sœur vivront toute leur vie dans une tendre complicité.

Alfred et Yvonne, très pieux, donnent à leurs enfants une éducation religieuse. Daniel grandit, s’amuse du carnaval d’Angers, est attiré par les clowns. Il observe de la fenêtre de la maison familiale, tous les petits métiers, le marchand de peaux de lapin, le chiffonnier, la crémière… Il a le don de l’observation et s’amuse à reproduire ce qu’il a vu. Son premier public, c'est Monique et sa maman, (c’était une maman modèle dira-t-il) chagrinée des nombreux déplacements professionnels de son époux.

Il pense aux petites guinguettes de Bouchemaine, aux ardoisières de Trélazé… Il se souvient aussi de ses premières vacances à Pornic, quand il découvre la mer…

Puis c’est la mutation pour Saint-Malo en 1931, l’année de ses dix ans. Le gamin est subjugué par les remparts et les maisons en granit de la cité corsaire. Il ne se lasse pas de contempler le panorama de la mer et des bateaux, des fenêtres du logis familial. Les années qui passent sont heureuses. Mais Daniel, malgré sa frimousse d’ange, est un insupportable galopin qui ne peut se plier à la moindre discipline scolaire. Il est renvoyé de deux collèges. Son père en désespoir de cause le place dans une conserverie de morues puis le prend dans un de ses ateliers de cordages quai Duguay-Trouin comme aide-magasinier. Pas enthousiasmé, le jeune Daniel ! Lui, ce qu’il aime c’est aller au cinéma "L’Emeraude-Palace", à Paramé, avec ses premières petites fiancées, et voir les films de ses idoles : Pierre Fresnay, Harry Baur et Noël-Noël.

Mais ce qu’il désire encore plus , c’est “monter” à Paris… Il a le toupet de téléphoner aux Cours René Simon. "Je reçois le mardi après-midi" lui répond le célèbre professeur.

Sa maman est en larmes, son père est plus pragmatique : "Ne t’inquiète pas, laissons-le partir ! il reviendra bien vite dans les jupons de sa mère".

A moi Paris !

Daniel GélinDaniel Gélin

Le voilà sur le départ, jeune Rastignac à la conquête de la capitale! Un détail amusant: avant de partir, il se fait faire un costume pour être à la mode… un costume moucheté, avec manches gigot et pantalon à la hussarde. Pour compléter, il rajoute un col roulé orange et des chaussures de golf. Sans complexe comme on peut l’être à 18 ans, il débarque Gare Montparnasse… Direction Cours Simon… Simon, justement qui lance devant cet énergumène bigarré : "Mais c’est un clown!".

Daniel-le clown découvre Paris et ses grands boulevards et se met à suivre les cours. Il s’attaque d'abord au répertoire fantaisiste, celui de Courteline, d’Edouard Bourdet, et se lie d’amitié avec un pierrot naïf et rigolo qui se fera connaître lui aussi : Robert DheryRobert Dhéry.

Mais nous sommes à la fin de l’été 1939 et les événements se précipitent…

Trop jeune pour être mobilisé, il regagne pour un moment Saint-Malo. René SimonRené Simon le rappelle et l’incite à travailler un répertoire plus tragique : "Tu es un Pierre Blanchar jeune", lui énonce-t-il! Daniel est sans voix :Pierre Blanchar ! "Dieu sait si je l’admirais, son regard dément, son pouvoir ! je l’avais vu dans presque tous ses rôles !".

Il suit le conseil et prépare le monologue de Chatterton qu’il déclame devant ses condisciples… Comme il est perçu comme le boute en train de la classe, quelques rires fusent dont celui de Micheline PresleMicheline Presle (sa future Sainte Chérie…) mais très vite l’émotion s’empare de son public-ami…

A moi le théâtre !

Au concours d’entrée au conservatoire, Daniel Gélin présente «Lorenzaccio» et «Fortunio» de Musset. Reçu du premier coup, il est admis dans la classe de Louis JouvetLouis Jouvet. Il occupe à cette époque un petit logement rue Séguier et se rend le matin au cours rue de Madrid. "Je ne marchais pas, je volais !" . L'après-midi il continue à suivre les cours Simon. Il vouera une grande admiration à son maître Jouvet: "Ses classes étaient passionnantes, hors du commun, du banal , parfois même de la logique… Jouvet c’était le paradoxe, le mystère, la cérébralité".

Dans les mêmes moments, Pierre Fresnay et Yvonne Printemps recherchent des interprètes pour une pièce, «Rose», dont l’auteur est Henri-Georges Clouzot. Tous les élèves de chez Simon se présentent au théâtre de la Michodière. Fresnay, du premier coup d’œil, élimine Daniel : "Vous n’êtes pas du tout ce que nous cherchons… Vous êtes trop triste !". Le jeune comédien rage intérieurement ! Les auditions commencent sans lui, et c’est le tour de Geneviève Beau, avec qui il avait coutume de travailler, et dont il était amoureux. Geneviève, sans complexe, demande à Daniel de lui donner la réplique, ce qu’il fait en bondissant sur la scène. Fresnay est conquis : "C’est bien, Monsieur… Je fais amende honorable, vous voyez, tout le monde peut se tromper !". Daniel va beaucoup apprendre en jouant cette pièce. Il se souvient d’un “savon” passé par Clouzot un jour qu’il en “avait trop fait”. Et puis il n’oubliera jamais cette rencontre avec Pierre FresnayPierre Fresnay qu’il retrouvera plus tard en 1950 dans le film «Dieu a besoin des hommes».

Louis Jouvet parti en Amérique du Sud, Daniel entre dans la classe de Béatrix Dussane. Il devient l’ami de Maria Casarès, de Françoise Christophe et se rappelle avec quelle gentillesse Jacques Charon l’invitait à manger quand il s’apercevait que son copain avait sauté plusieurs repas (nous sommes toujours en temps de guerre).

Le théâtre va encore lui offrir de belles opportunités grâce à Marcel Herrand et Jean Marchat ; il va rencontrer une jeune comédienne d’une beauté impressionnante dont il tombe éperdument amoureux. Elle fait partie de la bande à Prévert et s’appelle Simone SignoretSimone Signoret. La romance ne durera toutefois que quelques mois.

Il se souvient ému de cette tournée en province avec la pièce «Le fauve», reprenant le rôle tenu à Paris par Reggiani. Il aura la grande joie de voir son père à Fougères et d’essuyer les larmes paternelles, un papa qui ne pourra que murmurer "Merci, mon petit, merci…"

A moi l'amour !

Daniel GélinXavier, Daniel et Danièle

Pour se faire des sous, Daniel fait de la figuration dans de petits films. On le voit ainsi en 1940 dans «Miquette» de Jean Boyer, en 1941 dans «Les inconnus dans la Maison» avec Raimu et en 1942, dans «Les cadets de l’océan» de Jean Dréville. Sur le tournage de ce film, dans le midi, il fera la connaissance de Gérard Philipe et aura le temps d’apercevoir le frais minois d’une petite demoiselle, la fiancée du moment de notre Fanfan la Tulipe: "Brune, ardente, elle ne devait pas être très riche ; en guise de chaussures, elle avait peint des lanières de sandales sur ses pieds nus .Elle s’appelait Danièle Girard".

Il faut signaler que certaines sources mentionnent son apparition dans un film de 1943, réalisé par Marc Allégret, «Les petites du quai aux fleurs». Cette affaire serait d'une importance mineure si n'apparaissait dans cette oeuvrette cette même demoiselle, devenue Danièle DelormeDanièle Delorme pour le cinéma. Mutine, adorable, elle fait tourner les têtes. Oublié Gérard Philipe !

Nous sommes maintenant en 1944. Daniel, que sa sœur Monique a rejoint, est à nouveau à Paris. Il retrouve Danièle qui semble attirée par Michel Auclair. Mais finalement, elle le choisit, lui , ce qui provoque une réaction de jalousie de Martine Carol, éprise. Et ce sont des soirées, où l’on parle Résistance (Danièle s’y était engagée) et politique, chacun étant militant.

Paris libéré, c’est une époque euphorique !

Un jour, des copains demandent à Daniel de les aider à monter un spectacle. Il rencontre un ancien condisciple de chez Simon : "Sur le quai du métro Villiers, j’aperçois un garçon un peu plus âgé que moi, petit noiraud, à la fois inquiet et amusé… Je le reconnais…et lui propose de faire partie du spectacle". Dès la première représentation, il éclate ! il “ramasse tout”. Il s’appelle Louis de Funes…"

La guerre est finie. Daniel et Danièle s’aiment, font un bébé et se marient en 1946. C’est pendant le tournage de «Martin Roumagnac» (1946, avec le couple Gabin-Dietrich) que Daniel devient papa pour la première fois ; Xavier (qui porte le prénom de son ami d’enfance Xavier Briand, tragiquement disparu très jeune ) naît le 19 juin 1946 et, pour ses parents, il sera Zazi…

A moi le cinéma !
Daniel Gélin«Edouard et Caroline» (1950)

Les années d’après guerre seront celles de sa splendeur. Jeune premier en vogue, il est choisi par Jacques Becker pour un film plein de jeunesse, «Rendez-vous de juillet» : "Jacques m’avait déjà pressenti pour le rôle de Jean dans «Goupi mains rouges», rôle qui finalement ira à Albert Rémy. Il fit appel à moi dans cette histoire de jeunes d’après-guerre ; pourtant mon physique, au départ, ne correspondait pas au personnage. Il aurait voulu davantage quelqu’un du style de Francis Mazière qui avait inspiré l’histoire. Francis qui jouera d’ailleurs le rôle de Frédéric dans le film".

Le tournage dura 6 mois, à Saint-Germain des prés, et connaîtra un immense succès, même s’il ne fut pas couronné au Festival de Cannes renaissant.

Une année s'écoule avant que Jacques Becker ne lui propose «Edouard et Caroline». Au départ, l’histoire est bien mince, avec un impératif : 30 jours de tournage, pas un de plus ! Pari tenu… Daniel joue le rôle d’un pianiste.

Le troisième film avec Becker sera «Rue de l’estrapade» où il incarnera un bohème rive gauche, très baratineur… un rôle qui lui ira comme un gant !

Puis Jacques - toujours - lui propose un 4ème film qui ne lui convient pas… "Il n’y en a qu’un pour jouer cela, c’est Gabin !" Becker lui rétorque : "Tu es complètement fou ! Gabin c’est fini ! On l’a assez vu !"… Nous sommes en 1950… Les deux compères en arrivent à se fâcher. Finalement, Gabin fera le film, «Touchez pas au grisbi» ! Jacques et Daniel se réconcilieront. Leur amitié ne s’arrêtera qu’à la disparition de Jacques; plus tard, Daniel retrouvera ses fils Jean et Etienne, metteur en scène et chef opérateur dans «Les saintes chéries».

Entre ses deux derniers films, Daniel se risque dans la réalisation d’un long métrage, «Les dents longues», qu’il joue lui-même, avec sa compagne Danièle Delorme.

A moi Saint-Germain-des-Près, Saint-Tropez, les plaisirs… et toujours le cinéma !

Daniel Gélin«Napoléon» (1954)

Pendant que son épouse enchaîne film sur film, jusqu' aux USA, Daniel, qui s’est fait une réputation “d’existentialiste”, fréquente assidûment les cafés et les caves de St Germain, côtoie Juliette Gréco, Claude Luter et les autres, prend l’habitude de vivre la nuit. L’été , il suit toute la bande sur la côte d’Azur, y retrouve Frank Villard, Pierre Dudan, Mouloudji, fait la connaissance de Boris Vian. Une vie trépidante, insouciante, heureuse qui semble bien lui convenir…

Max Ophuls lui offre un rôle dans «La ronde» (1950) avec Danielle Darrieux: "Il savait merveilleusement conditionner son monde selon la personnalité de chacun en utilisant divers moyen : charme ou tyrannie… selon les cas".

Daniel avait joué au théâtre «Les mains sales» de Sartre avec Pierre Brasseur : il sera dans le film tiré de la pièce, toujours avec le même partenaire (1951).

Il fait la rencontre de Sacha GuitrySacha Guitry, ce qui lui vaut une apparition dans «Si Versailles m’était conté» (1953) et surtout le rôle de Bonaparte dans la fameuse fresque «Napoléon» en 1954; il vivra le tournage de cette fiction légendaire, comme dans un rêve, ravi de rencontrer toutes les grandes vedettes qui y participent. "Sacha ! on dirait un roi qui s’amuse !". Guitry lit à haute voix le scénario et les comédiens choisis et présents sont enthousiasmés. Guitry apportera toujours son soutien à son jeune ami, même et surtout quand ce dernier plongera dans l’enfer de la drogue… Comme Gélin le dira lui-même, une telle amitié , cela ne s’oublie pas !

L’amitié jouera, il est vrai toujours un rôle primordial : celle de Jean Carmet qui lui dira un jour très affectueusement : "Je tiens à toi vingt dieux, je tiens à toi", celle de Serge ReggianiSerge Reggiani, de Roger PigautRoger Pigaut

Par ailleurs il rencontrera les plus grands : Charles ChaplinCharles Chaplin, Alfred HitchcockAlfred Hitchcock - avec qui il tournera «L ‘homme qui en savait trop» (1956) - , Jean CocteauJean Cocteau, Jean RenoirJean Renoir, Marlon BrandoMarlon Brando

Une seconde partie de carrière en demi-teinte…

Après ce film, Daniel Gélin tournera en tout 108 films et courts métrages sans compter ses apparitions sur le petit écran ; tous ne seront pas de la même facture ; tous n’auront pas la même importance pour lui.

Souvenons-nous tout de même de certaines de ses interprétations remarquées comme dans «La ligne de démarcation» de Chabrol (1966) où il retrouvera avec plaisir Maurice Ronet, «Le souffle au cœur» de Louis Malle (1971) , «Itinéraire d’un enfant gâté» (1988), plus récemment, «Hommes, femmes, mode d’emploi» de Claude Lelouch(1996), et enfin «Les marmottes» d’Elie Chouraqui (1993).

Pour le petit écran, il forme un couple sympathique et drôle avec Micheline Presle, «Les saintes chéries». Et c’est Micheline qui en improvisant, le baptisera “Mon Minet”.

Il donnera la réplique à Georges Descrières et à Nadine Alari dans un épisode d’ «Arsène Lupin» . Par la suite il sera de la fiction «Une famille formidable» où jouera également son fils Manuel ; on le reconnaîtra enfin lors d’apparitions dans «Madame le proviseur» et «Maigret»

Mais, ces 4 dernières décennies n’auront pas été aussi intenses pour lui que les années d’avant et après guerre. Il est vrai que sa vie n’aura pas été «Un long fleuve tranquille», ce film où il a joué avec tant de truculence, le rôle du médecin accoucheur. On se rappelle ce "La salooope !" décliné sur tous les tons ! Daniel raconte qu’il avait dit à Etienne Chatiliez: "Je t’en fais plusieurs et tu choisiras le mieux". Le metteur en scène les a tous gardés !

A moi le paradis !

Daniel GélinDaniel Gélin (2001)

Nous avons laissé Daniel, marié à la jeune Danièle Delorme et papa de Xavier. Mais, l'acteur va rencontrer sur son chemin une bien mauvaise compagne , la drogue ! Dans son livre «Deux ou trois vies qui sont les miennes», il attribue ce refuge dans le paradis artificiel à la perte de sa spiritualité, qu’il réalise d’un seul coup et avec peine, un jour à Saint-Malo, lui, qui a été élevé dans la foi catholique.

Il essaie de s’en sortir, frôle l’overdose, fait des efforts puis rechute, se plie aux cures de désintoxication, a des ennuis avec la police… Tout cela n’arrange pas sa santé. Il tient pourtant le choc, mais les membres du couple, déjà trop souvent séparés par leurs engagements, ne se retrouvent plus : elle a rencontré Yves Robert, et lui , après avoir un temps fréquenté la belle Ursula Andress, s’attache à un ravissant mannequin de chez Dior, Sylvie Hirsch, qu’il épousera en 1954.

Les deux Daniel(e) essaieront de rester amis et auront plaisir même à se retrouver dans des films d’ Yves Robert, comme «Nous irons tous au paradis».

Sylvie lui donnera trois enfants : Pascal qu’il aura le grand malheur de voir partir à l’âge de trois ans, le petit garçon ayant avalé malencontreusement des médicaments, Manuel et Fiona. Ces deux derniers embrasseront comme papa la carrière d’artiste de cinéma et de télévision , tout comme d’ailleurs leur frère aîné Xavier.

D’une relation éphémère avec Marie-Christine Schneider, il aura une fille, Maria, qui sera la vedette du film célèbre «Le dernier tango à Paris», aux côtés de Marlon Brando. Daniel fera la connaissance de sa fille alors qu’elle aura déjà 12 ans .

Le couple qu’il forme avec Sylvie ne durera pas. Et les époux se sépareront de façon douloureuse , alors que Manuel et Fiona sont adolescents.

Daniel se mariera une troisième fois, avec Lydie Zaks qui sera à ses côtés pendant plus de 30 ans et qu’il avait rencontrée en Israël. De cette union naîtra sa dernière fille, Laura, en 1975 dont la marraine sera… Danièle Delorme! L’amitié aura su remplacer l’amour, et la tribu sera bien soudée autour de son patriarche.

Mais le père vivra l’immense chagrin de perdre Xavier, son fils aîné, emporté par un cancer à l’âge de 53 ans en 1999 : "Sa mort m’a laissé comme un boxeur sonné, un nageur soudain privé d’oxygène. Xavier, si incroyable, qui portait la tribu avec sa solidité d’homme et qui signait les lettres qu’il m’envoyait ‘l’aîné’".

Comme on le voit, la vie n’aura pas été facile pour cet homme attachant, qui gardera pourtant jusqu’au bout un amour de la vie inconditionnel: "J’aime trop la vie pour lui en vouloir"… Il aura le bonheur de voir arriver la génération de ses petits enfants, ceux de Xavier, Sarah et Hugo, qui lui aussi choisit le métier de comédien, Milan le fils de Fiona , Lana, fille de Manuel. "J’ai eu une vie riche, chaotique, contrastée. J ’ai rencontré des personnages fabuleux. J’ai connu la gloire brillante et creuse. J’ai aimé , souffert". («Deux ou trois vies qui sont les miennes»).

A l’automne de sa vie, il se consacre à une passion sage et reposante: les roses ! Une, d’ailleurs porte son nom. Il en témoignera à la télévision , et dans un livre, «Mon jardin à moi», ce jardin de sa maison située sur les hauteurs de Meudon. Toujours sur le jardinage, il tiendra une rubrique dans VSD, et Françoise de Panafieu le fera "Président du Parc floral de Paris".

Il aura toujours un rôle dans le cinéma: ainsi il sera l’invité chaque année du Festival du Premier Plan d’Angers, sa ville natale, dont il présidera le comité de parrainage.

L’envie d’écrire le tenaille et il produira quatre recueils de poésies et quelques oeuvres autobiographiques.

Dans le courant des années 90, le Président François Miterrand lui remet les insignes de la Légion d’Honneur.

Malade durant deux ans, soumis à des dialyses, Daniel Gélin meurt d’une insuffisance rénale le 29 décembre 2002 à l’hôpital Georges Pompidou à Paris. Il venait d'assister au mariage de Fiona, maintes fois reporté en raison de sa santé.

Il repose au cimetière de Rocadey à Saint-Malo, là où il a passé son enfance, et où il a rejoint ses parents et son petit Pascal.

Documents…

Sources : «Deux ou trois vies qui sont les miennes» de Daniel Gélin, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Je crois en un Dieu, en une espèce de force. J'ignore si quelqu'un commande le monde, mais je sais qu'il existe une énergie formidable…" (Daniel Gélin)

Donatienne (mai 2008)
«Le jardinier»

"Je comprends parfaitement que l'on soit fasciné par cet art de la culture des bonsaï. Ce culte, tant d'amour et de patience, réclame des qualités de raffinement et d'adresse dont bien peu d'occidentaux sont capables."

"Celui qui a réussi à acclimater et à faire perdurer un bonsaï dans son intérieur et sur sa terrasse a dû acquérir des qualités qui tiennent à la fois de la religiosité, d'une certaine philosophie et d'une permanente sagesse certainement profitable dans ses rapports avec ses semblables."

"A vous de savoir si vous possédez cet art de vivre et de penser, cette délicate discipline, cette fidèle et régulière façon de gérer le temps, vertus considérablement récompensées par le raffinement d'une miniaturisation arboricole."

Daniel Gélin

Poème dédié à ses enfants

Ils sont beaux comme des fins d'été

Le soleil est devenu leur sève

Ils vivent, ils voltent, survivent et se survoltent

Parfois perdent la face, mais les mensonges qu'ils font pêle mêle

Les font repartir tantôt planant, tantôt rêvant

Car pour eux le songe est une vie

Tantôt se heurtant aux façades miroirs des grandes cités

Et des mirages et des escales

Les monts les flots les acceptent

Je les vois parfois au vent lui-même s'identifier

L'effroi me parcours de cueillaison en cueillaison

De poème en poème surgissant

Je les constate mes doux enfants de déraison

Pourrais-je leur en vouloir sinon les supplier

Et sans leur dire de faire une pause plus longue

Des répits nourriciers et quelques traces d'itinéraires

Moi-même ayant butiné tant d'extases

Avalé tellement d'exquis poisons en brouillant tous les contours

Vieil homme passé de l'enfance au grand âge

Mon coeur se fend d'une vague d'effroi

Le vieux jardinier a fait éclore des papillons

J'avais souhaité qu'ils fussent à l'aise

Et qu'ils procurent le miel qui se maintient

Dans de si belles alvéoles

Où l'or du soleil est ordonné.

à Manuel et Fiona, Daniel Gélin
Ed.7.2.1 : 5-9-2015