Lex BARKER (1919 / 1973)

… le prince des aventuriers

Lex Barker

La carrière de ce bel athlète propre à faire se trémousser Donatienne sur son fauteuil peut se décliner en 3 temps : une période américaine, au terme de laquelle notre héros n'émerge guère de la cohorte des beaux garçons qui pullulent à Hollywood et dans ses environs, avant d'enfiler le pagne du sculptural Tarzan, une période italienne qui promettait davantage que l'incarnation de beaux princes aux yeux persans (écrivez-le comme vous voulez), une période allemande qui lui permet d'acquérir une notoriété européenne

Le tout étant agrémenté d'aventures sentimentales parfois agitées, il y a de quoi faire un bon pilier du ciel !

Christian Grenier

Gosse de riche…

Lex BarkerAlexandre Crichlow Barker

C’est le 8 mai 1919, dans une famille de la banlieue New-Yorkaise, que vient au monde Alexandre Crichlow Barker Jr. Son père étant un riche courtier en bourse, la famille mène grand train. Il faut dire que le jeune Alexandre est le descendant direct de Roger Williams, fondateur de la petite colonie privilégiée qui forme Rhode Island, un riche état au large de la “grande pomme” américaine. De plus, un autre de ses ancêtres fut gouverneur général des Barbades. Le petit garçon est le deuxième enfant du foyer.

Adolescent au physique déjà avantageux, il fréquente la Fesseden School. Il se passionne pour le football américain tout en goûtant aussi souvent que possible aux plaisirs de la musique. Ainsi, il joue du hautbois dans l’orchestre de son école.

Il fréquente bientôt les bancs de l’université de Princeton, mais les études ne l’intéressent pas vraiment. Il n’a qu’une idée en tête : jouer la comédie. Il participe à des spectacles universitaires et aspire à devenir comédien professionnel. Hélas, la famille ne veut en aucun cas entendre parler d’une telle vocation ! Le jeune homme rejoint quand même une troupe théâtrale qui lui permet d'apparaître, sur Broadway; dans un petit rôle des «Joyeuses commères de Windsor». Il participe également au "four mémorable" que fut la pièce d’Orson WellesOrson Welles, «The Five Kings» (1939. Les détecteurs de talent de la Century Fox le repèrent et lui proposent un contrat, mais il est encore mineur et ses parents refusent catégoriquement de donner leur signature. Il n'en faut pas plus à Lex, qui se sent renié, pour se mettre en rupture de toute attache familiale.

Désormais seul, il doit se débrouiller pour remplir la marmite. Il trouve du travail dans une aciérie. Pour aggraver la situation, la guerre fait son apparition et Lex est appelé sous les drapeaux (1941). Il traverse l’Atlantique pour venir se battre en Europe. Lors de combats en Sicile, il est gravement blessé à la tête et aux jambes. Rapatrié et soigné dans un hôpital militaire en Arkensas, il finit par être rendu à la vie civile, avec l'insigne honneur d’être reconnu comme le plus jeune major de l’US-Army. A lui Los Angeles et son faubourg au nom magique : Hollywood !

Le dixième Tarzan…

Lex Barker"Aaaawoooooooaaaaaawoooooaaaaaa !"

Alexandre sait que les studios cherchent des acteurs masculins encore disponibles, la plupart des hommes étant mobilisés Très opportunément, il décroche des petits rôles sous le nom de Lex Barker. On le retrouve ainsi aux côtés de Gary CooperGary Cooper dans «Cape et poignard» de Fritz Lang (1946) ou dans des westerns se second ordre, comme «Under the Tonto Rim» (1947) , «Return of the Bad Men/Far West 89» (il y campe l’un des frères Dalton), et le plus renommé «Les conquérants d'un nouveau monde» de Cecil Blount DeMille (1947)…

En 1947, Lex Barker décroche le rôle qui va littéralement faire éclater sa carrière et le faire mondialement connaître : Tarzan des singes. Il est le 10ème acteur à incarner à l'écran le célèbre personnage créé par Edgar Rice Burroughs au début du siècle, prenant dignement la succession du champion olympique de natation Johnny WeissmullerJohnny Weissmuller, atteint "par la limite d’âge" ! Lex a tout pour incarner idéalement le héros de la jungle : il est très beau, athlétique, possède des traits séduisants, un teint mat et des yeux verts. Il obtient un succès tel qu’il va lui permettre d'enchaîner cinq longs-métrages. Si l'acteur est convaincant dans cette série à jamais mythique, on peut regretter qu’il ait “changé de Jane” entre chaque aventure. Se succèderont ainsi dans ses bras virils Brenda Joyce («Tarzan et la fontaine magique», 1948), Vanessa Brown («Tarzan et la belle esclave», 1950), Virginia Huston («Tarzan et la reine de la jungle», 1951), Dorothy Hart («Tarzan, défenseur de la jungle», 1952), et Joyce McKenzie («Tarzan et la diablesse», 1953.

Sa notoriété prend alors une dimension internationale. En ce début des années cinquante, les producteurs s’empressent de lui offrir d’autres emplois dans les genres aventures («Le mystère de la jungle» en 1953) et westerns («La montagne jaune» en 1954, «Duel sur le Mississipi» en 1955, etc). Toutefois, en 1956, son rôle dans «Away all Boats/Brisants humains», sur fond de Seconde Guerre Mondiale, le sort momentanément de son répertoire habituel.

A la fin de la décennie, les studios américains connaissent une crise et les films mineurs, avantageusement remplacés par les feuilletons ou séries télévisés, n'attirent que peu de spectateurs. Touché par la crise, notre homme reçoit de moins en moins de propositions…

Les héros de Karl May…

Lex BarkerToute une époque…

Lex Barker est parfaitement polyglotte. Outre l’anglais, il parle couramment le français, l’allemand, l’espagnol et l’italien. Aussi décide-t-il de s'exiler en Europe où sa renommée l’a précédé. Il va ainsi tourner plus de 40 films sur notre vieux continent. On l’apercevra même, brièvement et de façon inattendue, dans le chef d’œuvre de Fellini, «La dolce vita» : il y campe Robert, le fiancé d’Anita EkbergAnita Ekberg. Tout ne fut pas hélas, du même métal !

Après une aventureuse campagne d'Italie aux titres évocateurs («La flèche noire de Robin des Bois», «Le fils du corsaire rouge», «La vengeance du Sarrasin», etc), c’est curieusement en Allemagne que sa carrière va être la plus florissante. Il va tout d'abord traquer «L'invisible docteur Mabuse» (1962) immortalisé par Fritz Lang depuis 1922. Mais surtout, durant cette décennie des sixties, il va incarner plusieurs héros imaginés par le célèbre romancier populaire allemand du XIXème siècle, Karl May. Cet auteur très connu et apprécié outre Rhin, notamment par la jeunesse, a publié toute une série d’aventures colorées qui réunissent quelques hommes blancs - Old Surehand, qui prendra les traits de Stewart GrangerStewart Granger ou encore Old Firehand, qui ressemblera comme deux gouttes d'eau à un Rod CameronRod Cameron sur le retour - face à un chef apache toujours fidèle à ses plumes, Winnetou (rôle assuré par l’acteur français Pierre Brice). Plusieurs fois retenu par le producteur Arthur Brauner, le grand Lex hérite du costume de Old Shatterhand, frère de sang de Winnetou, qu'il élimera à six reprises entre 1962 («Le trésor du lac d'argent») et 1968 («Le trésor de la vallée de la mort»), persévérant à incarner le héros aventurier idéal dans de grandes fresques, savants cocktails de western, de film de cape-et-épée, et d’évocations historiques, avec des chevauchées, des trésors cachés, des bons qui ressortent victorieux et des méchants toujours punis ! Outre Old Shatterhand, il incarnera trois autres héros de Karl May : le Major Ford dans deux films («Kali Yug, la déesse de la vengeance» et «Le mystère du temple hindou», 1963), Kara Ben Nemsi («Mission dangereuse au Kurdistan» et «Au royaume des lions d'argent», 1965), le pacifique docteur Sternau dans les deux épisodes des «Mercenaires du Rio Grande» (1965), une évocation romancée de la guerre du Mexique dirigée par Robert Siodmak.

Le début des années 70 laisse bientôt place à des genres plus particuliers, comme le “western spaghetti” ou les productions érotico-pornographiques à salle ouverte. Lex Barker comprend que ses personnages de héros au grand cœur ne correspondent plus au goût du jour. Il prend alors la décision de relancer sa carrière aux Etats-Unis. Mais ce sera plus difficile qu’il ne le pensait, malgré une popularité établie et le capital de sympathie dont il jouira toujours auprès de son public. Il s’installera en Allemagne puis en Espagne, mais retournera régulièrement aux Etats-Unis, afin de participer à des feuilletons pour des chaînes de télévision.

L'homme…

Lex BarkerArlene Dahl et Lex Barker

On n’imagine pas combien Lex Barker fut internationalement populaire. A l’instar de Jean MaraisJean Marais dans notre hexagone, il symbolisa le héros que chacun aurait voulu être un jour. Certes, les temps ont changé. Pourtant, de nos jours, un phénomène de grande nostalgie se produit et de nombreuses manifestations se tiennent pour rendre hommage à toute une génération de comédien athlétiques et casse-cou. En Allemagne notamment, Lex Barker et Old Shatterhand sont toujours présent dans les souvenirs et les rêves de plusieurs générations d'adorateurs. La télévision germanqiue diffuse régulièrement ces oeuvrettes et Christopher, le fils de l'acteur, participe régulièrement à l'entretien de cette mémoire.

La vie personnelle de Lex Barker, déjà marquée déjà par la rupture familiale que nous avons évoquée, aura été plutôt compliquée. En 1942, il épouse Constance Thurlow avec qui il a une fille, Lynn (1943), et un fils, Alexander (1947). Il divorce en 1950 pour épouser l’actrice Arlène Dahl (1951/1952). Il rencontre alors la belle Lana Turner, déjà mère d’une fillette, Cherryl. Leur couple ne tiendra que 4 ans (1953/1957), la présence de la sulfureuse Cherryl n'ayant pas facilité les choses : elle l’accusera d’avoir eu une attitude sans équivoque à son égard. Cependant, aucune plainte ne sera déposée, Cherryl apparaissant quelque peu perturbée.

Lex BarkerLana Turner et Lex Barker

Irène Labhart, épousée en 1957, lui donne un troisième enfant, Christopher (1960), futur acteur. Elle lui apporte une certaine stabilité jusqu'à son décès prématuré, en 1962.

Lex Barker recompose sa vie sentimentale en partageant celle de Carmen Cervera  : Miss Espagne 1961, la belle se fera connaître au cinéma, aux côtés de son époux («Le carnaval des barbouzes» en 1966, «Mister Dynamite» en 1967), sous le nom de Tita Barker. Le couple (dont l'histoire constituera la trame d'une série télévisée, «Tita Cervera, la baronesa», en 2011), s'installe sur la Costa Brava. Hélas, cette nouvelle union s'effritera lorsque sa composante mâle fera la connaissance, en 1972, de la starlette Karen Kondazian, très vite présentée comme sa nouvelle fiancée.

Le 11 mais 1973, alors qu’il venait de fêter ses 54 ans, Lex Barker est terrassé par une crise cardiaque en pleine Lexington Avenue (New-York). Ses obsèques seront célébrées sur place et ses cendres ramenées en Espagne par Carmen, son épouse encore en titre. Le Grand Esprit règne en maître dans les vastes prairies de l'ouest américain.

Documents…

Sources : …, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Lex Barker : "Si ma musculature tient le coup et mon tour de taille n'enfle pas, je peux jouer Tarzan jusqu'à la cinquantaine !"

"Moi Tarzan !"
Donatienne (avril 2013)
Ed.7.2.2 : 23-9-2016