Madeleine BARBULEE(1910 / 2001)

… une exquise petite Madeleine

Madeleine Barbulée

Adorable dame aux joues potelées, souriante, drôle, parfois farfelue, telle reste dans notre mémoire Madeleine Barbulée, une grand-mère que, tout comme Denise Grey, tout le monde rêverait d’avoir.

Toujours aimable et jamais acariâtre, elle fut de l’école des Noël-Noël et autres Robert Lamoureux…

Incontournable au cinéma et à la télévision (plus de 300 rôles) mais également sur les scènes de théâtre, elle fut de ces gentilles mamies déjantées, mais sans excès : juste ce qu’il faut !

Donatienne

“Bulette”…

Madeleine Barbulée… adaptatrice pour la scène

Marie-Madeleine Barbulée naît à Nancy, le 2 septembre 1910. Elle y grandit dans une famille bourgeoise, unie et très pieuse. Son père est militaire. Madeleine a une sœur, Janine, de deux ans sa cadette.

Toute petite, encouragée par sa maman qui adore le théâtre, elle joue des saynettes dans une troupe de patronage, les maigres revenus des collectes étant destinés à la construction d’une église. Elle se souvient d’un de ses tout premiers rôles dans «Madame la Neige», une gentille comédie ballet.

Elle grandit, suit une bonne scolarité, passe son baccalauréat et entreprend des études de lettres. Elle s’inscrit au conservatoire de Nancy, y décroche un premier prix de comédie et de diction et forme une troupe, adulte cette fois, avec des étudiantes catholiques. Puis elle fait la rencontre des comédiens-routiers, dirigés par Léon Chancerel, un ami de Jacques Copeau, chez qui elle fera un stage à Beaune, juste avant la mort du grand dramaturge. C’est dire si elle a de bonnes bases !

La "jeune vieille dame"…

Avec ces comédiens qui se promènent à travers la France, “Bulette” (c’est l’affectueux surnom que ses camarades lui donnent) apprend à tout faire : les costumes, les décors, le maquillage, etc. Parallèlement, elle se lance dans l’écriture, composant surtout des spectacles pour les enfants. Ainsi en tournée, elle présentera une adaptation de l’histoire de l’éléphant vert Babar imaginée par Laurent de Brunhof et où, comme on s’en doute, elle se réserve le rôle de la vieille dame. Elle enregistre également la voix de la mère du petit ourson Colargol que l'on peur retrouver sur des enregistrements de l'époque. Elle signe enfin des histoires comme «La comédie des enfants», mise en scène par Maurice JacquemontMaurice Jacquemont, «Capucine», «Séraphine», etc, autant de pièces qui, avant guerre, auront été jouées jusqu'au delà de nos frontières. Hélas, son «Aurore ou la fille aux cerfs» que Gérard PhilipeGérard Philipe avait choisi d’interpréter ne sera jamais montée.

Pendant la guerre, elle suit deux des comédiens routiers, dans leurs aventures, Jean-Pierre Grenier et Olivier HussenotOlivier Hussenot, et fondent une compagnie qui accueillera de grands noms de la scène et de l’écran, comme Yves RobertYves Robert, Rosy VarteRosy Varte Paul CrauchetPaul Crauchet et bien d’autres. Ils présentent leur spectacle en zone libre dans les chantiersde jeunesse. Cela n’empêche pas la malicieuse Bulette d’entrer en résistance à sa façon, enfourchant innocemment sa bicyclette pour servir de relais entre les maquis.

Juste après la guerre, sa carrière publique se concrétise tant sur les planches que sur le grand écran. Au théâtre, elle sert de grands auteurs comme Anouilh, Marcel Aymé, Félicien Marceau. Armand Salacrou. Pirandello, George Bernard Shaw…

“Bulette” fait son cinéma…

Madeleine Barbulée«La bête à l'affût» (1959)

Gentillet, le physique de Madeleine Barbulée la fait paraître un peu trop sage. A l’opposé d’une Martine CarolMartine Carol pour ne citer qu'un seul exemple, il fait qu’on ne lui confiera jamais des rôles de jeunes premières éblouissant d'éventuels séducteurs ! Elle sera plutôt la prude vieille fille, la servante, la tante, la cousine célibataire, ou encore une vieille Anglaise ou une mamie farfelue. Mais son naturel, son jeu amusant et attachant feront que les réalisateurs n’hésiteront pas à utiliser son talent et même, pour certains, à prendre des abonnements !

C’est en 1948 qu’on la découvre pour la première fois sur la grande toile, aux côtés de la valeur sûre qu’était Noël‑NoëllNoël-Noël, dans «Les casse-pieds» de Jean Dréville (1948). Ce même réalisateur l’emploiera à nouveau dans deux sketches de «Retour à la vie» (1949) et «Les 7 péchés capitaux» (1951).

Madeleine va ainsi décliner toute une gamme de personnages pittoresques, tenant des emplois plus ou moins importants mais qui ne passeront jamais inaperçus et feront naître un sourire dès qu’on l’apercevra sur l’écran. Ainsi, elle sera successivement femme de chambre dans «Le mystère de la chambre jaune» (1948), dactylo dans «Mission à Tanger» (1949), infirmière dans «Millionnaires d’un jour» (1949), habilleuse dans «Frou-frou» (1955), nounou du bébé du couple que formaient déjà Michèle Morgan et Henri Vidal dans «L'étrange Mme X» (1951), pâtissière dans «Quand la femme s’en mêle» (1957), bonne sœur dans «Les misérables» (1957), etc.

Tricoteuse fugitive dans «Monsieur taxi» (1952), elle s’y applique à confectionner à son brave mari le pull-over mythique que portait Jean Marais dans «L’éternel retour» ! Elle fera d'aussi courtes apparitions dans «Les belles de nuit» (1952) et «Les grandes manœuvres» (1955), deux films de René Clair. Belle sœur drôle, snob et farfelue de Pierre FresnayPierre Fresnay dans «Un grand patron» (1951), elle collectionnne en toute innocence les médicaments ! Bonne du couple Langlois dans «Papa, maman, la bonne et moi» de Robert LamoureuxRobert Lamoureux (1954), elle se prend à rêver au prince charmant. Curieusement, elle change d'identité pour «Papa, maman, ma femme et moi» (1955).

On la retrouve en pionne sourde du dortoir des grandes dans «Les collégiennes» (1956), lesquelles ne manquent pas de l'affubler du sobriquet de “Ronflette”. Souvenons-nous également de l’épouse aristocratique d’Armontel dans «Ni vu, ni connu», un noble rang qui ne l'empêchera pas de “gambiller” avec Blaireau-Louis de Funes. Dans «Les mystères de Paris», elle campe la mère de Fleur de Marie qui émeut tant Jean MaraisJean Marais. Plus terre-à-terre, on la retrouve “dame pipi” dans «L’incorrigible» (1975), situation qui lui permet tout de même de rencontrer Jean-Paul Belmondo. Déjà âgée, elle est la mère fatiguée de Marianne, la jeune héroïne de «L'avare» imaginée par Molière (1980). Requinquée, elle ne craint pas de prendre l'avion, même lorsque le voyage est organisé par Coluche, dans «Banzaï» (1982).

“Bulette” fait de la télévision…

Madeleine BarbuléeMadeleine Barbulée

Madeleine Barbulée sera souvent invitée sur le petit écran familial et nous nous souviendrons de sa vingtaine de participations à lacélèbre suite «Au théâtre ce soir» de Pierre Sabbagh. Elle y sera à plusieurs reprises, entre autres, de la mère de la comédienne Judith MagreJudith Magre. Elle figurera aussi sur les génériques des séries culte de notre télévision, comme «Les 5 dernières minutes» du commissaire Bourrel (Raymond Souplex), «Le théâtre de la jeunesse» de Claude Santelli, «Les brigades du Tigre», «Les enquêtes du commissaire Maigret», «Nana» etc.

Une exquise petite Madeleine…

Il est vrai qu’on pourrait l’appeler ainsi. Madeleine Barbulée habitera longtemps à Paris, rue Lenternet, dans le 9ème arrondissement, avec sa mère et sa sœur Janine, ancienne élève de Marguerite Long, pianiste virtuose qui se vouait aux œuvres de Bach.

Un jour, alors qu’elle se promène en Normandie, Madeleine a le coup de foudre pour une vieille église, près d’Evreux. Elle la restaure, la meuble, engloutissant ses cachets avec bonheur et recueillement dans des œuvres d’art sacré, chinées chez les brocanteurs au cours de ses nombreuses tournées. La foi de son enfance sera toujours en elle.

Elle aura exercé son métier jusqu’au bout de son chemin, puisque François MarthouretFrançois Marthouret la dirigera pour la télévision dans «Mémoires en fuite», émission diffusée l’année précédant sa mort, survenue le 1er janvier 2001, à Paris. Sans nul doute, la première comédienne française à partir au XXIème siècle !

Madeleine Barbulée atteindra l’âge respectable de 91 ans. Elle repose à jamais, avec ses parents et sa sœur, non loin de son logis-chapelle, à Anisy, dans le Calvados.

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Je n’ai jamais eu de carrière de jeune femme; j’ai été vieille très jeune ! J’ai souvent joué des rôles de “dames en gris”…" (Madeleine Barbulée)

Donatienne (juin 2013)
Ed.7.2.1 : 27-11-2015