Marcel ROELS (1894 / 1973)

… l'âme belge

Marcel Roels

En mai 2003, dans le souci de diversifier et internationaliser les informations présentées sur ce site, j'ai demandé à André Siscot, web-maître du site Les Gens du Cinéma, sa collaboration pour monter un dossier sur une personnalité du cinéma belge. Il m'a proposé le nom de Marcel Roels.

Marcel Roels… Vous ne le connaissez pas? M'enfin ! Et bien moi non plus, je ne le connaissais pas ! Voici, pour le web-maître, un juste retour des choses, que de de découvrir un nouvel acteur grâce à ce site sensé les faire connaître aux plus jeunes d'entre nous et remémorer aux plus anciens !

Comme il me fallait du “matériel” pour monter ce dossier, André allait être sollicité autrement que pour donner un nom ! Le bougre a fait beaucoup mieux. Il est entré en relation avec la petite fille de l'acteur, Danièle Roels, fille de William Roels, lui-même fils de l'interprète de «Bossemans et Coppenolle». Il obtint de cette manière des photographies, devenues peu courantes, ainsi que des informations de première source. Tant qu'à faire, il n'avait plus qu'à rédiger la notice biographique…

Je vous invite donc à découvrir Marcel Roels, un personnage, que l'on devine pittoresque, du cinéma d'Outre-Quiévrain, au fil des lignes d'André Siscot. Sachez que ce travail remarquable doit tout à l'amabilité et la gentillesse de Danièle Roels, à laquelle j'adresse mes remerciements les plus profonds. J'espère que nous aurons su rendre à la mémoire de son grand-père l'hommage qu'elle espérait et que ce grand acteur méritait.

le web maître, Grenier Christian

Enfance et jeunesse…

Marcel RoelsBruxelles au début du siècle

Marcelin Oscar François Roels est né à Merxem, province d'Anvers, le 12 janvier 1894.

Il est très jeune quand son père Oscar, comptable dans une grande boulangerie, installe sa famille à Bruxelles. Sa mère, Elizabeth, est ouvreuse au théâtre de l'Olympia. Oscar arrondit ses fins de mois comme contrôleur dans le même théâtre.

Marcelin est un petit garçon exemplaire, timide et studieux, tout comme son frère Edgard. Oscar, qui est aussi musicien amateur (il pratique le tuba), veut que ses deux fils deviennent musiciens. Il les inscrit au Conservatoire. Ce qui semble plaire à Edgard, mais beaucoup moins à Marcelin qui étudie le violon, mais qui terminera toutefois ses études avec un Premier Prix.

Son frère deviendra pianiste et sera plus tard chef d'orchestre dans divers théâtres bruxellois. Tous deux, parallèlement à leur formation musicale, jouent aussi dans de petites pièces de leur quartier. Marcelin s'y fait remarquer et se voit engagé pour ses capacités de comédien par un théâtre professionnel. Un rôle dans «Roger La Honte» marque ses débuts. Il n'a que 13 ans.

Quelques mois plus tard, il entre au Conservatoire d'Art Dramatique. Pour payer ses cours, il joue dans divers orchestres de cinémas muets et de théâtres. Il lui arrive aussi, de temps à autre, d'être engagé comme comédien. Bientôt, il abandonne définitivement la musique pour se consacrer exclusivement au théâtre qui l'attire et le passionne au-dessus de tout.

A ses débuts, il joue les grands classiques de Molière et de Marivaux. Mais bientôt le Théâtre "Le Vieux Bruxelles" l'engage pour des revues, des opérettes et des vaudevilles. Marcel écrit ses premières pièces et aussitôt, c'est le succès. En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, il passa de l'anonymat à la tête d'affiche. Il n'a pas encore 20 ans. On le surnomme fréquemment “Le Celle” (un diminutif bruxellois de Marcel). Il devient donc logiquement Marcel Roels, nom que l'on retrouve très fréquemment dans différents documents non officiels.

Nous sommes en 1913. Comme tous les jeunes de son âge, Marcel pense aussi beaucoup aux filles. Trop sérieusement, peut-être car il se marie très vite avec une modiste. Son seul fils, William, naît très exactement le 20 juin 1914. Un mariage qui ne tiendra que peu de temps, son épouse l'ayant surpris dans sa loge en fort galante compagnie.

Aussitôt divorcé, il se remarie avec une actrice nommée Roussely, dont on ne sait que peu de choses, sinon qu'elle a tourné dans un film muet de 1920, «Flup chasseur». Un mariage célébré en France mais qui ne tiendra pas plus longtemps que le précédent. Après un nouveau divorce, Marcel Roels ne se remariera plus jamais. Cependant, il ne restera jamais sans femme à ses côtés… Il les appelaient "ses petites fantaisies amoureuses".

La grande guerre…

Marcel Roels«Un clown dans la rue» (1930)

La grande guerre éclate, époque durant laquelle Marcel Roels sera pensionnaire de plusieurs théâtres (La Scala, Le Vaudeville, Le Vieux Bruxelles, L'Olympia). Il y joue à peu près tout et excelle dans n'importe quel répertoire, que ce soit l'opérette, la revue, le boulevard, la comédie. Les samedis après-midi… Il interprète même des matinées classiques, «Les samedis de madame».

Les années folles font suite à la fin de la guerre. Les opérettes à grand spectacle à la mode anglo-saxonne déferlent sur Bruxelles, révolutionnant et bousculant toutes les traditions: «No No Nanette», «Rose Marie», «Le chant du désert», «Princesse charming», etc. Le public bruxellois, après cinq ans d'occupation découvre des spectacles qu'il ne connaît pas et qui le changent terriblement du théâtre traditionnel et du cinéma muet.Ce dernier, même s'il est bien implanté dans la capitale belge n'a pourtant pas les mêmes faveurs du public que le théâtre. On compte à l'époque dix-sept théâtres dans le centre de la ville, sans oublier les cafés concerts, les night clubs et les cabarets montmartrois.

Il est vrai que tous les spectacles parisiens sont joués à Bruxelles sous la houlette de Léon VolterraLéon Volterra, un homme exceptionnel qui voit grand. Il a débuté comme vendeur de programmes au Casino de Paris. Il en est devenu le directeur grâce à ses astuces et à sa gouaille. Dès lors, et suite à un scandale financier, il loue "L'Alhambra" et engage en doublant leur salaire, tous les premiers rôles belges en leur faisant jouer les seconds plans. Marcel Roels et son compère Gustave Libeau sont ainsi engagés aux côtés de vedettes telles que Maurice ChevalierMaurice Chevalier, MistinguettMistinguett, Joséphine BakerJoséphineBaker, DranemMistinguett, BoucotBoucot et bien d'autres.

Il est aussi appelé par Armand Du Plessy pour deux films muets à l'esprit patriotique: «La libre Belgique» et «L'âme belge» tournés en 1921. Il enchaîne l'année suivante avec un drame réalisé par Chalux: «Le mouton noir». Chalux, dont c'est le premier film, poursuit sur sa lancée en 1923 avec un autre drame «Le masque du génie» pour lequel il requiert encore Marcel.

Cette fois, le film n'aura pas le succès escompté et le réalisateur sombrera dans l'oubli. Marcel, par contre, s'en soucie peu, il est toujours bien ancré à l'Alhambra. Il y est même chargé de la mise en scène et en écrira aussi toutes les revues avec Edmond Bodard.

C'est également l'époque où un journaliste s'intéresse de très près au théâtre: Joe Van CottomJoe Van Cottom. Il fonde "L'Echo Théâtral et Cinématographique" le vendredi 9 novembre 1923. Cette revue relate tous les faits et gestes des gens du théâtre et ouvre aussi ses colonnes au cinéma. Les articles élogieux et souvent dithyrambiques qui reviennent à Marcel Roels y tiennent une large place d'autant que Joe est toujours à l'affût de la moindre information et que Marcel restera à l'Alhambra durant 12 années, dont 9 sans un jour de congé !

C'est la grande époque du théâtre bruxellois. Marcel Roels y connaît sa plus grande popularité. Entre temps, le cinéma se met à parler et attire davantage de spectateurs. Une nouvelle fois, l'acteur se laisse tenter par l'aventure et accepte de tourner le rôle principal d'un drame de René Leclère, «Un clown dans la rue» (1930). L'expérience permet à Marcel, avant tout homme de théâtre, de vouloir rendre la scène encore plus attractive. Il parvient à convaincre Volterra. L'Alhambra devient dès lors une véritable usine à spectacles. La description vaut qu'on s'y attarde: 20 comédiens, 16 girls, 16 boys, 24 mannequins et 35 musiciens dont un chef d'orchestre qui bouscule toutes les traditions: abandonnant la baguette, c'est en gants blancs qu'il dirige l'orchestre, une fleur à la boutonnière. Les musiciens sortent même de la fosse et se livrent à de véritables exhibitions. Pour coordonner tout cela, il y a 4 régisseurs, 20 machinistes, une maîtresse de ballet, 6 électriciens, 3 habilleuses, sans compter le personnel de salle. Soit en tout près de 200 personnes. Sans oublier qu'après le spectacle un bar (Le Perroquet) ouvre largement ses portes aux spectateurs avec un orchestre de jazz, des attractions internationales et le champagne obligatoire !

L'entre-deux guerres…

Marcel Roels«Bossemans et Coppenolle»

"L'Echo Théâtral et Cinématographique" de Joe van Cottom est devenu "Théâtra et Ciné". Ses pages accordent beaucoup plus d'importance au cinéma. Le Théâtre de l'Alhambra est repris par Paul Van Stalle qui est aussi directeur du Théâtre du Vaudeville et du Théâtre des Capucines. Marcel Roels y est engagé comme acteur vedette, metteur en scène et selon la fertilité de son imagination, comme auteur de revue. C'est aussi l'époque où il écrit son premier scénario de film, "Prince d'une nuit" (1936) que Lambert de BRaz réalisera avec Germaine Broka et Marcel Roels. Ce film est un franc succès, même hors frontières. Les Parisiens qui adorent entendre “parler belge” apprécient beaucoup Marcel Roels dont c'est aussi la première comédie au cinéma. L'acteur vivra de longues années en concubinage avec Germaine Broka. La même année, il accepte un second rôle dans une autre comédie réalisée par Og Claster, «J'ai gagné un million». Les autres comédiens sont tous des amis de Roels, dont l'excellente Simone Max.

D'autres rôles au cinéma s'offrent à lui mais l'amour du théâtre reste le plus fort.

En 1938, il crée ce qui restera dans les mémoires comme son plus grand succès «Bossemans et Coppenolle», une pièce de Paul Van Stalle et Joris d'Hanswick. Un vaudeville aux réparties éblouissantes qu'il ne cessera d'interpréter aux quatre coins du monde. L'histoire conte une rivalité entre des supporters de clubs de football. Coppenolle est fan de l'Union Saint-Gilloise et Bossemans du Daring de Bruxelles, les deux grands clubs rivaux bruxellois de cette époque. Evidemment, la fille de Coppenolle tombe amoureuse du gardien de but du Daring… La même année, Gaston Schoukens obtient les droits cinématographiques et Marcel Roels reprend le rôle titulaire. Un succès sans précédent pour un film belge en France. La France réclame aussi la pièce à Paris. Et les tournées se succèdent, passant même par la Suisse et l'Afrique du Nord.

Par la suite, Marcel Roels signe un nouveau scénario pour le cinéma que Gaston Schoukens s'empresse de réaliser, «Zig-Zag» (1939). Bien évidemment, le comédien y tient un rôle à sa mesure. Le film ne récolte qu'un succès mitigé: les rumeurs d'une nouvelle guerre sont là. Les Belges n'ont pas le cœur à dépenser leurs sous à des spectacles. Les souvenirs de 14-18 sont encore vivaces: plutôt faire des réserves en vivres non périssables.

Et la guerre mondiale éclate une seconde fois. Une guerre éclair où la Belgique a peu de possibilités de s'opposer à l'envahisseur. Joe van Cottom, qui ne désire pas travailler pour l'occupant allemand, cesse la publication de "Théâtra et Ciné". De nombreux théâtres et cinémas ferment leurs portes. Marcel Roels, comme beaucoup d'autres Bruxellois, prend la route de l'exode. Il se retrouve au pied des Pyrénées, à Saint-Gaudens, où il est engagé … à la Mairie pour s'occuper des nombreux réfugiés!

Mais Bruxelles lui manque et il y revient fin 1940. Au Théâtre des Galeries, il crée «Le cocu magnifique» de son compatriote Fernand Crommelynck. Paris le réclame et il ira aussi présenter cette pièce dans la capitale française, au Théâtre Hébertot. C'est un triomphe et tout Paris veut voir ce grand comédien. Louis JouvetLouis Jouvet, pourtant avare de compliments dira et écrira: "Quand on a vu Marcel Roels jouer ce rôle, plus personne n'osera le jouer après lui".

La petite guerre…

Marcel Roels«La maudite» (1949)

Les prolongations se succèdent à tel point que par contrat de travail, il obtient sa Carte d'Identité d'Etranger de la République Française. Paris était réellement à ses pieds. Pourtant, il avait la nostalgie de Bruxelles qu'il adorait. A tel point qu'il se rendait régulièrement à la gare du Nord. Et là, seul sur un banc, tel le «Singe en hiver» d'Antoine Blondin, il regardait partir les trains pour Bruxelles.

Le théâtre classique continue de le passionner. Aussi, une fois rentré à Bruxelles (en septembre 1942), il joue, en matinée le répertoire de Molière: «L'avare», «Tartuffe», «Le misantrhope», «Le malade imaginaire», «L'école des femmes», etc. Le soir, il s'adonne aux vaudevilles et aux revues avec le même bonheur. C'est un artiste de contraste qui sait tout faire. Chaque fois, il apporte aux braves gens la petite lumière qui est nécessaire dans ce tunnel des années sombres d'occupation.

La guerre se termine et, du côté des spectacles, les affaires reprennent. Joe van Cottom relance son hebdomadaire, tout en modifiant le titre. Celui-ci devient "Théâtra et Ciné-Revue". A noter que "Théâtra" apparaît en tout petit et "Ciné-Revue" en grand ! Nous sommes le 17 octobre 1944.

La Belgique est encore envahie, mais d'une autre façon. Tous les films américains, bloqués depuis la guerre, arrivent en masse, dont notamment le célèbre «Autant en emporte le vent » sorti en Belgique en 1946. Nouveau changement: "Théâtra et Ciné-Revue" devient "Ciné-Revue". Lors d'une rencontre entre amis, le journaliste prédit à Marcel Roels et Fernand LedouxFernand Ledoux la fin de l'âge d'or du théâtre. Et ce qui doit arriver, arrive : de très nombreux théâtres ferment définitivement leurs portes, sont transformés en cinémas, d'autres encore sont purement et simplement abandonnés. Rien n'y fait, Marcel Roels continue à écrire des pièces et à les interpréter, comme «La revue pour Laurel et Hardy» (1947). En 1949, il tourne «La maudite» sous la direction de Norbert Benoit et Marcel Jauniaux, un film ambitieux avec la scupturale Claudine Dupuis. Roels y est parfait dans le rôle du vannier, mais refuse malgré tout d'autres propositions afin de se consacrer exclusivement au théâtre.

En 1950, un événement va marquer sa vie, la naissance de sa petite-fille Danièle. Il la fêtera d'ailleurs longuement dans les bistrots typiques et animés du Bruxelles de l'époque.

Les succès des pièces «Bossemans et Coppenolle» et «Le mariage de mademoiselle Beulemans» sont inépuisables. La verve en est typiquement bruxelloise et l'interprétation de Roels est due au fruit de son caractère profondément humain et à ses grandes qualités d'observation. Il ne jouait pas Coppenolle, il était Coppenolle. Mais le cinéma ne l'oublie pas. En 1954, il tourne «Fête de quartier», une comédie de Paul Flon avec ses complices Victor Guyaux et Jean-Pierre Loriot.

Gaston Schoukens, son vieil ami, le sollicite à nouveau pour lui proposer le rôle du médecin dans «L'amour est quelque part» (1956) avec Betty Line (dont ce sera l'unique film mais avec qui Coppenolle vivra quelques temps). Marcel Roels est tellement connu qu'il lui faut des dialogues adaptés à sa personnalité, comme le fera Audiard pour Gabin. Le film sortira donc sur les écrans belges avec des dialogues de Marcel Roels. Du Roels pour Roels !

Gaston Schoukens…

Marcel RoelsMarcel Roels et Gustave Libeau

Vient alors son film le plus célèbre, toujours réalisé par Gaston Schoukens, «Un soir de joie» (1956), une comédie qui se déroule sous l'Occupation et dans laquelle les braves Belges ne disposent que de la moquerie pour braver les Allemands. Certes, la réalisation et le montage ne sont pas des plus réussis, mais Marcel Roels y interprète une série de sketches absolument hilarants. Voici l'un d'entre eux :

C'est la guerre. A Bruxelles, un officier allemand interpelle un marchand de journaux qui porte sur la poitrine un insigne de la R.A.F.
- "Gegzegza?
- Ca veut simplement dire "Rien à fumer"…
… L'Allemand donne quelques cigarettes mais exige que l'insigne soit enlevé. Au retour de l'officier allemand, le marchand de journaux est toujours présent et l'insigne anglais… aussi:
- Et alors, fous n'afez pas compris ?
- Ouais, mais maintenant, ça veut dire "Remerciements au Fürher".

Le succès est tel qu'il enchaîne dans un autre rôle à la “Coppenolle” avec «La belote de Ture Bloembull», un film qui ne laisse que peu de souvenir. Mais ça n'a pas d'importance : à cette époque, les gens ne vont pas voir tel ou tel film. Ils vont voir Marilyn, Gabin, Bourvil, Fernandel … ou Roels ! C'est ainsi que notre hommel se laisse, une fois de plus, convaincre par Gaston Schoukens de jouer dans «Expo, en avant» (1958), une comédie bien dans le style du réalisateur qui est un remake de son film «En avant la musique» (1935). L'Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles qui en est le cadre a bien eu lieu ces années là. Ce sera le dernier rôle au cinéma de Marcel Roels. Il ne sera plus intéressé par les scénarios qui lui seront proposés. Il restera à jamais marqué par son personnage de Coppenolle dont on lui a donné le même aspect physique dans d'autres films.

Dans les années 60, sa carrière prend définitivement une autre direction. Le Théâtre National l'engage et il y joue «Ruy Blas», «Les joyeuses commères de Windsor», «La folle de Chaillot», «Hamlet», etc. Les tournées se succèdent. Les reprises de «Bossemans et Coppenolle» et du «Mariage de Masemoiselle Beulemans» aussi. En 1971, peu après une tournée triomphale au Canada, la maladie le frappe. D'abord un malaise cardiaque. S'opposant à l'avis des médecins, il poursuit sa carrière. Son état physique inquiète ses proches et l'inévitable se produit sous forme d'une congestion cérébrale.

Convalescent, il écrit encore des séquences de revues, des chansons, ainsi que des monologues pour sa dernière compagne Mady Diane, une artiste du Théâtre de la Gaîté. Il lui avait dit : "Même s'il m'arrive malheur, si tu as une première dans ton théâtre, fais-la !". Et c'est ce qui est arrivé. Il meurt sur son lit d'hôpital le 27 décembre 1973, Boulevard du Jubilé à Molenbeek-Saint-Jean proche du stade du Daring de Bruxelles. Ses obsèques ont eu lieu le jour de la Saint Sylvestre en présence d'une foule énorme. Malgré la date qui ne s'y prêtait guère, Bruxelles lui rend un ultime hommage, mille fois mérité.

Vers des rêves impossibles…

Marcel RoelsDanièle Roels et André Siscot

Marcel Roels était de cette race de comédiens qui tend à disparaître, sauf sans doute à Londres ou à New York. Il savait tout jouer: le vaudeville, l'opérette, le classique (de Molière à Shakespeare). C'est ça le métier. Pourtant on pouvait l'imaginer dans la vie comme on le voyait jouer Coppenolle sur scène. Hé bien, non. Marcel Roels “jouait” sur scène. Dans la vie, il était bien différent: distingué, affable et très cultivé. C'était un taiseux. Lui arracher une parole était parfois très difficile. Sauf s'il était question de théâtre ! A ce moment, la conversation pouvait durer des heures.

Et pourtant, bien souvent, après ses spectacles, il retrouvait quelques amis pour des parties de cartes mémorables dans un estaminet dénommé "Le Petit Biter". Un petit bistrot situé dans le quartier de la Bourse, rue Auguste Orts, à côté du Cinéma Ambassador qui fut le premier cinéma de Bruxelles à disposer du 70mm et où les films restaient généralement à l'affiche de longs mois, voire des années, comme ce fût le cas (2 ans) pour «West Side Story».

Mais tout ceci nous éloigne de ces parties de belote ou de whist qui duraient généralement toute la nuit au grand dam des épouses qui attendaient patiemment, mais qui n'osaient pas dire grand-chose. De ce temps là, les hommes portaient la culotte ! Il est vrai, aussi, que les femmes s'occupaient de leurs casseroles et que les hommes gagnaient seuls l'argent du ménage…

Sa vie sentimentale et privée est très peu décrite dans ce portrait. Ses deux épouses, son fils unique, William, sa seule petite-fille, Danièle, et quelques-unes de ses compagnes ne sont évoqués que brièvement. Il y a sûrement beaucoup à ajouter. Mais, à quoi cela servirait-il de vous entretenir de ses très nombreuses compagnes ? Qui, quand, comment, pourquoi ? C'était son problème, à lui seul. Son fils William est aussi devenu comédien. Non pas parce qu'il était le fils Roels, mais simplement parce qu'il avait le talent requis.

Danièle Roels rêvait également de devenir comédienne. Papa William n'y tenait absolument pas. A cette époque, on avait du respect et on obéissait à ses parents. Danièle, qui adore son père et son grand-père, est sûrement aussi douée qu'eux. Malgré cette pointe d'atavisme, elle a scrupuleusement respecté la décision de son père. Depuis, elle rêve de ce métier et de tout ce qui l'entoure.

Marcel Roels était également réputé pour sa gentillesse et sa bonté. Il gagnait beaucoup d'argent. Heureusement car il dépensait énormément et sans compter. Il en était conscient, mais il en avait les moyens et ça lui plaisait comme ça. Il adorait les animaux, en particulier les chats, mais le rythme de sa vie ne lui permettait pas d'en posséder. Il n'avait pas de voiture, non plus. "Pas besoin, j'habite au centre ville et j'ai tout ce dont j'ai besoin autour de moi… d'ailleurs, je ne sais même pas conduire !".

C'était un personnage inoubliable, un immense comédien, un amuseur de génie et un homme que tout le monde aimait. A sa disparition, Joe van Cottom disait qu'il venait de perdre plus qu'un ami : "Avec Marcel Roels, c'est tout le folklore bruxellois qui fout l'camp, d'un coup".

Comme le soulignait très justement Jacques Brel : "C'était au temps ou Bruxelles brusselait …".

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

André Siscot (juin 2003)
Ed.7.2.1 : 27-11-2015